‹ Le vertige: comédie en un acte en versChapitre 13 sur 24 · SCÈNE SIXIÈME li · texte numérisé non relu

SCÈNE SIXIÈME li

Et qu'au besoin, Madame, en étant près de vous, Je peux prendre aisément d*un sentiment plus doux.

MARIE, deboat, d'une yoix saccadée, contenant sa frayenr.

Je ne m'arrête pas à l'affront qui me blesse.

Et je vais droit au but. Soit penchant, soit faiblesse,

Un jour en vous voyant malheureux, j*ai pensé

Que vous étiez sincère, et n*ai pas repoussé

Vos assiduités, Monsieur, je le regrette !

Il faut tout oublier, les rêveurs tête-à-tête

Dans Tangle des salons, les regards, les moments

De crédule abandon, les aveux, les serments,

Le fol espoir qu'en vous j*ai peut-être fait naître,

J'étais coupable alors et je ne veux plus l'être! —

Ainsi n'attendez rien. — Il m'a suffi de fuir

Paris et ses dangers pour voir s'évanouir

De mon esprit l'attrait d'une triste aventure,

Pour rentrer en moi-même, et sentir la souillure

De ces rêves malsains, pleins de duplicité,

Dont je berçais mon cœur, moins que ma vanité !

Si je me suis penchée un instant sur l'abîme,

J'ai du moins mesuré la profondeur du crime —

Je ne veux pas tomber ! — C'est pourquoi désormais

Laissez-moi le front haut suivre ma route en paix.

En mon destin d'épouse humblement retirée.

Digne de moi, des miens, et de tous honorée !

Âbel, je vous fais mal, je vois, mais en tenant

Ce langage, je suis sincère... et maintenant

Parlez ! . .

ABEL, avec amertume.

En vérité, ce que je viens d'entendre, Tombant de votre bouche aurait lieu de surprendre Un cœur à vos pensers moins familier que moi, Et je perdrais courage à vous voir sans émoi Traiter un sentiment comme chose frivole, Briser une espérance avec une parole

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£t marquer quant à moi votre peu de souci Si je ne devinais, quand vous parlez ainsi, Quel trouble, quelle peur, quelle secrète Ivresse En me voyant ici vous brise et vous oppresse 4 Si je ne comprenais que Taustère détour Que vous prenez vous pèse, et qu'enfin votre amour Que vous vous efforcez de combattre, Madame , Vaincu sur votre lèvre est vainqueur en votre âme !

MARIE

Vous vous trompez.

ABEL

Non pas ! Tout vous dénonce, tout.

La pâleur de vos traits, votre esprit qui résout Le présent, votre air froid, votre hauteur eirtrême, Et le^feu qui se glisse en vos paroles même!

Car lorsque pour chasser mon espoir vous usez De grands mots, vos regards semblent me dire : « Osez ! »

MARIE, passaot à droite.

Brisons ; c'est m'offenser. Monsieur, que de poursuivre.

ABEL

D'où vous vient ce dédain ?

MARIE

De mes devoirs à suivre.

ABEL

Plus d'une fois pourtant vous m'avez écouté.

MARIE

Ma faiblesse en ce cas fut une lâcheté.

ABEL, tristement.

Mais je souffre...

MARIE

Oubliez.

ABEL, à voix basse.

Je ne puis.

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