LA VERRERIE FRANÇAISE AUX SALONS DES BEAUX-ARTS
Depuis la première édition de cet ouvrage, nous avons suivi les efforts faits par plusieurs artistes verriers français, et nous avons admiré notamment aux Salons des Beaux-Arts, chaque année, les objets exposés par ces maîtres qui réunissent l'amour du beau à celui de notre métier.
Leurs efforts valurent, auprès du public éclairé, un regain de faveur à l'admirable matière qu'est le cristal. Ce succès coïncide d'une part avec la chute du décor japonais moderne dans la voie purement mercantile, et de l'autre avec le mouvement d'opinion qui vient de remettre en honneur l'art du décor, relégué chez nous depuis le dix-septième siècle, par les Académies des Beaux-Arts, au rang de pratique inférieure.
Désormais, un beau vase ne sera plus jugé de moindre intérêt qu'un tableau mauvais; une œuvre de statuaire excellente ne sera plus disqualifiée par ce seul fait que l'artiste aura fait de son œuvre le support, par exemple, d'un lampadaire ou d'une vasque.
(1) Singulière en son genre est elle-même la cristallerie dont Emile Galle est propriétaire, et non seulement comme laboratoire Terrier, outillé tout spécialement pour uno production artistique, mais aussi par la cohabitation de trois industries : le verre, la terre et le bois, qui s'y exercent sous la même direction. En Angleterre, M. William Morris, en collaboration avec des artistes éminents, Burne-Jones, Rossetti, Walter Crâne, fait des vitraux, dessine et imprime des papiers de tenture, tisse des tapisseries. De même, dans la cristallerie Galle, près de la halle où se souffle le verre, les mobiliers qui serviront de cadres aux cristaux sont ébénistes, marquetés; leurs montures de bronze y sont ciselées et patinées, en accord avec les nuances rares des verres; à côté des ateliers de gravure et de peinture sur verre, des poteries sont tournées, modelées, émaiUées et cuites. Les bâtiments d'usine sont construits avec élégance, entourés de parterres qui fournissent aux ateliers de construction leurs modèles. De parti pris, aux stylet classiques ont été substituées les inspirations dues a l'étude directe et patiente do la nature. La recherche des colorations des verres, émaux et bois, les formes des objets, des ornements et des sujets sont, à la cristallerie de Galle, motivées toujours par la comparaison persistante avec le modèle de nature. Il en résulte une ornementation d'un caractère indépendant et primesautier.
Depuis le centenaire des Beaux-Arts, en 1889, où fut proclamé et mis en application le principe que tart est un dans ses manifestations diverses, cette vérité reçut des sanctions nouvelles par l'admission, aux Salons annuels de sculpture et de peinture, d'ouvrages dits c objets d'art », œuvres manufacturées dont les modèles ont été conçus, dessinés personnelement et exécutés par des maîtres potiers, émailleurs, orfèvres, verriers. La verrerie d'art française actuelle a certainement contribué pour sa part à forcer une porte depuis si longtemps close. Les Salons du Champ-de-Mars et des Champs-Elysées continuent à présenter, chaque année, un choix, fait par le Jury, de pièces de verre, d'émail, de cristal, qui dateront dans l'histoire de notre métier par des qualités précieuses et neuves données à la matière, surtout par la mise en valeur intellectuelle, personnelle.
Ces morceaux ont paru s'élever au rang d'œuvres d'art, et ont provoqué les discussions de la critique au même titre qu'une statue, un tableau, un livre. Il semble donc instructif de mentionner ici quelques-uns de ces ouvrages exceptionnels, types supérieurs de notre métier moderne. Ce sont des points d'arrivée et, pour d'autres voies, des points de départ aussi. Telles pages des catalogues officiels des Expositions de la Société nationale des Beaux-Arts et des Artistes français, à Paris, deviennent documentaires pour la verrerie comme on va le voir.
