AFFERMISSEMENT DE LA COLONIE
Fidèles au rendez-vous que leur avait fixé M. de Callières, les Députés iroquois, ainsi que ceux des autres nations que Courtemanche avait visitées sur une étendue de plus de quatre cents lieues de pays, arrivent à Montréal le 21 et le 22 Juillet, au nombre de 1300, ayant à leur tête le célèbre Kondiaronk qui ne devait pas voir la fin des pourparlers. Après plusieurs Conseils, les Chefs des différentes tribus étant parvenus à s'entendre, le traité de paix est solennellement ratifié le 4 Août: Iroquois, Hurons, Algonquins, Miâmis, Illinois, Abénaquis, Outaouais, Sakis, etc., y apposent leur signature à leur manière. Après avoir rendu leurs prisonniers, ils s’engagent à ne plus s'attaquer et à vivre en paix avec les Français. Un grand festin achève de les confirmer dans ces bonnes dispositions. Après leur départ, et malgré la disette qui avait sévi l’année précédente, M. de Callières, en vue d’éloigner les trafiquants anglais, poursuit au Détroit l'établissement qu'il avait feit commencer par LaMothe-Cadillac. Tandis que ces heureux événements marquent l’année 1701, les bords du Mississipi (la Louisiane) sont témoins des nouveaux exploits d’'Iberville. Après avoir atteint la Floride en 1699, de concert avec Châteaumorand, avoir reconnu l'embouchûre du Mississipi l’année suivante, et avoir élevé un fort en 1701 sur la rivière Mobile, comme il l'avait fait à la Baie de Biloxi, l’intrépide guerrier, aidé de Bienville, son frère, et des Canadiens qui, plutôt
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que de retourner dans leur pays, à la faveur de la paix, avaient préféré passer de Michilimakinac au Mississipi, se fortifie dans ces contrées et empêche les Anglais d'en prendre possession. Des Missionnaires y sont envoyés pendant que les Pères Jésuites continuent à évangéliser les tribus voisines—L'année suivante, comme s’il eût été de la destinée de la Colonie d’être toujours sousles arines et d’avoir toujours quelqu’ennemi à combattre, la Nouvelle-France a à se prémunir contre les attaques des Anglais. Après avoir essayé inutilement de s'emparer de Plaisance, ces éternels ennemis se jettent sur l’Acadie qu'ils couvrent de ruines, et menacent encore d’envahir le Canada. Pour faire façe au danger, M. de Callières se fortifie et demande du renfort à la Cour de France.—Ce Gouverneur étant mort sur ces entrefaites, M. de Vaudreuil, appelé à lui succéder, s'applique à maintenir les Iroquois dans l'alliance des Français. En même temps, pour empêcher les Anglais de se rendre maîtres Ges Abénaquis, il permet à ces derniers de ravager, sous les ordres.de Beaubassin,.les côtes de la Nouvelle-Angleterre ; et, peu après, pour les aider à venger les meurtres qui avaient été commis, il leur envoie Hertel de Rouville avec quaire de ses frères et 200 Canadiens. Deerfield est pris et sa destruction calme l’irritation dessprits. —Pour réparer cet échec, les Anglais, au printemps de l’année 1704, vont attaquer Port-Royal, mais ils sont contraints de se retirer. Leurs efforts pour indisposer les Iroquois contre les Français ne sont pas plus heureux : en obligeant les Outaouais et les Miâmis à réparer leurs torts envers les Iroquois, M. de Vaudreuil parvient à les apaiser. En même temps, pour soustraire les Abénaquis des environs de Boston aux coups de leur ennemis, il leur offre un asile à Bécancour.