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LENTILLES POUR PHARES

Principe de la construction. — Le but que l’on se propose d’atteindre est d’avoir une grande surface réfringente afin de projeter une grande quantité de lumière qui émette des rayons parallèles. Afin d’éviter les aberrations qui existeraient nécessairement avec une surface unique, on forme des lentilles a

échelons.

Sur une lame à faces parallèles M (fig. 218) on applique :

1° Une lentille plan convexe L de faible ouverture angulaire et dont le foyer est en F ;

2° Une série d’anneaux a, b, c, dont les surfaces convexes sont calculées de telie sorte que toutes aient leur foyer en F.

L’ensemble de ces anneaux et de la lentille L produit à peu près le même effet qu’une lentille de surface égale à la surface totale et dont le foyer serait en F.

La lentille Fresnel, ou à échelons, absorbe à peu près un vingtième de la lumière incidente; de plus, elle est d’une fabrication très facile, puisqu’il ne s’agit plus de masses de verre peu maniables, mais de simples cercles d'un poids relativement faible; enfin, l’entretien de ces appareils est aussi simple qu’on peut le désirer. !

Tout appareil lenticulaire se compose d’un foyer formé d’une flamme d’huile I ou de gaz, ou d’une lumière électrique, entourée de lentilles en verre. Ces len- t tilles sont destinées à dévier les rayons divergents qui émanent du foyer et à les diriger vers l’horizon au lieu de les laisser se perdre dans le ciel ou éclairer t inutilement la mer dans le voisinage du phare. Les rayons qui vont du foyer j a 1 horizon n’ont pas besoin d’être déviés. Tous les autres doivent subir une |

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déviation d’autant plus grande qu’ils font un angle plus grand avec le plan horizontal.

Tant que cet angle ne dépasse pas 40 degrés, la déviation peut être obtenue au moyen d’une lentille à échelons ayant son foyer principal au foyer même

i lu phare. Le foyer principal est en effet le point commun de croisement, derrière la lentille, de tous les rayons dirigés sur elle, parallèlement à son axe, J't, réciproquement, tous les rayons divergents dirigés de ce prisme sur la lenille sortent de celle-ci avec une direction parallèle à son axe.

Au delà de 40 degrés et le plus souvent même avant d’avoir atteint cette

limite, on se sert de la réfracttoR et de la réflexion pour amener les rayons à la direction horizontale. Ils subissent une première déviation en pénétrant dans un prisme triangulaire en verre, viennent ensuite rencontrer une autre surface de ce même prisme sous un angle tel qu’ils sont totalement réfléchis, et sortent

Appareils de troisième ordre.

enfin par la troisième surface qui les dévie une dernière fois par réfraction et achève de leur donner la déviation voulue.

Les prismes qui agissent par réfraction et par réflexion ont reçu le nom de ! prismes ou de zones catadioptriques. On appelle tambour dioptrique la portion i de l’enveloppe lenticulaire qui n’agit que par réfraction.

Le profil figuré (a, fig. 220), calculé pour produire les effets qui viennent ; d’être décrits, engendre des anneaux de forme différente suivant qu’on le fait j tourner autour de l’axe vertical du phare ou autour de son axe horizontal.

Dans le premier cas (b) les rayons sont rendus parallèles seulement dans le plan vertical et restent divergents dans le plan horizontal ; dans le second I cas (c), les rayons sont amenés au parallélisme dans les deux plans et forment | un faisceau parallèle ayant le panneau optique pour point de départ.

HENRIVAUX. — LE VERRE.

La première forme d’optique est employée dans les phares à feu fixe et donne une lumière également visible de tous les points de l’horizon. On nomme les pièces optiques de ces phares panneaux de feu fixe. La seconde forme est employée dans les phares à éclats ou phares tournants; elle concentre la

Appareils de second ordre.

lumière en un nombre plus ou moins grand de faisceaux séparés par des intervalles obscurs. Les pièces optiques qui composent ces phares se nomment banneaux annulaires.

On peut encore produire des éclats en plaçant en avant du tambour optique le l’appareil de feu fixe des lentilles verticales ( d ) qui rendent parallèles dans le dan horizontal les rayons déjà rendus parallèles dans le plan vertical. Ces lénifiés verticales tournent autour du foyer, et leur passage devant le tambour cylindrique, de même que le passage des lentilles annulaires devant le foyer,

.,gi ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE.

amène la concentration de la lumière en faisceaux parallèles séparés par des intervalles d’ombre et promène ces faisceaux tout autour de l’horizon.

