TORTS DU GOUVERNEMENT FRANÇAIS
Quelques dispositions que nous ayons à défendre et à excuser le gouvernement de l’ancienne mère-patrie, il est des fautes qu'il nous est impossible de pallier, parcequ'elles pouvaient avoir, et qu’elles ont eu, en ellet, des résultats désastreux. De ce nombre, sont celles qui regardent les salaires, le commerce et les fortilications.
LES SaLaIRES.—Un des premiers torts de l'administration francaise fut, nul ne peut en disconvenir, de n'allouer que des traitements insuflisants à ses ofliciers, tant civils que militaires. Sur les derniers temps, Montcalm, tout modéré qu'il fût, ne put s'empècher de faire à ce sujet de vives remontrances au Cabinet de Versailles. Ne pouvant, avec leurs faibles appointements, soutenir leur rang, ni même subvenir quelquefois aux besoins de leurs familles, ces officiers cherchaient dans un trafic légitime d’abord, puis bientôt illicite, les ressources qui
leur faisaient défaut. Ce seul fait suffit pour montrer combien pernicieux était ce système. Sans doute, il convient à un gouvernement sage de ne pas multiplier les charges et de ne point prodiguer le prix des sueurs du peuple ; mais, autre chose est d'économiser les deniers publics, autre chose est d’user de lésinerie envers d’utiles serviteurs. Ces remarques peuvent également s'appliquer au temps où nous vivons. Il serait injuste, toutefois, de blâmer une administration parcequ’elle supprime les sinécures et retranche les incapacités.
Le commErcE.—Après l'agriculture, une des sources les plus assurées de richesse et de bien-être pour un pays, est le commerce. La France ne l’ignora jamais; mais, comme le fait remarquer avec vérité M: Garneau dans son histoire, arrêtée par des motifs d'intérêt, elle n’eût garde de le permettre complètement à ses Colonies. Ne voyant dans le Canada en particulier qu’une sorte de marché pour ses produits, elle encouragea son trafic de fourrures, où elle trouvait son profit ; mais elle apporta toutes sortes de restrictions et mit toutes sortes d’entraves lorsqu'il fut question de l’étendre à d'autres branches. A la vérité, Talon et Hocquart, mieux inspirés, firent des efforts pour encourager le pays à exploiter ses ressources et à développer son commerce ; mais, cette action étant passagère, ses résultats furent peu sensibles. Delà ces épreuves terribles par lesquelles passa maintes fois la Nouvelle-France ; delà en particulier ce malaise, ce dénuement complet, dans lesquels se trouva le peuple canadien au moment des dernières luttes. C'est aussi, en grande partie, à ce système, renouvelé de nos jours, qu'est due l’émigration qu'on n’a cessé de déplorer, sans vouloir y apporter les seuls remèdes eflicaces.
LES FORTIFICATIONS.—On ne peut blâmer la France d’avoir voulu étendre et garder ses frontières dans un but de civilisation ; mais ce qu’on peut lui reprocher avec quelque fondement, c'est d'avoir compté outre mesure sur l’appui de nations mobiles et d'avoir inutilement dépensé ses trésors pour les retenir dans son alliance; c’est, dans ses traités avec la Grande-Bretagne, de n’avoir pas précisé les choses et d’avoir laissé une porte toujours ouverte aux équivoques et aux conflits au sujet des limites, c'est surtout d’avoir reculé jusqu'à la dernière heure devant la dépense de fortifier le pays et d’avoir ensuite abandonné le peuple à lui-même, tout en laissant les finances entre les mains de Bigot, bien connu par ses prévarications. Ayant pour lui la longueur et la sévérité des hivers, le Canada, s’il eût été bien fortifié, eût pu tenir devant n'importe quelle agression. Montréal, obligé de se rendre, sans avoir pu tirer l'épée, est là pour montrer la faute du gouvernement français. Espérons que cette leçon profitera à la puissance qui lui a succédé sur ce continent,
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