—L'année suivante, de Subercase, successeur de Brouillan en Acadie, jugeant qu'il ne devait pas laisser impunis les dégâts qu'y avaient commis les Anglais deux ans auparavant, se porte à son tour sur Rebou, le Petit- Hâvre et Forillon dont il s'empare. Chargé de continuer l'expédition, de Montigny ravage toute la côte et fait nombre de prisonniers. La joie de ces succès est troublée par la prise du vaisseau /a Seine qui portait Mgr. de St. Valier, et, peu après, par la destruction du Séminaire de Québec qui devient la proie des flammes. Pour remplacer les marchandises perdues, plusieurs personnes se livrent à la confection des toiles.—Par la faute du Commandant et celle de l’un de ses officiers, des troubles assez sérieux éclatent au Détroit entre les Iroquois, les Outaouais et les Miâmis ; mais, par sa fermeté et sa sagesse, le Gouverneur parvient à concilier les parties. Cette même année, la Nouvelle- France perd le plus grand homme de guerre qu’elle ait produit. Après avoir porté des coups mortels aux Colonies anglaises dans l'Amérique du Sud, d'Iberville expire à la Havane le 9 Juillet. Alors aussi est dissoute la Compagnie du Canada, formée dans un but commercial. — Conjuré en 1706, le péril renait l’année suivante, et il ne faut rien moins que l’habileté de Mr de Vaudreuil pour empêcher la guerre de recommencer. Pendant que ces luttes intestines fatiguent l'administration, des événements autrement graves se passent en Acadie. Dans le but d'en expulser les Français, 25 bâtiments anglais, portant plus de 2,000 hommes, viennent mouiller devant Port-Royal. Aidé de St Castin, de Subercase les repousse et les force à se retirer avec perte. L'ennemi revient une seconde fois avec des forces plus considérables, mais ses efforts n’ont pas plus de succès. Après plusieurs attaques infructueuses, il reprend la route de Boston.—Comprenant alors plus que jamais que le plus sûr moyen de venir à bout de leurs desseins, est de
détacher les Iroquois de l'alliance des Français, les Colonies anglaises mettent tout en jeu pour y parvenir. Après avoir essayé inutilement d'ébranler la fidélité des Cantons par l’appât du gain, elles tâchent de gagner au moins les Sauvages chrétiens de la Colonie. Une conduite si perfide devait avoir son châtiment. D’Eschaillons, de Rouville et de la Perrière sont chargés de le leur infliger. Malgré la défection des Iroquois et des Hurons qui les abandonnent en chemin, ils tombent sur Haverhill, et, après s’en être emparé de vive force et avoir livré ses maisons aux flammes, ils reviennent en passant sur le corps d’un détachement envoyé à leur pcursuite. Pendant que ce coup de main s'exécute avec autant de rapidité que de bonheur, de St Ovide, secondé par de Subercase, fond à l’improviste sur StJean, prend ses trois forts et retourne à Plaisance, chargé d’un immense butin. Peu de mois auparavant avait eu lieu la mort de Mgr de Laval, le vénéré Fondateur de l'Eglise canadienne.—Des revers si multipliés devaient engager les Colonies anglaises à cesser la guerre ; ils. ne font que les y exciter davantage. Au printemps de l’année 1709, avant rassemblé un grand nombre d'hommes, les Anglais de Boston et de New-York se portent sur Montréal par le lac Champlain. Heur-usement pour la Colonie, la maladie se met dans le camp ennemi et la délivre de puissants adversaires, sans que M' de Ramezay, envoyé pour les combattre, ait besoin de tirer l’épée.—Convaincu que le danger n'était qu’ajourné, M: de Vaudreuil, après avoir mis Montréal et Chambly en état de défense, fait construire à Québec un nouveau mur d'enceinte. Ces précautions étaient sages. Au mois d'Octobre 1710, Nicholson, à la tête de 3,500 hommes vient mettre le siége devant Port-Royal. N'ayant que 300 combattants à lui opposer, de Subercase est contraint de livrer la place i prend le nom d’Annapolis.