‹ Le verre et le cristalChapitre 155 sur 207 · YEUX ARTIFICIELS · texte numérisé non relu

YEUX ARTIFICIELS

Voici le mode de fabrication de H. Bax pour obtenir les yeux artificiels :

L'opération se réduit : 1° à fondre les lentilles de verre ; 2° à les user et les polir; 3° aies peindre.

c 1° Pour fondre les lentilles, mon appareil, dit l'auteur, consiste en une boite de tôle confectionnée sans soudure. Celle dont je fais usage est construite ;iinsi qu'il suit : 22 centimètres (8 pouces) de longueur, 14 centimètres (5 pouces) de largeur, et 4 centimètres (1 pouce 1/2) d'épaisseur. Ces proportions ne sont point rigoureuses. Cette boite peut être comparée à un étui de livre, elle n'est ouverte qu'à une extrémité. J'introduis par cette ouverture un plateau ou tiroir de même métal, large de 13 centimètres sur 22 (4 pouces 3/4 sur 8) de long; ses bords sont relevés d'environ 14 millimètres (6 lignes); il doit entrer et sortir librement; on lui adapte une anse ou queue pour la saisir. La botte sert à garantir le verre en fusion des corps cinérés ; de plus, elle concentre la chaleur. L'intervalle qui existe entre la voûte et le plateau laisse voir l'état du verre pendant l'opération.

€ Je taille autant de morceaux de verre circulaires que je désire fondre de lentilles. Le diamètre de chaque morceau est relatif à l'épaisseur du verre et à la grandeur des yeux que j'ai l'intention de faire. Pour tailler le verre, je trouve plus expéditif d'appuyer le morceau que je veux arrondir sur un corps solide et anguleux ; puis, à l'aide d'un marteau, dont je ménage les coups, je brise tout autour les saillies qui bordent la circonférence ; pour les grosses espèces, on pourrait employer le grugeoir des vitriers. Le meilleur verre est la glace, qui présente une teinte verte dans sa cassure; à défaut de celle-ci, les cristaux et le verre à vitres ; toutefois, il convient d'éviter, autant que possible, de réunir plusieurs qualités de verre dans la même fonte, afin que la fusion s'opère uniformément.

» Ainsi façonnés, je place ces verres sur le plateau, en observant assez de distance entre eux pour prévenir leur agglomération ; et, comme ils pourraient adhérer au plateau, ou lui enlever un oxvde nui troublerait leur transparence, il est indispensable d'enduire celui-ci cf une couche de blanc de céruse délayé. II est nécessaire aussi de dessécher cette couche à l'aide d'une chaleur légère. A la céruse on pourrait substituer le tripoli, ou un lit de sable fin. Le plateau dont j'ai fait mention plus haut peut contenir quarante paires de lentilles assorties. Je place horizontalement la boite sur un foyer, en sorte qu'elle puisse être entourée d'assez de charbon pour éprouver une forte chaleur. Le feu étant allumé, je glisse légèrement le plateau dans la boite, en conservant l'arrangement des verres.

» La fusion commence par leur circonférence, qui s'affaisse et s'arrondit ; alors les inégalités résultant de la cassure disparaissent, la face supérieure se bombe, la face inférieure se moule sur le plan où elle repose. Aussitôt que le verre est fondu, on retire le plateau, qu'on peut successivement remplacer par plusieurs autres. Ce. moyen, plus expéditif, est aussi plus économique.

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» 2° Les lentilles, ainsi fondues, ont, pour la plupart, besoin d'être usées sur leur face plaie, ce qui se pratique en les frottant sur un grès uni et humecté, jusqu'à ce qu'elles soient ml ni Les à un segment de sphère, figurant la chambre antérieure de l'œil, coupée perpendiculairement à l'iris. Pour abréger cette operation, on repliera une lame de fer-blanc, ou une feuille de carton, de manière à former un moule ressemblant à un rouleau de serviette. Son diamètre sera proportionné à l'étendue de la surface du grès. Pour s'en servir, on l'appliquera sur un plan uni, comme par exemple une table de marbre ou le dessus d'une assiette. On placera sur ce môme plan, dans l'intérieur du moule, une couche de lentilles reposant sur leur face plaie; on coulera en suite par-dessus un mélange de poix et de plaire, ou tout autre mastic susceptible de former une masse solide en se durcissant, et capable de retenir assez fortement les lentilles pendant qu'on les use toutes à la fois. Le frottement du verre sur le grès le rend opaque ; il suffit de le repolir pour rétablir sa di p':ancité; à cet effet, on frottera les lentilles usées sur un morceau de planche saupoudré de pierre ponce porphyrisée, ou de potée d'élain en usage chez les vitriers et miroitiers. Pour terminer, on les passera sur un morceau de feutre de chapeau.

» 3° Pour peindre la pupille de l'iris, les personnes habituées à manier le pinceau suivront leur goût; celles qui sont étrangères à cet art, pourront peindre la face plate uniformément de la couleur iridaire ; ensuite, elles enlèveront au centre un cercle de cette même couleur, grand et configuré comme la pupille; puis elles le remplaceront par la couleur noire, et vice versa, si l'on peignait d'abord tout en noir. Je prends avec une brucelle la lentille que je veux peindre; je présente la face convexe à une glace placée devant moi ; par conséquent, la face plate est tournée de mon côté. Je dépose au centre de celte face une goutle de peinture noire que j'étends jusqu'à ce que je sois parvenu aux dimensions de la pupille que je veux exprimer; la glace m'indique quand je suis parvenu à ce point. La pupille étant sèche, je colore l'iris. Les couleurs employées devront toujours être broyées à l'huile de lin recuite, comme étant plus siccative. Elles seront assez consistantes pour ne pas trop s'étendre en se desséchant. »

Voici comment on procède maintenant à la fabrication des yeux artificiels :

La préparation des yeux d'animaux se fait au moyen d'émaux aux couleurs les plus variées, dont la composition doit être telle qu'ils aient tous le même coefficient de dilatation.

On commence par former à la lampe d'émailleur un -verre de couleur convenable, une sorte de lentille devant former la cornée, sur laquelle on soude les émaux destinés à former l'iris, puis la pupille ; le tout est ensuite recouvert d'un cristal très blanc donnant à l'œil sa grosseur définitive.

Les yeux qu'on fabrique ainsi sont aussi variés de couleur que de dimension; ils sont généralement recuits.

La fabrication de ces produits spéciaux se fait principalement à Paris et donne lieu à un commerce important : ces yeux servent non seulement à la naturalisation, mais encore pour des jouets, des poupées et des objets de mode.

Les yeux servant à la prothèse oculaire humaine doivent être fabriqués par des spécialistes avec des soins tout particuliers; pour ne pas fatiguer celui

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qui les porte, ils doivent être aussi légers que possible et fabriqués en verre peu altérable, les liquides sécrétés dont ils sont baignés ayant une tendance à en altérer la surface et à la dépolir. Pour les obtenir, on commence par faire, à la lampe d'émailleur, une coque en émail de la forme de l'œil à imiter et d'une épaisseur analogue à celle d'une coque d'œuf; sur cette coque on rapporte après coup des émaux de couleur destinés à former l'iris et la pupille.

Ces objets, fabriqués avec grand soin, sont d'une imitation parfaite; ils sont toujours d'un prix relativement élevé.

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