LE KHAN
Voyons, mon fils, parle, qu'y a-t-il qui te chagrine? Ou mieux encore, que demandes-tu à ton père? Tu le sais, un Khan paie de sa vie la parole donnée. Or, quand tu es revenu, hier, chargé du butin de ta campagne contre les Russes, j'ai réuni toutes les tribus pour fêter ton retour.
'Ji.
amer.
Xtolaïk,
Des fêtes pour mon retour ! Plût à Allah que^-ees fêtes finissent bieji !
ASVAB
Et pourquoi finiraient-elles mal? Tous les mirzas des alentours reconnaissent ma domination. On rit, on chante, on lance des flèches dans les yeux des prisonniers, on boit à ta gloire, Alhallah, toi, Terreur des ennemis, soutien du Khanat de Tartarie.
[ TOLAÏK J
f Je suis très glorieux,
Mais que m'importe la gloire?
J'ai For ^ les chevaux de Tennemi vaincj^. Mais que m'imjjorte la richesse?
/ A la merci de mon caprice / J'ai cent cap^ijes gémissantes, Mais que m'importent leurs baisers?
Ah î parmi les hasards des sanglantes batailles C'est Toubli dans la mort que souhaitait mon cœur !
ASVAB
La Mort! Toi! mon fils à peine éclos à la vie, Toi si brave, si vaillant dans les combats !
r.E VIEIL AIGLE
TOLAIK
Et ne peux-tu pas adniettre que cette soif de sang, que cette ardeur belliqueuse cache une amertume pro^nde. un désir inassouvi?
ASVAB
Oui, ce sont là tes mots, lorsque devant les mirzas réunis j'ai promis de te donner tout ce que ton cœur désire, et qu'il dépendait de moi d'exaucer. Tu me répondis alors : « Père, allons loin, très loin de ces lieux de fête, et là où les vagues grondent je t'ouvrirai mon cœur. »
Et mon père, le Khan Asvab el Moss4laïm répondit : <c Viens, et par Allah, ton désir sera exaucé. »
ASVAB
Par Allah, je le jure encore!
^0^ TOLAïK, ému.
Par Allah?
ASVAB
Par Allah !
Par Allah qui est grand, ,
Par Allah qui est bon.
yTOLAlpfÇ religieusement.
Par Allah !
ASVAB
Par Allah qui permet que ma rude jeunesse Revive et bouillonne au sang de mon fils.
Par Allah î
ASVAB
Par Allah, qui voulut pour mon orgueil de père
Pour le bien de la Horde,
Que ton bras eût la force,
Ton esprit la clarté,
Ton âme r«rt*éace, ' ^ /^
P-acjUIah, je le jure encore. \] 0^
TOLAÏK
Par Allah le vengeur, qui punit le parjure...
ASVAB
Par Allah!
^ TOUS LES DEUX, 'religieusement.
Par Allah! Pm-iMiah! ^
ASVAB
Dis-moi ton vœu, il sera exaucé.
^ TOLAÏK, hésitant.
Eh bien, Père, Seigneur Père...
ASVAB
Parle!...
lOLAïK^! fixant son père et martelant chaque mot. Donne-moi ton esclave russe. Seigneur Père!...
[Un grand silence. — Asvab réprime un frisson de son cœur^ puis il dit d'une voix haute et claire :)
LE VIEIL au; LE 11
ASVAB
Je te la donne.
î TOLAïK^, voulant exprime)' sa joie.
Mon Père !
ASVAB, r arrêtant net^ puis criant dans la coulisse. Hé, là! Toi, esclave!