SCÈNE SIXIÈME
Et n'ai pas, comme vous, assez d'amour au cœur Pour marcher dans la boue avec un ris moqueur !
Elle s'assied.
ABEL| avec tristessa près d'elle, derrière.
Qu'à plaisir vous rendez votre hauteur pesante I Marie, est-ce bien vous que je vois méprisante? Est-ce vous, dites-moi, qui me faites souffrir, Vous, dont j'ai pris les mains, dont j'ai vu s'attendrir Le cœur, dont si souvent je fis d'une parole Rougir le pâle front sous sa blonde auréole?
M \ R I Ey avec [.rière.
Taisez- VOUS ! . .
ÂBEL.
Tout cela s'est-il évanoui De votre mémoire ou flétri dans votre âme ?
MARIE, avec effort.
Oui.
£t de mon cœur en paix je suis seule maîtresse.
ABEL
Vous n'avez donc pour moi plus aucune tendresse?
MARIE
Non!
ABEL
Vous mentez !
MARIE, à part.
Ciell
ABEL, avec joie.
Vous m'aimez!..
MARIE, se levant pour échapper à Abel.
Je ne sais pas !
ABEL) rétrelgnant avec amour.
Oh ! laisse-moi t'aimer, t*entourer ici-bas
Marie, Abel.
-m LE VERTIGE
De tout ce que Tamour a d'ineffable joie!
Oh ! laisse-moi saisir Pavenir qui flamboie Sous mes yeux, et surprendre avec un soin jaloux Tes désirs sur ton front mélancolique et doux I Regarde cette mer, cette lune inondante De clarté, vois ce ciel, cette nature ardente ! Dis-moi, n'entends-tu pas de cette immensité Tomber un cri d'amour sur ton cœur enchanté?
Oh 1 laisse-toi chérir !
MARIE, avec égarement.
Non!
ÂBEL.
Puisque enfin tu m'aimes.
Consacre d*un seul mot nos visions suprêmes, Permets que je me lie à ton destin, permets Que je mêle ma vie à la tienne!..
MARIE, le repoussant.
Jamais 1
Elle fait quelques pas en avant de la scène comme affolée. — ~ Abel tombe à gauche sur nu siège avec abattement.
A part, sur la droite.
— Ah ! j'étouffe à la fin dans mon devoir austère Et sens que je n'ai plus la force de me taire! Je l'aime ! je faiblis, j*ai trop longtemps lutté Et, pour un vain honneur, souflfert et végété.... Je veux vivre, je veux de Tair, je veux l'espace! Laisser s'évanouir le passé qui s'efface.
J'ai bien le droit d'aimer 1... oui! mais la honte, mais Le mari, les parents, l'opprobre!... Eh bien ! après? Si quelqu'un m'a ravi la moitié de moi-même.
Est-ce ma faute à moi? Pourquoi rougir si j'aime!...
Elle se retourne et va vers Abel.
Ne pleurez plus !
▲BEL, ivre de joie, toujours assis*
Comment!...