—L'année suivante, au lendemain de l'échange des prisonniers pour lequel de Rouville et Dupuis étaient allés à Boston, et, pendant que le Gouverneur s'efforce de rattacher les Sauvages de l'Acadie et des pays d’en haut à la cause des Français, une flotte nombreuse, sous la conduite de Walker, fait voile pour Québec. Elle est suivie de 4000 combattants, commandés par Nicholson. Mais que peuvent les armées et les flottes les plus nombreuses contre un peuple que Dieu protége et dont il tient en main les destinées ? Soudain une eflroyable tempête éclate, et, comme les preux de Sennachérib, tous ces vaillants soldats jonchent la côte de leurs cadavres, tant à Nicholson toute envie de passer outre. Des actions de grâce à Montréal annoncent que la Nouvelle-France est sauvée.— En vue d'étendre leur commerce äu côté des grands lacs et de réparer ainsi le désastre qu'elles venaient d’éprouver, les Colonies anglaises oussent les Outagamis (Renards du Michigan) à attaquer le Détroit et faire main basse sur les Français. Prévenu à.temps, du Buisson qui a remplacé LaMothe-Cadillac, nommé Gouverneur de la Lousiane, marche contre eux, les atteint et les oblige à demander quartier. Pendant ce temps, M' de Vaudreuil, aidé des citoyens de Québec, travaille à augmenter les fortifications de cette ville. Sur ces entrefaites, arrive Mr Bégon, nommé Intendant à la place de Mr Raudot qui avait succédé, en 1705, à Mr de Beauharnois.—L'année 1713 s’ouvre ar un vaste incendie qui dévore le palais de l’Intendant à Québec. eu après, revient Mgr de St Valier auquel le Roi avait donné pour Coadjuteur Mgr de Mornay, de ‘l'Ordre des Capucins. La Louisiane ayant pris beaucoup d’accroissement, ce Prélat y cavoie plusieurs prêtres de sa Communauté. De son côté, Juchereau de St Denis, dans
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le but d'établir des relations commerciales, se rend au Mexique. Pendant que ces riches contrées s'organisent ainsi sous l'action des Français, arrive à Québec la nouvelle du traité conclu à Utrecht entre les puissances. Pour s'assurer la possession du Cap Breton (Ile Royale), le seul pays que ce traité laisse à la France, et fermer en même temps aux Anglais la route du Canada, de St Ovide, successeur de Costebelle, jette les fondements de Louisbourg et s'efforce d’y attirer des habitants. De son côté, M" de Vaudreuil, au moyen d’une chaine de forts qui relient le Canada à la Louisiane, s'applique à se maintenir dans les fertiles vallées que lui disputent les trafiquants anglais—Le traité d'Utrecht est suivi d’une longue période de paix, sans exemple dans la Colonie. La Nouvelle-France et la Louisiane en profitent pour s'affermir et se développer. De 1714 à 1722 plusieurs vaisseaux sortent des chantiers de Québec ; le commerce et l’agriculture reçoivent une nouvelle impulsion ; des Cours d’Amirauté sont établies ; le papier-monnaie est retiré peu à peu de la circulation ; le gingseng est découvert ; en l'absence de Mr de Vaudreuil, passé en France, de Louvigny, par ordre de M: de Ramezay, repousse les Outagamis. En Louisiane, de l’Epinay remplace LaMothe-Cadillac ; Dugué de Boisbriand est nommé Commissaire-Ordonnateur aux Illinois. Après avoir été cédées successivement à Crozat et à Law, dont le seul but était d'amasser des capitaux, ces immenses contrées retombent au pouvoir de la Compagnie d'Occident qui prend le nom de Compagnie des Indes. ‘ De Bienville, après avoir soumis les Natchez et leur avoir fait bâtir le fort Rosalie, abandonne l'Ile Dauphine, à la suite d’une inondation, et va jeter en 1717 les fondements de la Nouvelle-Orléans ; Natchitoches prend aussi naissance. En Acadie, l'Ile St Jean est concédée en 1719 au Ct* de St Pierre qui s'applique à y faire des établissements ; obsédés par ies Anglais, les Abénaquis consentent à un accommodement, mais