Appareil de premier ordre.

Fig. 225.

HENRIVAUX. - LE VERRE. 385

Lorsque le phare n’est pas destiné à être vu tout autour de l’horizon, on place dans l’angle non éclairé des réflecteurs sphériques qui renvoient la lumière qui les frappe sur les panneaux optiques qui leur sont diamétralement opposés et augmentent, dans cette direction, l’intensité de la lumière.

Pour obtenir des faisceaux lumineux même divergents et nettement limités on se sert de foyers plus petits, placés à une grande distance du réflecteur ou du réfracteur, et on construit les appareils de manière à supprimer l’aberration de sphéricité. C’est le résultat auquel est parvenu M. le colonel Mangin dans les miroirs aplanétiques qu’il a imaginés pour la projection de la lumière électrique à de grandes distances. Ces miroirs sont en verre, avec une surface convexe argentée et une surface concave qui ne l’est pas. Les rayons de courbure de ces deux surfaces sont tels que l’aberration de sphéricité par réfraction de la surface concave, corrige l’aberration de sphéricité par réflexion de la surface convexe, et que le résultat est le même qu’avec une surface réfléchissante parabolique. On a pu construire par ce procédé des miroirs de 0m,90 d’ouverture recueillant toute la lumière d’un foyer de 2 centimètres de diamètre dans un angle de 85 degrés et la transformant en un faisceau n’ayant pas plus de 2 degrés de divergence.

En plaçant sur le trajet de ce faisceau et perpendiculairement à son axe, des lentilles verticales à section plan-convexe, on a pu l’étaler horizontalement sans augmenter sa divergence verticale. En remplaçant les lentilles plan-convexes par un système de lentilles plan-convexes et plan-concaves, à écartement variable, on a pu faire varier à volonté la divergence du faisceau, ce qui peut être utile dans certains cas, comme par exemple lorsque les dangers à signaler sont susceptibles de se déplacer ou ont une étendue variable.

D’une manière générale il est toujours possible de distribuer comme on veut, dans des points quelconques de l’horizon, la totalité de la lumière d’un appareil.

Dans le choix d’un appareil de phares on se préoccupe :

1° De son intensité lumineuse;

2° De son apparence ;

3° De l’arc de l'horizon à éclairer.

1° Intensité lumineuse. — Au point de vue de l’intensité lumineuse on distingue sept ordres d’appareils.

Chaque ordre est caractérisé , sauf dans les appareils électriques, par la distance focale, c’est-à-dire par la plus courte distance du foyer lumineux au réfracteur en verre qui l’entoure.

Les trois premiers ordres, ou grands ordres, ont Om,97, 0ra,70, 0'n,50 de distance focale. Les quatre derniers, ou petits ordres, ont0'",375, 0m,250, O"1, 185, 0m,150 de distance focale.

2° Apparence. — On distingue les appareils en fixes ou tournants, blancs ou colorés, simples ou associés. La même série d’apparences peut être obtenue dans tous les ordres.

3° Arc de l’horizon à éclairer. — Quand le phare ne doit pas éclairer tout

ENCYCLOP. CllIM. 25

l’horizon, des dispositions sont prises pour utiliser dans l’angle à éclairer, au moyen de réflecteurs ou de prismes, dont nous avons parlé ci-dessus, la totalité de la lumière émise par l’appareil.

Il y a encore un genre de phares assez employé sous le nom de feu fixe à courtes éclipses qui est un mélange du feu fixe et du feu tournant.

Anciennement ce feu était composé d’un phare fixe autour duquel tournaient une ou deux lentilles verticales ayant la même section horizontale que la section verticale du tambour dioptrique de la partie centrale des feux fixes, c’està-dire une lentille à échelons.

Le feu présentait donc pendant -un temps assez long, variable à volonté, l’apparence du feu fixe, puis au passage de la lentille une éclipse dont la durée était proportionnée à la largeur de la lentille et à sa vitesse de rotation, puis éclat au moment du passage de l’axe de la lentille, puis une nouvelle éclipse, puis un feu fixe à nouveau, etc.

Depuis l’adoption du système Holopholal, dont l’idée première revient à Alan Stevenson, ingénieurs des phares écossais, système dans lequel les prismes catadioptriques du haut et du bas concourent à l’action de la lentille dioptrique ou réfractive du centre dans les feux tournants, en ayant leur courbure autour de l’axe horizontal de la lentille, on a construit les phares à courtes éclipses comme ils sont indiqués en A sur le croquis ci-joint, la section horizontale du phare étant alors celle-ci (fig. 226).

