TEINTURE DU VERRE
Il existe des procédés de teinture des verres par des méthodes qui rappellent les effets de la cémentation.
On connaît depuis longtemps l'influence qu'exercent les sels d'argent sur certains verres. Lorsqu'on ajoute à du colcotar, à de la terre de Sienne, à de la terre de pipe, du chlorure d'argent ou du sulfure du même métal, et qu'on étend sur une surface de verre le mélange pour le faire cuire à une douce chaleur, si, après le refroidissement, on enlève le principe inerte qui souille ia surface vitreuse, on voit celle-ci colorée en jaune plus ou moins intense sur les portions qui avaient été recouvertes.
Tous les verres ne semblent pas également aptes à se colorer ainsi ; quelquesuns ne prennent que difficilement une nuance jaune paille, alors que d'autre?, au contraire, se colorent fortement en brun jaune, qui peut aller jusqu'au brun de bois.
Salvélat a fait plusieurs analyses pour découvrir à quel principe il fallait attribuer cette propriété du verre de se colorer en jaune sous l'influence de l'oxyde d'argent. On a cru pouvoir en accuser successivement l'oxyde de plomb, l'alumine, la soude et la potasse. Mais, après des tentatives et des recherches nombreuses, Salvétat dut chercher ailleurs la cause de ce phénomène, et il crut pouvoir l'attribuer à la présence, dans le verre fait, de quelques millièmes d'acide arsénieux. Quand l'affinage du verre a fait disparaître jusqu'aux moindres traces de cet agent, le verre ne prend aucune coloration sous l'influence du jaune d'argent, et, dit Salvétat, j'ai vu des verres ne prendre aucune nuance sur des feuilles qu'on avait eu l'obligeance de fabriquer à ma demande, sans faire intervenir l'acide arsénieux dans la fabrication. Le borosilicate de zinc alcalin que prépare la cristallerie de Clichy ne prend aucune teinte avec le jaune d'argent.
Ce verre contient :
Grammes.
Silice 62,00
Acide borique 5,80
Oxyde de zinc 12,00
Potasse 19,30
M. Salvétat n'a pas remarqué qu'il y eût avantage à préférer le sulfure d'argent au chlorure. Ce dernier sel se prépare avec la plus grande facilité. Il suffit, comme on le sait, de précipiter par de l'acide chlorhydrique une dissolution d'argent dans l'acide nitrique, on lave et on dessèche.
On mêle pour faire le jaune d'argent, qu'on nomme aussi jaune Jean Cousin :
Grammes. ,
Oxyde de fer GO
Chlorure d'argent 10
On triture. La force de cémentation de cette composition n'est pas épuisée par une première application sur le verre. Après la cuisson, on l'enlève avec une brosse, et pour la faire servir une seconde fois on y ajoute cinq parties de chlorure. On la fait ainsi servir indéfiniment en ajoutant du principe actif.
L'oxyde d'argent n'est pas le seul corps qui puisse teindre le verre par une sorte de cémentation. J'ai vu, dit Salvétat, des spécimens dont j'atliibue la coloration à l'oxyde de fer, mais j'ignore par quels procédés ces teintures ont été préparées.
L'oxyde de cuivre peut aussi servir dans des circonstances analogues, mais alors il produit une magnifique couleur rouge-rubis, semblable à celle des verres doublés rouges, obtenus au moyen du protoxyde de cuivre. C'est à la cristallerie Saint-Louis qu'on est redevable de ce procédé, qui nécessite une grande habileté.
Un mélange de craie et de sulfate de cuivre, ou de sulfate de chaux et de sul-
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fate de cuivre, est appliqué sur la surface du verre, qui doit élre autant que possible exempt d'oxyde de plomb et d'une faible fusibilité. On cuit dans un moufle par les procédés ordinaires; on délachc comme pour le chlorure d'argent le corps indifférent qui accompagnait le sulfate de cuivre. La surface du verre est colorée faiblement en une nuance verdàtre sale, qu'il faut convertir en protoxyde de cuivre. On y parvient en cuisant de nouveau le verre dans un moufle au milieu d'une atmosphère réductrice, obtenue généralement par J 'introduction des produits fuligineux de la houille, ou de tout autre combustible donnant le moins possible de vapeur d'eau.
Les nuances rouges tirées du cuivre ne rendent pas aux peintres verriers les mêmes services que le jaune Jean Cousin ; on le comprend sans peine, à cause des conditions particulières qu'il faut remplir pour ramener et maintenir l'oxyde de cuivre à l'état d'oxydule. Le jaune d'argent, dont on fait un très grand usage, euit dans les circonstances ordinaires; il peut se mettre à volonté sur une ou sur les deux faces du verre, et servir de la sorte à modifier en jaune les autres tons de la palette; il fait alors l'office de glacis, quoiqu'il soit placé sur la face qui n'a pas reçu de peinture. Beaucoup de verts sont obtenus en couchant ce faune sous des bleus variés. Quant aux pièces vues par réflexion de la lumière olanche, ce moyen donne du noir. La manufacture des cristaux de Saint-Louis avait exposé, vers 1849, des vases en fond bleu sur lesquels on avait apposé du jaune Jean Cousin ; il en résultait des dessins noirs présentant un effet orifinal, et dont il n'était pas facile, de prime abord, d'expliquer la formation.