Et ainsi, après les chapitres si connus de l'histoire du verre, où l'on a vu Alexandrie pousser le tour demain jusqu'à des secrets que l'habileté moderne n'a pas tous retrouvés, Venise épanouir ses corolles frêles, ourdir ses guipures, monter ses confiseries légères, nous avons sous les yeux des pages fraîches et vivantes où le verrier moderne rafraîchit à l'improviste et poétise la matière antique par la suavité ou le piquant des coloris, surtout par l'intellectualité du décor. Aux Salons nous rencontrons l'émail et le verre; et d'abord, dans l'émail sur métal, des praticiens impeccables : les Thesmar, les Garnier et Grandhomme, les Barrière, le regretté Soyer.
Nous y saluons le retour à la saine compréhension du vitrail dans les mains de bons artistes du décor, Grasset, Lerolle, Besnard, Galland, secondés par des verriers chercheurs : les Appert, Tiffany, Carot, Gsell ; dans la glyptique du verre, les adaptations d'Extrême-Orient à la matière vitreuse, par les Keyen, les Léveillé; les ciselures naturalistes et pensives de Galle; ses
Cette méthode de trayait semble à priori ne convenir qu'à des écoles ou à des manufactures d'État; elle est très propre cependant pour un établissement spécial à l'article de fantaisie et de nouveauté; elle parait avoir donné, après une période d'application soutenue, des résultats excellents, tels que la substitution de formes neuves au matériel suranné de formules devenues banales dans le mobilier de la gobeletterie d'étagère et de table, et aussi l'application de décors d'une ornementation libre, renouvelant les modes du décor cristallier, l'ancien ûletage, fleurage en or et couleur et les dessins conventionnels, autrefois laissés par les usines k l'initiative des ouvriers décorateurs. De même aussi, l'élude de la nature et un sentiment plus ingénieux ont rajeuni les procédés de la taille sur cristal, les peu suggestives côtes plates ou creuses, a bizeaux, en étoiles, pontils, diamants. Ces mêmes procédés ont été, à la taillerie de Galle, appliqués sur le cristal au rendu décoratif d'une plastique plus souple et plus vraie (voir fig 370)-
HENRIVAUX. — LE VERRE. 6P
pâtes troublantes, ses élaborations compliquées et passionnées, innovations qui, reprises par d'autres, après lui, aident au rajeunissement de la matière et favorisent l'évolution industrielle; enfin dans la fabrication même, les Salons du Champ-de-Mars nous offrent les mystérieux retours à l'antique de M. Cros, la riche palette de MM. Appert, les recherches inquiètes do M. Tiffany fils.
1° IJ Émail aux Salons du Champ-de-Mars. — Les émaux sur métal, entre les mains de MM. Garnier et Grandhomme, sont remarquables par la puissance des tons, la richesse des dessous métalliques, les repoussés d'or, les taillés dans l'or fin par un maître du métal, le ciseleur Brateau ; l'application à des vases y est intéressante ; les sujets sont empruntés avec un louable discernement aux mystérieuses toiles de Gustave Moreau : Pasiphaë, Hercule, Hélène, Ariane. « La perfection de leur technique, a dit M. Roger Marx, a été constatée à satiété, et aussi leur penchant à peindre sur des fonds couverts de paillons dont l'or et l'argent rutilent à travers la diaphanéité de l'émail et donnent au ton un éclat incomparable. N'ont-ils pas. sur le métal repoussé au préalable, émaillé une minuscule tète féminine et ouvert ainsi à l'orfèvrerie une voie inexplorée? N'est-il pas beau à eux d'avoir tenté de rendre à l'émail son rôle iconique des grandes époques en abordant franchement le portrait moderne? (1). »
Il faut citer aussi, au Salon de 1895, un émail cloisonné d'Ernest Carrière, les Pies, comme une œuvre brillante.