Fig, 226,

Dans ce cas l’appareil entier tourne par un mouvement d’horlogerie comme pour les feux tournants.

Nous ne pouvons ici entrer dans plus de détails au sujet de la construction et de la disposition des appareils de phares, nous renvoyons le lecteur aux traités spéciaux, notamment au Mémoire sur l'éclairage et le balisage des côtes de France, par Léonce Reynaud, inspecteur général des ponts et chaus-

HENRIVAUX. — LE VERRE.

sées, directeur des phares (1864) et au Mémoire sur l'intensité et la portée des phares lenticulaires , par E. Allard, ingénieur en chef des ponts et chaussées, attaché au service des phares (1876).

Quatre établissements, dont trois en France et un en Angleterre, sont consacrés à la fabrication des appareils lenticulaires et des divers ouvrages et mécanismes qui s’y rattachent. Ce sont ceux de MM. Henry Lepaute, Sautler Lemonnier et Cie, Barbier et Fenestre à Paris, et de MM. Chance à Birmingham.

Pour résoudre tous les problèmes relatifs aux miroirs sphériques, il suffit de connaître leur rayon de courbure ou leur distance focale, qui est la moitié du rayon. On mesure cette longueur de la manière suivante :

Pour les miroirs concaves, on tourne le miroir vers le soleil; il se forme alors une image réelle qui se trouve au foyer, puisque les rayons qui viennent du soleil peuvent être considérés comme parallèles; l’image étant réelle, il est facile d’en mesurer directement la distance au sommet du miroir.

On pourrait encore déplacer un objet devant le miroir jusqu’à ce que l’on trouve une position telle que l’image se forme dans le plan même de l’objet; cette condition est réalisée seulement quand l’objet est au centre du miroir; il suffit alors de mesurer la distance de l’objet au sommet du miroir ; on a ainsi le rayon, et en divisant par 2, la distance focale.

Avec les miroirs convexes, le problème est un peu plus compliqué, puisqu’on n’a généralement que des images virtuelles. On recouvre alors la surface du miroir d’une feuille de papier noir sur laquelle on perce deux trous pp’ et on tourne le miroir vers le soleil. On cherche la position qu’il faut donner à un écran pour que les traces RR' des deux faisceaux lumineux réfléchis par le miroir soient à une distance double de celle qui sépare les trous p et p1. Il suffit alors de mesurer la distance G A : elle est égale à la longueur focale du miroir. En effet, les rayons qui tombent sur les points p et p' du miroir étant parallèles, les faisceaux réfléchis pR, p'R' passent après réflexion par le foyer. Les triangles semblables fp p', f RR' donnent donc :

ItR' /G'

Si

RR' = 2pp', on a /U = 2 /A, et comme /G=/A-j-AG, on en conclut AG=/A.

Qualité du verre pour les pièces de phares. — Ce n’est qu’avec beaucoup de peine et après bien des tentatives infructueuses qu’on est arrivé à couler les grandes pièces de verre dont se compose la partie optique des appareils des premiers ordres.

On a d’abord eu recours au procédé en usage dans la fabrication des verres d’optique pour objectifs astronomiques, c’est-à-dire au ramollissage, et l’on ne pouvait obtenir ainsi que des pièces de petite dimension qu’on réunissait bout à bout pour en faire des ailneaux. Aujourd’hui le verre pris au creuset au moyen de poches en cuivre est coulé directement dans les moules ou lingotières en

fonte. On l’y laisse refroidir lentement et il en sort avec une forme qui se rapproche beaucoup de celle qu’il doit avoir après la taille.

Le verre de Saint-Gobain, exclusivement employé pour la construction des phares en France, a la composition suivante (son indice de réfraction est 1,54) :

Silice . . 72,1

Soude . 12,2

Chaux . . 15,7

Alumine et oxyde de fer . traces.

La grande proportion de silice et de chaux qui entrent dans ce verre, le rendent très dur et inattaquable à l’air ; la teinte est légèrement verdâtre ; il est aussi dépourvu de lils et de stries que peut l’être un verre qui n’a pas subi les opérations du brassage, du refroidissement lent dans le creuset, du triage et du ramollissage réservées pour les verres à objectifs. Les défauts connus sous le nom de bulles ou bouillons, pierres, etc., et qui proviennent d’un affinage imparfait, y sont très rares.

