SCÈNE I
Emilie, Lisette. (Lisette ouvre la scène, Emilie ne paraît qu'après.)
Lisette.
Elle chaiite en contrefaisant la paysanne, tandis qu'elle range dans le salon. J ( C\X ^
Magister d' not' village, Qu'en sait long Dieu marci !
M' dit que (T peur du naufrage, Faut prendre un bon mari
- Oui.
Gué, gué, dans un ménage, Un mari, c'est bien joli Oui!
L' baillif à doux langage, Dont y devin' les projets, Prétend qu' c'est ben p'us sage De n' s'engager jamais.
Mais
L' Magister d' not' village, Qu'en sait long Dieu marci !
M' dit que d' peur du naufrage, Faut prendre un bon mari
Oui!
Gué, gué ! dans un ménage, Un mari, c'est bien joli !
Oui!
Emilie (entrant et présentant à Lisette son ombrelle et son sac à ranger).
La folle ! que chantes-tu là ?
Lisette (avec étonnenient).
Ah ! Madame ! ... je me croyais seule, et je répétais la chanson avec laquelle on m'a bercé. Ce n'est pas que je sois de l'avis de ma nourrice au moins ; je pense au contraire que de tous les maris, le meilleur . . . suffit . . . mais vous Madame, déjà de retour ! . . .
Emilie.
Et bien fatiguée Approche-moi, un fauteuil.
le verrou. 3
Lisette.
Madame fait-elle une demi-toilette ?
Emilie.
Non. Je reste comme je suis, absolument comme je suis. J'ai de l'humeur.
Lisette.
Vous, Madame !
Emilie.
Lisette ! . . Prends ce chapeau, il me va à faire peur . . . Moi qui croyait m'amuser un peu à cette promenade du matin avec cette petite que tu m'as donnée ; mais allons donc Lisette ! vous ne pensez à rien .... Voyez comme je suis faite.
Lisette.
Madame a refusé mon service.
Emilie.
Ces cheveux en désordre; allons donc... Cette enfant est niaise et maussade, un pauvre esprit dont
nous ne tirerons aucun parti des fleurs une
guirlande quelque chose enfin .... A propos,
mon mari est-il venu chez moi ?
Lisette.
Non, Madame.
4 le verrou.
Emilie.
Cette mante me gêne; passe-moi un dessus plus léger.
Lisette.
En voici un parfait; c'est le plus galant que vous ayez.
Emilie.
Monsieur de Volmar ne Test guère lui ... . Ne
pas venir s'informer de ma santé, après les fatigues d'un bal.
Lisette.
Vous êtes rentrés ensemble ?
Emilie.
Monsieur de Volmar et moi ! Y penses-tu ? Il m'a quittée à minuit, et j'ai dansé jusqu'à près de trois heures.
Lisette.
Ah ! Ah !.. . A-t-il été prévenu de votre promenade d'aujourd'hui?
Emilie.
Est-ce-que je savais hier que cette fantaisie me prendrait ce matin.
Lisette (à elle même).
Je ne m'étonne plus
Quoi !
Lisette.
Tenez, Madame, je reviens à ce que je disais, il n'y a qu'un instant; que de tous les maris, le meilleur .... Ce n'est pas au sujet de Monsieur que je parle ainsi ; mais enfin vous n'êtes sortie du bal qu'à trois heures, vous venez de faire une promenade à son insu; et je le crois mécontent.
Emilie.
De moi ?
Lisette.
Je viens de le rencontrer sur l'escalier, ses sourcils étaient rapprochés, et ses deux lèvres faisaient -comme cela (elle le contrefait) ; oui Madame comme cela.
Emilie (haussant les épaules).
Après
Lisette.
Après je l'ai entendu chanter.
o le verrou.
Emilie.
S'il chantait, il n'était donc pas triste.
Lisette.
Ah ! Madame, il y a chanson et chanson.
Emilie (avec impatience.) Après, voyons après, que chantait-il ?
Lisette.
Attendez que je me rappelle je ne suis pas sûre
d'avoir tout entendu, parce que Monsieur chantait à demi-voix, comme on chante sans que le cœur chante m'y voici —