‹ Le verronChapitre 12 sur 56 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

Emilie, Lisette. (Lisette ouvre la scène, Emilie ne paraît qu'après.)

Lisette.

Elle chaiite en contrefaisant la paysanne, tandis qu'elle range dans le salon. J ( C\X ^

Magister d' not' village, Qu'en sait long Dieu marci !

M' dit que (T peur du naufrage, Faut prendre un bon mari

- Oui.

Gué, gué, dans un ménage, Un mari, c'est bien joli Oui!

L' baillif à doux langage, Dont y devin' les projets, Prétend qu' c'est ben p'us sage De n' s'engager jamais.

Mais

L' Magister d' not' village, Qu'en sait long Dieu marci !

M' dit que d' peur du naufrage, Faut prendre un bon mari

Oui!

Gué, gué ! dans un ménage, Un mari, c'est bien joli !

Oui!

Emilie (entrant et présentant à Lisette son ombrelle et son sac à ranger).

La folle ! que chantes-tu là ?

Lisette (avec étonnenient).

Ah ! Madame ! ... je me croyais seule, et je répétais la chanson avec laquelle on m'a bercé. Ce n'est pas que je sois de l'avis de ma nourrice au moins ; je pense au contraire que de tous les maris, le meilleur . . . suffit . . . mais vous Madame, déjà de retour ! . . .

Emilie.

Et bien fatiguée Approche-moi, un fauteuil.

le verrou. 3

Lisette.

Madame fait-elle une demi-toilette ?

Emilie.

Non. Je reste comme je suis, absolument comme je suis. J'ai de l'humeur.

Lisette.

Vous, Madame !

Emilie.

Lisette ! . . Prends ce chapeau, il me va à faire peur . . . Moi qui croyait m'amuser un peu à cette promenade du matin avec cette petite que tu m'as donnée ; mais allons donc Lisette ! vous ne pensez à rien .... Voyez comme je suis faite.

Lisette.

Madame a refusé mon service.

Emilie.

Ces cheveux en désordre; allons donc... Cette enfant est niaise et maussade, un pauvre esprit dont

nous ne tirerons aucun parti des fleurs une

guirlande quelque chose enfin .... A propos,

mon mari est-il venu chez moi ?

Lisette.

Non, Madame.

4 le verrou.

Emilie.

Cette mante me gêne; passe-moi un dessus plus léger.

Lisette.

En voici un parfait; c'est le plus galant que vous ayez.

Emilie.

Monsieur de Volmar ne Test guère lui ... . Ne

pas venir s'informer de ma santé, après les fatigues d'un bal.

Lisette.

Vous êtes rentrés ensemble ?

Emilie.

Monsieur de Volmar et moi ! Y penses-tu ? Il m'a quittée à minuit, et j'ai dansé jusqu'à près de trois heures.

Lisette.

Ah ! Ah !.. . A-t-il été prévenu de votre promenade d'aujourd'hui?

Emilie.

Est-ce-que je savais hier que cette fantaisie me prendrait ce matin.

Lisette (à elle même).

Je ne m'étonne plus

Quoi !

Lisette.

Tenez, Madame, je reviens à ce que je disais, il n'y a qu'un instant; que de tous les maris, le meilleur .... Ce n'est pas au sujet de Monsieur que je parle ainsi ; mais enfin vous n'êtes sortie du bal qu'à trois heures, vous venez de faire une promenade à son insu; et je le crois mécontent.

Emilie.

De moi ?

Lisette.

Je viens de le rencontrer sur l'escalier, ses sourcils étaient rapprochés, et ses deux lèvres faisaient -comme cela (elle le contrefait) ; oui Madame comme cela.

Emilie (haussant les épaules).

Après

Lisette.

Après je l'ai entendu chanter.

o le verrou.

Emilie.

S'il chantait, il n'était donc pas triste.

Lisette.

Ah ! Madame, il y a chanson et chanson.

Emilie (avec impatience.) Après, voyons après, que chantait-il ?

Lisette.

Attendez que je me rappelle je ne suis pas sûre

d'avoir tout entendu, parce que Monsieur chantait à demi-voix, comme on chante sans que le cœur chante m'y voici —

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