XXVI PRÉFACE
Premièrement, ce jeune homme m'a nommé son ami ;
Secondement , cette bienveillance annonçait l'intention de me léguer le manuscrit, car ces sortes de papiers ne se confient qu'à des amis.
Troisièmement, l'intention est réputée pour le fait. Et enfin, comment la mère aurait-elle agi?
Elle eut détruit le portrait , elle eut déchiré le manuscrit, car elle n'aurait rien épargné dans sa douleur, et toute la France serait privée de cette production.
J'ai lu le manuscrit, j'ai reconnu que jamais histoire plus
PRÉFACE- XXVÏt
intéressante n'avait été' publiée.
Alors, je Pai montrée k un trèshonnête libraire de mon quartier, Le prix qu'il m'en offrit me séduisit, mais il m'avertit qu'il ne pouvait pas imprimer le manuscrit si- un homme de lettres n'v
mettait la main : Le regardant alors avec cette noble fierté qui sied au talent modeste, je lui dis :
Je suis bachelier ès-lettres.
Or, vous sentez combien cette explication était indispensable.
Il en résulte que ce qu'on va lire n'est malheureusement que trop vrai et que c'est un diamant brut que j'ai poli, monté et fait briller. Ce que vous y trouverez
XIVIII FRÉPACI.
de mal doit être mis sur le compte du mort, et s'il y a quelque chose de bon, attribuez-le, je vous prie, au jeune bachelier.
Vous remarquerez combien il a fallu de travaux pour pouvoir deviner, par la seule force de l'imagination , tout ce que le manuscrit du jeune homme ne disait pas, et pour disposer son histoire de manière à former un ouvrage dramatique dans le plan, les caractères, etc.
Il est vrai que le hasard voulut que j'eus encore, à cette époque, quelqu'argent, car les poches des bacheliers ès-lettres sont souvent vides, et j'employai mon