Il serait facile de rendre le verre tout à fait blanc en y ajoutant une certaine proportion de plomb ; mais il deviendrait alors plus tendre et plus sujet à altération.

Les pertes que la lumière subit en traversant une pièce de verre proviennent de deux causes différentes : 1° de la réflexion d’une partie des rayons par les surlaces terminales ; 2° de l’absorption pendant le passage d’une surface à l’autre.

La perte par réflexion varie suivant le degré de poli des surfaces et l’angle d incidence de la lumière. Avec le verre de Saint-Gobain bien poli, elle peut être évaluée à 10 pour 100 de la lumière incidente, pour les incidences comprises entre la normale et 45 degrés. Au delà de 45 degrés, la perte augmente progressivement.

La perte par absorption dépend de la nature du verre et de l’épaisseur traversée. Avec le verre de Saint-Gobain on peut l’évaluer à 1/2 pour 100 par centimètre d’épaisseur.

Les pièces de verre de forme circulaire qui forment la plus grande partie des lentilles de phaies, sont travaillées sur des tours à arbre vertical et à plateau horizontal.

L’anneau coulé en une seule ou en plusieurs parties et préalablement chauffé dans un four, est collé au moyen de poix fondue sur un cercle en fonte élevé de quelques centimètres au-dessus du plateau du tour. Pendant cette opération on fait tourner le tour et on centre l’anneau à la main. Puis on laisse refroidir et on commence le travail du dégrossi. Ce travail consiste à appliquer contre la surface de 1 anneau entraîné dans le mouvement de. rotation du tour, un frottoir en tonte enduit de grès mouillé qui use lentement la surface du verre et en fait disparaître les inégalités. Quand elle est suffisamment lisse, on imprime au frottoir un mouvement de va-et-vient destiné à effacer les sillons creusés par les grains de sable et a donnera la surface la courbure que le calcul lui a assignée suivant

IIENRIVAUX. — LE VERRE.

la place que l’anneau doit occuper dans la lentille. A cet effet le frottoir est emmanché au bout d’un bras assujetti à osciller entre deux pointes. La longueur du bras détermine le rayon de courbure de la surface, la position du centre détermine son inclinaison par rapport au plan horizontal. Des calibres taillés avec beaucoup de soin, sont appliqués fréquemment sur la surface au cours du travail et permettent d’en vérifier l’exactitude. Quand le verre est complètement dégrossi et qu’il ne reste plus aucun témoin de surface brute, on arrête le travail au grès et l’on passe au travail à l’émeri. L’anneau, le tour et les frottoirs sont lavés avec le plus grand soin, jusqu’à ce que toute trace de grès ait disparu. Puis on remet l’outil en marche en appliquant sur le verre non plus du grès, mais de l’émeri délayé dans de l’eau. Ce n’est que graduellement et en employant quatre espèces d’émeris de plus en plus fins qu’on amène la surface du verre à l’état désigné sous le nom de douci, et qui permet d’en entreprendre le polissage. Entre chaque changement d’émeri le tour doit être lavé et, si l’on ne fait pas ce lavage avec assez de soin, on s’expose à avoir des surfaces rayées.

Enfin, après un dernier lavage, on passe au poli, qui se fait au moyen de rouge d’Angleterre (peroxyde de fer) délayé dans l’eau et appliqué avec un pinceau sur la surface de l’anneau. Pendant cette phase de l’opération la surface en fonte du frottoir est recouverte d’un feutre.

Quelques détails de la fabrication varient suivant la nature des pièces de verre, mais toutes passent par la même série d’opérations pour arriver du brut au poli. Leurs qualités optiques dépendent principalement de l’exactitude de leurs formes géométriques et par conséquent de la bonne construction des outils avec lesquels on les travaille.

Toute inexactitude de forme se traduit par une perte de lumière.

Les déformations qui ne peuvent être évitées dans le voisinage des arêtes des prismes sont une cause de perte qu’il importe de diminuer en faisant les arêtes aussi fines que possible et en ne multipliant pas outre mesure les prismes en vue d’en réduire l’épaisseur. Il n’y aurait aucun avantage à descendre au-dessous de la largeur d’environ 10 centimètres qui est adoptée aujourd’hui pour les surfaces réfléchissantes des prismes catadioptriques des trois premiers ordres.

