SCÈNE SIXIÈME li
Et qu'au besoin, Madame, en étant près de vous, Je peux prendre aisément d*un sentiment plus doux.
MARIE, deboat, d'une yoix saccadée, contenant sa frayenr.
Je ne m'arrête pas à l'affront qui me blesse.
Et je vais droit au but. Soit penchant, soit faiblesse,
Un jour en vous voyant malheureux, j*ai pensé
Que vous étiez sincère, et n*ai pas repoussé
Vos assiduités, Monsieur, je le regrette !
Il faut tout oublier, les rêveurs tête-à-tête
Dans Tangle des salons, les regards, les moments
De crédule abandon, les aveux, les serments,
Le fol espoir qu'en vous j*ai peut-être fait naître,
J'étais coupable alors et je ne veux plus l'être! —
Ainsi n'attendez rien. — Il m'a suffi de fuir
Paris et ses dangers pour voir s'évanouir
De mon esprit l'attrait d'une triste aventure,
Pour rentrer en moi-même, et sentir la souillure
De ces rêves malsains, pleins de duplicité,
Dont je berçais mon cœur, moins que ma vanité !
Si je me suis penchée un instant sur l'abîme,
J'ai du moins mesuré la profondeur du crime —
Je ne veux pas tomber ! — C'est pourquoi désormais
Laissez-moi le front haut suivre ma route en paix.
En mon destin d'épouse humblement retirée.
Digne de moi, des miens, et de tous honorée !
Âbel, je vous fais mal, je vois, mais en tenant
Ce langage, je suis sincère... et maintenant
Parlez ! . .
ABEL, avec amertume.
En vérité, ce que je viens d'entendre, Tombant de votre bouche aurait lieu de surprendre Un cœur à vos pensers moins familier que moi, Et je perdrais courage à vous voir sans émoi Traiter un sentiment comme chose frivole, Briser une espérance avec une parole
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£t marquer quant à moi votre peu de souci Si je ne devinais, quand vous parlez ainsi, Quel trouble, quelle peur, quelle secrète Ivresse En me voyant ici vous brise et vous oppresse 4 Si je ne comprenais que Taustère détour Que vous prenez vous pèse, et qu'enfin votre amour Que vous vous efforcez de combattre, Madame , Vaincu sur votre lèvre est vainqueur en votre âme !
MARIE
Vous vous trompez.
ABEL
Non pas ! Tout vous dénonce, tout.
La pâleur de vos traits, votre esprit qui résout Le présent, votre air froid, votre hauteur eirtrême, Et le^feu qui se glisse en vos paroles même!
Car lorsque pour chasser mon espoir vous usez De grands mots, vos regards semblent me dire : « Osez ! »
MARIE, passaot à droite.
Brisons ; c'est m'offenser. Monsieur, que de poursuivre.
ABEL
D'où vous vient ce dédain ?
MARIE
De mes devoirs à suivre.
ABEL
Plus d'une fois pourtant vous m'avez écouté.
MARIE
Ma faiblesse en ce cas fut une lâcheté.
ABEL, tristement.
Mais je souffre...
MARIE
Oubliez.
ABEL, à voix basse.
Je ne puis.