ne tardent pas à s'en repentir. Pour rétablir la paix, M: de Vaudreuil est obligé d’intervenir. Les années précédentes avaient vu l'établissement de postes et de messageries ; en 1722, quatre-vingt-deux villages sont érigés en Paroisses le long des rives du St Laurent ; plusieurs écoles sont en mème temps fondées ; Chaussegros de Lery est chargé des fortifications du pays. L'agriculture attirant une foule de bras en Louisiane, de nouveaux Capucins y sont envoyés. En Acadie, la paix n’est troublée que par les Anglais. Après s'être emparés de St Castin, Chef des Abénaquis, ils essaient de s'emparer également du Père Rasle, leur Missionnaire, Poussés à bout par ces véxations, les Abénaquis attaquent quelques bourgades anglaises et y font sentir le poids de leur bras.—Deux ans après, en 1724, pour se venger des maux qu'ils s'étaient attirés, les Anglais se jettent sur le village des Abénaquis, tuent leur Missionnaire et incendient les habitations, sans épargner l'Eglise qui est indignement profanée. Après avoir ainsi tout saccagé, ils présentent l'olivier de paix à leurs victimes.—Pendant que des pourparlers ont lieu à cette
* occasion et au sujet de l'élargissement des prisonniers, arrive la nou-
velle du naufrage du vaisseau le Chameau qui portait plusieurs officiers et une riche cargaison de marchandises. La douleur causée par ce triste évènement est encore aggravée par la mort de M: de Vaudreuil, qui arrive quelques semaines après. Les Anglais ayant alors élevé le fort Chouegen, le Baron de Longueuil, pour en paralyser les effets, fait reconstruire celui de Niagara et encourage les Onnontagués à éloigner l'ennemi du pays.—Au mois d'Avril de l’année suivante, 1726, pendant que les Anglais font signer à Boston un traité de paix aux Abénaquis,
arrive Mr de Beauharnois, nommé Gouverneur. Il est accompagné de Mr Dupuy qui vient relever M" Bégon dans la charge d’Intendant. En Louisiane, Perrier avait remplacé de Bienville.—Alors s’établissent des relations plus fréquentes entre le Canada et la Louisiane. Les Sauvages de ces contrées se montrant bien disposés, une Compagnie de commerce est organisée dans le but de trafiquer avec eux. Sur ces entrefaites, arrive la mort de Mgr de St Valier, qui donne lieu à des conflits regrettables—Avyant outre-passé ses pouvoirs, M" Dupuy est rappelé. Sa place est remplie par M: d’Aigremont, et, après la mort de celui-ci, par M° Rs ae 1729 voit arriver Mgr Dosquet, nommé Coadjuteur de Mgr de Mornay. N'approuvant pas la création do Cures inamovibles, ce Prélat remet les choses dans l’état où elles étaient auparavant. Pendant que ces changements s’opèrent poussés par les Chicachas, les Natchez font un horrible massacre des Français. Après avoir envoyé un de ses Lieutenants à leur poursuite, Perrier va lui même les attaquer et les met en fuite.—Les Outagamis ayant à leur tour repris la hache de guerre, de St Ange, Commandant du fort de Chartres, marche contre eux avec des forces considérables, et, de concert avec de Villiers et de Noyelle, leur inflige une sanglante défaite. Les Illinois et les Hurons du Détroit qui avaient aussi à s’en plaindre, continuent, les années suivantes, à leur faire une guerre à outrance.— Après avoir réduit ces barbares, la Colonie a à se prémunir de nouveau contre lesempiètements des Anglais. Dans ce dessein, de la Corne et de la Frenière, par ordrs du Gouverneur, vont élever un fort à la Pointe à la Chevelure. En mème temps, pour se mettre à couvert contre les Jroquois, les habitants entourent leurs demeures d'une palissade.—A l’aide de ces moyens, la sécurité se rétablit, et en 1732 Québec peut mettre à flot dix vaisseaux et en commencer dix autres.