Tous les anneaux dioptriques, avant d’être placés dans le phare, sont vérifiés par la méthode des foyers conjugués qui consiste à les exposer à la lumière d’une lampe placée en avant de l’anneau à une distance connue, et dont on recueille l’image sur un écran placé de l’autre côté.

Le point auquel cette image apparaît le plus nettement est le foyer conjugué de la lampe et il est facile d’en déduire la valeur de la distance focale principale de l’anneau qui doit être égale au rayon du phare ; ce n’est qu’après cette vérification et lorsqu'elle a prouvé la bonne exécution des lentilles ou des anneaux, qu’on monte ceux-ci dans leurs cadres en bronze.

Les anneaux catadioptriques ne peuvent pas être vérifiés de la même manière. Les châssis qui les portent sont formés de trois joues en bronze percées d’ouvertures un peu plus grandes que la section de l’anneau, de manière que celui-ci y entre facilement. On détermine sa position exacte en plaçant au foyer de l’appareil une petite boule représentant la flamme et en observant l’image de cette

boule d’une règle placée verticalement à une certaine distance en avant de l’appareil et sur laquelle on a marqué des traits correspondants aux centres des anneaux et de niveau avec eux. En plaçant l’œil vis-à-vis de chacun de ces traits on doit avoir l’image de la boule au centre du prisme correspondant, si celui-ci est bien placé. S’il n’est pas dans la bonne position, on l’y amène et on l’y maintient au moyen de petites cales en bois qu’on introduit entre le bord de l’alvéole et le prisme. On achève ensuite de remplir les vides avec un mastic de céruse et d’huile de lin qui au bout de quelque temps devient très dur et ne se prête plus à aucun déplacement du prisme.

On peut aussi vérifier les prismes par une méthode inverse de celle que nous venons de décrire, c’est-à-dire en plaçant l’œil au centre du phare et en observant dans chaque prisme l’image d’une lumière placée au niveau du trait correspondant de la règle.

Cette dernière méthode est la seule qu’on puisse employer quand l’appareil est en place. C’est alors la ligne de l’horizon que l’on observe, et quand son image, réfléchie par chaque prisme, vient rencontrer l’axe du phare à la hauteur que doit occuper la flamme de la lampe, on peut être assuré que réciproquement, l’image de la flamme réfléchie par le prisme sera dirigée vers l’horizon.

Il serait sans intérêt de décrire les procédés de fabrication de la partie mécanique des phares lenticulaires qui ne présentent rien de particulier. La construction de tous ces appareils constitue aujourd’hui une industrie importante et alimente plusieurs usines, en France et en Angleterre. Celle de MM. L. Sautter, Lemonnier et Cie, a été le berceau de cette industrie. Elle a été fondée en 1825 par M. Soleil, sous la direction d’Augustin Fresnel, qui trouva dans l’intelligent et modeste opticien l’aide dont il avait besoin pour réaliser la construction des phares lenticulaires dont il avait eu l’idée et avec qui il surmonta les nombreuses difficultés que cette fabrication rencontra à ses débuts.

Aujourd’hui, l’usine deMM.L. Sautter, Lemonnier et Cie exécute tous les travaux se rattachant aux phares et aux signaux sonores. Elle s’est préoccupée spécialement dans ces dernières années de la construction de la machine électrique de Gramme et de ses applications aux phares, à la marine, à la guerre et à l’éclairage des ateliers.

M. L. Sautter a bien voulu nous donner des renseignements utiles pour la rédaction de ce chapitre.

Les nouveaux phares de France. — Dans sa séance du lundi 6 mars 1882, la Chambre des députés a adopté en première délibération le projet de loi portant ouverture d’un crédit de 8 millions .de francs destiné à l’exécution des travaux proposés par M. Allard, inspecteur général, directeur du service central des phares et sur 1 avis du Conseil des ponts et chaussées.

Il s agit de remplacer dans les grands phares d’atterrage l’éclairage à l’huile de colza ou à 1 huile minérale par la lumière électrique et d’installer des signaux sonores.

M. Allard a pensé que le moment était venu de poursuivre ces importantes

améliorations, d après lesquelles les phares seront visibles presque continuellement.

Le nombre des nouveaux caractères optiques proposés par M. Allard est assez considérable pour qu’on puisse différencier tous les grands feux, et il semble qu’il y a intérêt à abandonner ceux employés jusqu’ici, les feux fixes ayant une portée moindre que ceux à éclats.