Les émaux de M. Thesmar, c'est la technique orientale de l'émail translucide suspendu par miracle en sa fusion dans les mailles d'un réseau de filigrane d'or, et ainsi formant des bols, des tasses mignonnes. Ce sont de petits chefs-d'œuvre d'impeccable exécution. Inoubliables sont (1892) un bol de gui et de houx sur une branche morte, et les tasses : le Trèfle; la Goutte de Sang. (Voir planche hors texte, Revue des Arts décoratifs, 1892.) Depuis lors, M. Thesmar s'est appliqué à faire reposer ses gouttelettes sur un excipient opaque; il est parvenu à une réalisation pratique absolue, malgré Técueil des dilatations inégales; et cela est regrettable, ce support fût-il même la plus jolie porcelaine de Sèvres ! Ce succès technique semble prouver une fois de plus que le mieux est l'ennemi du bien. Sèvres s'est enrichi de ce dont l'émail s'est privé : la diaphanéité isolée, dans l'air, sans support apparent.
2° La Glyptique sur verre à la Société nationale des Beaux- Arts (1892- 1895). — J. Jacques, travaux à la molette d'après divers maîtres (1891); sept pièces en 1893 : Oiseau royal. Battue, Contravention, Amour chasseur, Neptune y etc. ; de Haeck, une carafe à vin taillée par lui sur ses dessins (1893) ; Léveillé, gravures et tailles sur cristaux de couleurs (1892) ; du même (1893), deux vases gravés à feuillages sur fond de pâte imitant le jade, un bol à guirlande de trèfle avec colorations, un vase rouge avec tailles rinceaux ; en 1894,
(1) Portrait du prince de Galles.
neuf pièces de gravures sur strass aux riches coloris, et craquelures, dans les procédés et la tradition excellemment inaugurés par son prédécesseur, le regretté maître Rousseau : Poisson et Corail, Flots japonais, Feuillage, Corbeaux, Sujet antique, toutes pièces brillantes et décoratives. Du même artiste, en 1895, des gravures en camée faisant ingénieusement valoir les pâtes sur pâtes qu'il fait fabriquer sur ses indications, et dont les teintes XVIIIe siècle sont fort aimables et les gravures parfaitement jolies de M. Michel. L'habile graveur Reyen faisait admettre à son tour à la Société nationale, en 1893, trois pièces de délicates gravures qu'il appelle « ombrées en relief sur verre doublé d'émail », Hirondelle et Dahlia, Algues et Poisson, etc. En 1894, trois gravures sur des triplés émaillés: Cerises et Lierre sur jade, Herbes des champs sur bleu, Vigne sur agate; cette année, Vignes et Herbes, Poisson et Crabe, donnaient encore d'élégantes élaborations de verres fabriqués à couches de nuances différentes nettement tranchées. A ces mêmes Salons annuels du Champ de Mars, Galle a exposé des pièces où la glyptique jouait un rôle important ; nous en parlerons ci-après.
3° Les maîtres de verrerie aux Salons de peinture. — En 1895, les peintres et sculpteurs exposant aiix Champs-Elysées ont fait, à leur tour, comme à contre-cœur, place aux ouvrages des artistes du décor, et parmi ceux-ci, les bas-reliefs de Henri Cros, notamment sa Fontaine, l'histoire de l'Eau, d'une infinie douceur, ont la noblesse de la fresque et les tons pâlis des verres antiques. « L'incantation » est, dans ce retour à l'antique, une des œuvres les plus troublantes et charmeresses de cet artiste éminent. La Société des Beaux-Arts nous offrait les travaux de deux verriers, Louis Tiffany, de New- York, et Galle, de Nancy. La nouvelle production de M. Tiffany, fils d'orfèvre passé maître verrier, se présentait (1895) sous forme de vitraux dont il sera question plus loin, et d'une vingtaine de vases et bols sans composition décorative ni figuration proprement dite, mais ornés de leurs seuls coloris et de marbrures dont les tours de main, sans constituer des innovations dans le métier, sont originales et agréables. Cette fabrication de fantaisie lient à la fois de l'art antique et du vénitien par la légèreté de la matière et la gracilité des formes, de la formule japonaise par les galbes, les taches décoratives, les passages imprévus d'une nuance à l'autre, du gris au mauve et au rose, avec des diaprures, des iris, ou des applications de feuilles métalliques brûlées,, dont l'aspect barbare est d'un raffinement très piquant.
