GROUPEMENT DES VOYELLES
trièmeja division en groupes de deux dont peuvent s^accommoderles quatres premiers ne convient ni au cinquième ni au septième. Inutile d'examiner les divisions en groupes de quatre ou en groupes de six, puisque ce sont des multiples de la division en groupes de deux.
Nous savons qu'au point de vue du ritme les vers ne sont pas tous divisés de la même manière ; pourquoi, en ce qui concerne l'armonie, n'i aurait-il qu'un seultipe?Le deuxième vers qui s'accommode si bien de la division en groupes de trois voyelles tandis que la correspondance des groupes de deux voyelles i est à peu près insaisissable est précisément divisé par le ritme en groupes de trois sillabes. Le quatrième vers n'est pas divisible en groupes de trois voyelles tandis que la correspondance des groupes de deux i est très claire ; or le ritme divise précisément ses sillabes en 4, 2-2, 4, c'est-à-dire en groupes de deux ou en multiples de deux. Le cinquième vers n'est divisible ni en groupes de trois voyelles ni en groupes de deux ; mais comment est-il ritmé ? en 2, 4-3, 3 ;
Voici la verte Ecosse et la brune Italie ; aiaèéoéaû i a i
or les trois premiers groupes de deux sillabes se correspondent parfaitement et il en est de même des deux groupes de trois voyelles du second émistiche. Le même sistème très clair convient aussi très bien au sixième et au septième vers qui sont ritmés de la même manière.
Voilà le secret de l'armonie du vers français : elle résulte^ de la correspondance des voyelles groupées par deux ou par trois, les deux sistèmes pouvant se rencontrer dans le même vers. L'armonie étant l'effet produit sur l'oreille par certaines correspondances de sons groupés d'une certaine manière, n'existe pas en deors de l'oreille qui la perçoit. S'il n'i a pas d'oreille pour entendre ces sons, les grouper et les comparer, Tarmonie n'existe pas. Sans doute il en reste le substratum, elle subsiste en puissance, mais elle n'a de réalité qu'à condition d'avoir une réalisation. Les deux principales opérations qu'exécutent l'oreille et l'esprit pour arrivera percevoir l'ar-
monie sont le groupement des voyelles et la comparaison des groupes. Si les groupes qui se correspondent se suivent immédiatement ou sont disposés d'une façon simétrique, une oreille délicate et un peu exercée perçoit instantanément leur correspondance et par conséquent est satisfaite : c'est dire que le vers est armonieux. Si la correspondance n'existe pas, le vers n'a pas d'armonie ; si les groupes qui se correspondent ne sont pas disposés d'une façon simétrique, l'oreille aura grand peine à en percevoir les rapports et le vers sera peu armonieux. Il résulte évidemment de là que moins il i aura de groupes dans un vers plus il sera facile à l'oreille de saisir leurs rapports et leurs correspondances, et d'autre part que plus il i aura de groupements possibles, plus il i aura de chances pour que l'oreille saisisse au moins l'un d'entre eux. Mais qu'est-ce qui détermine les groupes ? l'oreille ; et qu'e?tce qui la guide dans ce travail ? les divisions les plus marquées du vers, celles qui sont dues aux césures ou coupes, aux accents ritmiques ou toniques. Donc, puisque l'armonie est d'autant plus grande qu'elle est plus facile à saisir, les vers les plus armonieux sont ceux dans lesquels les groupements de voyelles coïncident avec les groupements de sillabes déterminés par le ritme ; ce ne sont que des oreilles très fines et très perfectionnées qui peuvent arriver à saisir les rapports de groupements différents.
La nature des voyelles nous est connue depuis la deuxième partie, et nous savons exactement quelles sont celles qui se correspondent et celles qui s'opposent. Mais, avant d'aborder l'étude des exemples, il est bon d'insister un peu sur la façon dont les voyelles se groupent au point de vue de l'armonie et sur la structure des divers groupements.
Nous venons de voir qu'elles vont par trois, par deux, par quatre multiple de deux, ou par six multiple de deux et de trois. Nous appellerons les groupes de trois des triades^ les groupes de deux des di'ades, les groupes de quatre des tétrades et les groupes de six des exades.
La triade a un sens, une direction dont le point de départ est marqué par la place du son qui est seul de son espèce.