Avec les nouveaux, il suffira de compter le nombre d’éclats rapprochés, séparés par une longue éclipse ou par un éclat rouge, au lieu d’avoir à évaluer comme autrefois, le nombre de secondes écoulées entre deux éclipses successives, observation déjà pénible malgré son apparente simplicité, pour l’officier de marine absorbé par les préoccupations de son service, surtout en mauvais temps.

Adoptant pour intensité la moyenne (cent vingt-cinq mille becs) entre celles qu’on obtiendrait avec les deux sortes d’appareils optiques proposés : les uns à éclats blancs et rouges, les autres à éclats uniquement blancs, et tenant compte de la fréquence proportionnelle des différents éclats de transparence au-dessous desquels l’atmosphère se maintient pendant différentes fractions de 1 année, M. Allard constate que si l’on substituait l’éclairage électrique à l’éclairage à l’huile dans les quarante-deux phares qu’il indique, le résultat que l’on obtiendrait alors satisferait, sur les côtes de la Manche et de 1 Océan, à peu près pendant les dix douxièmes de l’année, aux conditions que le système des phares à l’huile ne remplit que pendant la moitié de l’année.

Dans la Méditerranée, l’amélioration serait encore plus grande. Il n’y aurait plus d’exception que pendant vingt-quatre nuits, soit un cinquième de 1 année, c’est-à-dire sept fois et demie moins qu’aujourd’hui.

L’organisation d’un système complet d’éclairage électrique sur les côtes de France implique l’installation de quarante-six phares électriques. Mais quatre d’entre eux, le phare de Gris-Nez, le phare double de la Hève et celui du Planier, sont déjà ou vont être prochainement éclairés à 1 electricile, et laissant de côté quelques retranchements ou additions possibles, c’est en définitive à quarante-deux que se trouverait fixé le nombre des phares dans lesquels le nouvel éclairage devrait être introduit.

La dépense movenne à faire pour la transformation d un phare à 1 huile en phare électrique est évaluée à 125 000 francs, ce qui, pour les quarante-deux phares appelés à recevoir cet éclairage en sus de ceux qui 1 ont déjà, donneiait un total de 5250000 francs, mais en réalité, il conviendrait de prévoir une dépense de 7 000000 de francs.

On peut fixer provisoirement à vingt le nombre de phares électriques auxquels il serait utile d’adjoindre des trompettes à vapeur et l’installation de chacun de ces signaux coûterait 50000 francs. La dépense totale sur laquelle il faut compter pour doter les côtes de France d un système cornDlet d éclairage électrique et de signaux sonores se trouverait donc ainsi r- criée à 8000000 de francs.

La première application de la lumière électrique tut faite en France, oans l’un des phares delaHève, en 1863; deux ans après, un second appareil fut éclairé de la même manière. Cet éclairage a l’avantage d’augmenter d’une manière sensible la portée des feux, principalement par un temps brumeux.

L’apparition de la machine Gramme, son application qui a généralisé en quel-

que sorte l’emploi de l’électricité pour l’éclairage, adonné à l’administration des phares l’idée de généraliser cet éclairage pour lequel on avait hésité jusqu’ici à cause de la nécessité de remplacer les appareils optiques destinés à recevoir l’éclairage à l’huile.

Ce qui fait la supériorité de la lumière électrique sur toute autre espèce de lumière pour l’éclairage des phares, ce n’est pas tant sa plus grande intensité absolue que sa plus grande intensité spécifique, c’est-à-dire par centimètre carré de surface lumineuse. On sait, en effet, que deux lumières d’égale intensité, mais de dimensions différentes, placées au foyer d’un même appareil lenticulaire, donnent des faisceaux inégalement divergents et par conséquent inégalement intenses, puisque dans l’un ou dans l’autre cas la même quantité de lumière est distribuée sur des espaces plus ou moins grands.

En mesurant l’intensité d’une lumière électrique on doit se préoccuper de la manière dont la lumière est distribuée dans les différentes parties de la sphère dont elle occupe le centre.

Les foyers à courant continu sont préférables pour l’éclairage des phares. MM. Sautter et Lemonnier construisent des appareils spéciaux pour prendre les mesures photométriques des lampes électriques, aussi nous renvoyons le lecteur à la description de l’organisation des phares, de leur éclairage, de la disposition des lentilles, etc., détaillée dans la notice publiée par ces messieurs.

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