Voici, d'après le catalogue de la Société nationale des Beaux-Arts, la série des verres les plus marquants de Galle, admis à ces Salons de peinture : Cinq vases (1891) : A petits pas d'oyselet, bol camée en pâte métallique et verres, illustrant des rimes du verrier sur un thème de Théophile Gautier. Eaux dormantes, pot couvert en pâte d'émail avec premiers plans ciselés sur un décor mêlé à la matière (thème de Hugo) :
La frissonnante libellule Mire le globe de ses yeux Dans Vétang splendide où pullule Tout un inonde mystérieux.
HENRIVÀUX. — LE VERRE. 619
Urne funéraire (FAriel, cristal nébuleux contenant dans sa masse des vols de chauves-souris ; décor ciselé, illustration d'un sonnet du verrier ; couvercle figurant les constellations la Lyi%e, les Fourneaux et le Burin. — Beauté des choses qui meurent, pâte jade gris à madrures multicolores, sujet reliefé en pâte rose sur un texte du poète Emile Hinzelin, monture en or et argent par le maître orfèvre Falize (Salon des Champs-Elysées, 1896).
Le Catalogue de 1892 signale, du même verrier, quinze pièces en pâtes vitreuses, dont quatre furent acquises par l'État et figurent au Musée du Luxembourg, à Paris : La Soldanelle des Alpes, fleurs ciselées améthyste enveloppées d'une gangue bulleuse figurant du névé. Comme dans les étangs assoupis sous les bois. Liseron d'octobre, les Veilleuses, sont remarquables par la délicatesse des coloris, les atténuations des tons par la gravure. Flore fossile, brun ciselé sur gris à goutelettes d'argent; Thème de Baudelaire, flacon en pâtes polychromes ciselées, sont au Musée des Arts décoratifs. Vase de tristesse, cornet en bleu troublé, avec des ancolies en vieux violet. Les grands bois et les champs sont de vastes asiles, urne en cristal purpurin ombré de vert, où un intérieur de forêt, sa flore et sa faune avec toutes les dégradations de teintes et effets de lumière sont obtenus par des fondus de gravure au touret. La nouveauté de ces pièces dans la cristallerie consistait dans la qualité des coloris clairs, délicatement rompus, issus de la scrutation des creusets d'essais, en même temps que de l'observation directe des modèles vivants, et dans une ciselure à peine perceptible au toucher ; les figurations étaient détachées des fonds sans sécheresse, comme des aquarelles d'un faire libre, enveloppées d'air.
L'envoi de Galle en 1893 se signalait par la complication des tours de main, nouveaux dans le métier et qui n'ont pas été repris depuis : ce sont la Coupe ciselée au touret, offerte à M. Pasteur par V École normale supérieure à l'occasion de son soixante-dixième anniversaire. Le verrier avait pris comme motif de son décor ces vers de Y. Hugo :
« On verra les hydres formidables
Monter, sortir du fond des brumes insondables Et se transfigurer. »
C'est à l'aide de préparations colorées très ténues semées à chaud par lui au moment de la fabrication de cette coupe que Galle a réussi à montrer, comme baignant dans de fantastiques bouillons de culture, les microbes pathologiques, à côté d'autres figurations d'un symbolisme touchant. Aux mêmes procédés se rattachaient : Urne en forme de graine d^ombelli/ère, où l'on pertevait une florule menue, diluée, émergeant du dedans aux parois. Même processus pour le Coudrier, buire en cristal agatisé, zébré obliquement de huilages métalliques et de chatons de noisetier en verres de couleur engagés dans les flancs du vase. Endormeuse Saison donnait des chrysanthèmes vus au travers du brouillard; Chandelles romaines, un ciel d'Italie en pâte mate avec des verres de couleur incrustés durant le travail à chaud et simulant des /usées d'artifice.