—L’année 1733 est une année de calamiié. Apportée de la Nouvelle-Angleterre par un Sauvage du Lac des-Deux-Montagnes, la petite vérole fait d’innombrables victimes, tant dans le gouvernement de Québec que dans celui de Montréal. Pour comble de malheur, la récolte manque complètement. Pendant que la Colonie est ainsi éprouvée, les Sakis, à l’instigation des Outagamis, font irruption sur les Français. S'étant imprudemment avancés contre eux, de Villiers, Commandant à la Baie des Puants etde Repentigny, Commandant du fort Michilimakinac, trouvent la mort dans le combat. Cette perte est à peine compensée par le succès que remporte le jeune de Villjers sur ces tribus remuantes.—Pendant que de Noyelles continue à les harceler et que de Bienville, nommé Gouverneur de la Louisiane, en remplacement de Perrier, se prépare à tomber sur les Chicachas, Mr Hocquart, pour tirer la population de l’état de gène, où elle se trouvait, donne une nouvelle impulsion aux travaux de fortification. Cette même année 1734, Québec, déjà en communication par eau avec Montréal, est encore relié à cette dernière ville par un chemin tracé par Mr de la Nouillière de Boisclerc. Mgr. Dosquet, de retour d’un voyage en France, y repasse et y demeure. Vers le même temps, meurt le célèbre D' Sarrasin.—L’aisance étant revenue avec le travail, le Gouverneur et l’Intendant s'appliquent à faire progresser la Colonie. Pendant que le premier s'efforce de répandre l'instruction, le second fait rechercher les mines du pays. En même temps, pour faire connaitre ses productions, il expédie à Rochefort un large envoi de bois, de térebenthine et de goudron.—L’année suivante, 1736, de Bienville, conjointement avec d’Artaquette, entreprend sa funeste expédition contre les Chicachas, que le retard des Illinois et le défaut
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d'artillerie font manquer. Vingt Français, parmi lesquels d’Esglis, de Tonty, de Coulonges, sont faits ;risonniers et livrés aux flammes. Cette même année, la concession, primitivement faite à Mr de Francheville pour l'exploitation des mines de fer, ayant été accordée à MM. Cugnet, Taschereau etc, une première forge est établie à St Maurice. Sur les réprésentations de l'Ingénieur de Lery, une deuxième y est commencée trois ans après, l'année même où sont découvertes les mines de cuivre du lac Supérieur et celles de plomb de la Baie St Paul.—Pendant que l'attention est tournée vers ces travaux utiles, de Bienville, à la tête de 1,200 Européens et de plus de 2,000 Sauvages, reprend en 1739 son expédition contre les Chicachas ; mais, la maladie s'étant mise dans son armée, il est forcé d’entrer en accomodemant avec l'ennemi. Après lui avoir fait subir des pertes sérieuses, Celoron consent à lui accorder la paix.—Cette même année 1740, après plusieurs années de veuvage, l'Eglise canadienne est réjouie par l’arrivée d’un nouvel Evêque; mais bientôt sa joie se change en deuil. Ayant contracté la maladie sur le vaisseau qui le portait, en soignant les cent soixante soldats qui en étaient atteints, Mgr. de l’Aube-Riviêre meurt quelques semaines après son arrivée. Il a pour successeur, l’année suivante, Mgr. de Pontbriand.—Pendant que les Iroquois, en signe de deuil, viennent déposer des colliers sur la ‘rmbe de l’illustre défunt, la paix qui régnait depuis vingt-cinq ans cure la France et l’Angleterre, est à la veille d’être rompue à l’occasion de la succession de l'Empereur d'Autriche. Craignant avec raison, si la guerre venait à recommencer, que la Nouvelle-France ne fût la première à en souffrir, Mr de Beauharnois consacre les trois années suivantes à se mettre en état de défense.