Le Salon du Champ de Mars en 189 1 a reçu du même verrier les vases acquis par la Ville de Paris (musée Galliera) : Neque lue tus, neque dolor erit ultra, camée blanc sur noir, et : Mulier,quid ploras? pièce en forme de larme, à pied de verre mosaïque. Moonwort était un vase camée imitant une opale à reflets changeants, d'où la ciselure avait tiré les siliques de la lunaire. Ego sum vitis vera motivait un Saint-Graal en verre demi-opaque ivoirin ; du cuivre maintenu au maximum d'oxydation y simulait d'une façon saisissante l'effusion du sang eucharistique. En 1894, à Bruxelles et au Salon des Arts décoratifs de Nancy, enfin au Champ de Mars en 1895, la Cristallerie de Galle a donné des cristaux de teintes très riches, amaranthe, nacarat, mandarine, corail. Mais encore ces matières n'apparaissaient qu'au travers de nuages, dont l'élaboration décorative, loin d'être découpée sèchement par l'acide fluorhydrique dans une couverte, se reliaient intimement à la masse durant sa mise en œuvre à l'état pâteux. Les sujets plongeaient dans les fortes épaisseurs pour se prendre aux parois internes et venir ensuite s'épanouir à l'extrême surface. Au Champ de Mars, cette année, une de ces pièces semblait absolument pétrie de ramuscules, de dendrites, de coquilles, de feuillages dans de l'eau.
Les deux nouvelles pièces acquises à Galle au Salon de 1895 par l'État, pour
le musée du Luxembourg, emploient les tonalités puissantes d'une palette faite
de ses cristaux en fusion, couleurs de topaze brûlée, d'ambre, de résine,
mêlées de métaux et d'oxydes, [d'où il a tiré des effets de nuit (Coupe des
Troyens, Berlioz) ou des impressions de crépuscule (Vase sur ce thème de
Hugo) :
« Et Varbre de la route
Secoue au vent du soir la poussière du jour. »
Le Salon des Champs-Elysées de 1896 possédait une vitrine de cristaux de Galle, montés en orfèvrerie avec un art exquis par le maître-orfèvre Falize.
4° Le Vitrail aux Salons des Beaux-Arts (Champ de Mars). — Novateurs dans cette branche superbe de l'art verrier se sont affirmés, par des envois remarquables, les artistes suivants :
Henri Carot : Au Buffet et Toilette, cartons de MM. Besnard et Lerolle (1891); Chrysanthèmes (1892); Oriental et Motifs de bordures (1893); Le Mail, pour l'Hôtel de Ville de Paris; Jeanne d'Arc (1894); Le Jardin public, carton de Lerolle, pour l'Hôtel de Ville de Paris ; Les Paons, carton de Besnard, pour le Musée des Arts décoratifs (1895). Excellents emplois décoratifs et réelle originalité.
En 1892, M. Galland expose une Verrière destinée à l'église de Chaillot, où l'on retrouve les qualités magistrales du grand artiste son père. De même, en 1895, en collaboration avec M. Gibelin, des Verrières destinées à la cathédrale d'Orléans.
Gsell père et fils (1893), Vit7*ail pour salle à manger. Pizzagali nous apporte la même année Pégase, fantaisie en verre américain, et Paon, mosaïque en verre découpé, première apparition de procédés fort intéressants et décoratifs. De même source, Journée d'amitié, par Wyman-Whitman (1894). Cette année, M. Appert, réminent verrier de Paris, nous donne, en collaboiation avec le peintre Besnard, une curieuse application du verre à une cheminée en céramique; Lafarge, de New-York, un vitrail: Pivoines;
le féerique carton de Grasset, la Chasse au Sanglier, superbe exécution du Terrier Gaudin ; Pizzagalli, une mosaïque de verre : Ma Femme et mes enfants; enfin Tournel, de Paris, Sainte Catherine, mosaïque vitrifiée ; Tiffany, de New-York, treize petits vitraux qui ont attiré à juste titre l'attention par les façonnages singuliers, les marbrures des matières, leur aspect de mosaïques précieuses. Il faut dire que les cartons, exécutés par les maîtres imagiers et peintres à la mode, Albert Besnard, H. de Toulouse-Lautrec, Roussel, Hels, etc., avaient une grande saveur d'originalité, convenant admirablement au parti pris de ces mosaïques translucides. C'est un regain de faveur qui se prépare pour cet élément de décor intime, le vitrail !