—Cette conduite était sage. Au printemps de l’année 1744, Duquesnel, Gouverneur de l'Ile Royale, reçoit ordre de la Cour de reprendre l'Acadie. DuVivier y est envoyé avec des troupes et s'empare de Canceau. A la réception de ces nouvelles, Mr de Beauharnois convoque les Sauvages et renforce les garnisons de St Fréderic et de la Pointe-à-la-Chevelure. Ne trouvant pas les fortifications de Québec suffisantes, après avoir placé partout des batteries, il fait commencer un nouveau mur d'enceinte et ouvrir des fossés. En même temps, il envoie Celoron à Niagara et charge de la Chauvignerie de surveiller Chouegen.—L'attaque avait commencé par l’Acadie ; là aussi sont portés les plus rudes coups. Pendant que Marin, à la tête d'un détachement , va rejoindre de Gannes aux environs de Port-Royal, Pepperell, protitant de la mésintelligence qui règne dans la garnison, vient assiéger Louisbourg, de concert avec Warren. Pendant que l'un serre la place par terre, l’autre la bloque par mer. Après avoir soutenu le siége pendant quarante-neuf jours, voyant la batterie royale emportée et craignant d'être pris d'assaut, le faible DuChambon, successeur de Duquesnel, prend le parti de capituler. La population de l'Ile a le sort de Louisbourg : embarquée sur des vaisseaux anglais,
elle est transportée en France. De peur que la même chose ne leur arrive, grand nombre d’Abénaquis se réfugient en Canada et viennent
se uxer aux environs de Québec.—Bien déterminé à ne pas laisser
‘ouiscourg entre les mains de ses ennemis, le Cabinet de Versailles
-net en mer une flotte nombreuse, Gont il donne le commandement au
Duc d’Anville. Malheureusement, cette flotte est assaillie par une
furieuse tempête à son arrivée à Chihouctou (Halifax), et décimée, peu après, par une cruelle maladie. De la Jonquière qui en avait pris la conduite après la mort du Duc d'Anville et d'Estournelle, est accueilli
à son tour par des vents contraires à l'Ile de Sable, au moment où il se dirigeait sur Port-Royal, et obligé de rentrer en Frarfce. De Ramezay qui avait ordre de seconder l'entreprise, après avoir laissé aux Mines de Villiers, avec trois cents Canadiens, pour protéger les Acadiens, se retire à Beaubassin. Pundant ce temps, Mr de Beauharnois, pour détourner l'attaque dont le Canada était menacé, après avoir placé de Croisilles à St Fredéric, envoie plusieurs partis contre la Nouvelle-Angleterre. A la tête de six cents Caradiens et de trois cents Sauvages, Rigaud de Vaudreuil s'empare du fort Massasuchets et ravage douze lieues de pays; de la Corne prend Clinton, et de Lery Bridgeman.— L'année suivante, 1747, de la Jonquière et de Saint- George sont mis à la tête d'une flotte nouvelle. Ils venaient d'atteindre le Cap Finisterre, lorsqu'ils sont attaqués par d’Auson et Warren. Après avoir lutté pendant cinq heures contre des forces triples, de la Jonquière est obligé d'amener son pavillon. Ces revers sont compensés par quelques succès. Aux Mines, le Chevalier de la Corne remporte une victoire complète sur le Colonel Noble qui était venu attaquer de Villiers. Au Détroit, de Longueuil déjoue les complots des Miâmis. En Canada, de St Pierre fait bonne justice des Agniers qui s'étaient jetés sur Châteauguay, l'Ile Perrot et Ste Anne.—Sur ces entrefaites, est conclu le traité d’Aix-LaChapelle, par lequel le Cap-Breton est rendu à la France. Mr de la Galissonnière, chargé de remplacer Mr de Beauharnois, répassé en France, en profite pour se maintenir dans la vallée de l'Ohio. Le fort de la Baie des Puants est relevé ; ceux de Toronto et de la Présentation (Ogdensburg} sont construits. En même temps, pour ôter aux Anglais tout sujet de contestation, le Gouverneur fait poser des plaques de plomb, marquées aux armes de la France, sur une étendue de plus de douze cents lieues de pays. Pendant ce temps le Père le Loutre s’efforce d’attirer à Beaubassin les Acadiens des Mines et de Port-Royal.—-Ces opérations avaient occupé une partie de l’année
1748 et le commencement de l’année 1749. Vers la fin de cette der-
nière année, les puissances n'ayant pu s'entendre aw sujet des limites des deux pays, M de la Galissonnière, après avoir remis les rênes du gouvernement à Mr de la Jonquière rendu à la liberté, est chargé, conjointement avec Mr de Silhouette, de travailler à applanir les difficultés. Dans le même temps, les Colonies anglaises, en vue de se fortifier en Acadie, envoient six cents familles, sous la conduite de Cornwallis, à Chibouctou qui prend le nom d'Halifax.—Craignant avec raison que les Anglais n'aient le dessein de chasser les Français de leurs établissements, le Cabinet de Versailles donne ordre à Mr de la Jonquière de prendre possession du pays compris entre la Baie-Verte et la Baiefrançaise. En conséquence, le Chevalier de la Corne y est envoyé avec des troupes. Les habitants de Chignectou qui avaient à se plaindre des Anglais, viennent se grouper autour de lui. Chargé par Cornawillis de s'emparer du fort Beauséjour, le Major Lawrence, trouvant le pays bien gardé, se retire à Beaubassin auquel il donne son nom, sans avoir osé attaquer.— L'année suivante, 1751, pour mettre la Colonie en mesure de soutenir ses droits, la Cour fait un nouvel envoi de troupes et de munitions. De son côté, le Gouverneur renforce la garnison du Détroit et envoie de Villiers dans les pays d'en haut.—Mr de la Jonquière étant mort au mois de Mai 1752, Mr Duquesne est nommé pour le remplacer. Après avoir fait une revue des troupes et des milices, trouvant que la discipline laissait beaucoup à désirer, le nouveau Gouverneur s'applique à faire plusieurs réformes. En même temps, pour
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fortifier en ornwallis, à raison que turs établisbnquière de et la Baienvoyé avec se plaindre Cornawilis ant le pays , sans avoir Colonie en de troupes rarnison du de la Jonbmmé pour des milices, veau Gouemps, pour
se conformer aux instructions de la Cour, il interdit la vallée de l'Ohio aux trafiquants anglais. Marin est chargé de veiller à l'exécution de cette mesure.—Au printemps de l'année suivante, les Sonnontouans, excités par les Anglais, ayant attaqué quelques Français, Marin marche contre eux, Après les avoir défaits, il élève le fort de la Presqu'Ile et commence celui de la Rivière-aux-Bœufs. Ne voyant qu'avec peine des établissements qui contrariaient ses desseins, le Gouverneur de la Virginie charge Washington de sommer le Commandant français de se retirer, De St Pierre, successeur de Marin, ayant fait la réponse qu'il devait faire, les Anglais, pour ne pas laisser échapper la proie qu'ils convoitent, se mettent en devoir d'élever eux-mêmes un fort sur le territoire français. Mal leur en prend. De Contrecœur s'avance contre eux, et, après les avoir obligés à abandonner l’entreprise, prend possession du fort.—Etant revenu au mois de Mai 1754 avec de nouvelles forces, Washington. commence le fort Nécessité. De Jumonville “est envoyé pour le prier de discontinuer ; mais, au moment où il lisait sa sommation, il est indignement assassiné. Un pareil outrage, contraire à toutes les lois en usage per les nations civilisées, ne pouvait rester impuni. De Villiers, frère de Jumonville, est chargé de le venger. À la tête de six cents Français et de cents Sauvages, il attaque Washington, et, après un combat de huit heures, le force à capituler, Cest le prélude du grand drame qui va commencer.