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visites longues cl fréquentes qu'il faisait au major Rcllenden , elie/ ieciuel il avait oreasion de reneonfrer des personnes sa.^cs dont la conversation raffermissait dans la conviction que le mérite et la bonté ne se rencontraient pas dans une seule forme de religion.
• La vile parcimonie de son oncle avait oj)posé bien des obstacles à son éducation ; mais il avait si bien profité des occasions qui s'étaient offertes , que ses instituteurs ainsi que ses amis étaient surpris de ses progrès, qui sansr cesse triompbaient d'obstacles toujours renaissants. Néanmoins , son cœur était toujours glacé par un sentiment de dépendance et de pauvreté , et gémissait surtout de l'instruction bornée et imparfaite qu'il avait reçue. Ces sentiments lui imprimaient une méfiance et une réserve qui dérobaient effectivement à tous, hors à ses amis très -intimes, l'esprit étendu et la fermeté de caractère dont nous avons dit qu'il était doué. Les circonstances avaient ajouté à cette réserve un air d'indécision et d'indifférence ; car n'appartenant à aucune des factions qui divisaient le royaume, il passait pour sombre, insensible, dépourvu de religion et de patriotisme. îsTulle conclusion n'était cependant plus injuste, et les raisons de la neutralité qu'il avait gardée jusqu'alors prenaient leur source dans des motifs louables et bien différents de ceux qu'on lui supposait. Il avait eu peu de liaisons sociales avec ceux qui étaient l'objet des persécutions; il était dégoûté de l'égoïsme et de l'absurdité de leur esprit de parti , de leur sombre fanatisme, de leur haine ridicule pour toute instruction mondaine ou tous les exercices innocents , enfin de leur implacable ressentiment politique.
jVlais son ame se révoltait encore plus contre la tyrannie et l'oppression du gouvernement , contre le dérèglement , la licence et la brutalité des soldats , contre les exécutions par la main du bourreau , le massacre sur le champ de bataille , les taxes qu'imposait à volonté la loi militaire; il s'indignait
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qu'on osAt se jouer ainsi de la vie et de la fortune d'un juMiple libre, et le rabaisser au rang des esclaves asiatiques. Condamnant donc les excès dont chaque parti se rendait coupable , dégoûté des maux auxquels il ne j)ouvait remédier, et entendant alternativement des plaintes et des réjouissances auxquelles il ne pouvait participer, il aurait quitté l'Ecosse depuis longtemps s'il n'eût été retenu par son amour pour Edith Bellenden.
Les premières entrevues de ces jeunes gens avaient eu lieu à Charnwood , où le major Bellenden, qui était aussi exempt de soupçons dans ces cas que l'oncle Tobie ' lui-même , avait en quelque sorte encouragé leur liaison. L'amour , selon l'usage, emprunta le nom de l'amitié; il employa son langage , s'arrogea ses privilèges. Quand Edith Bellenden fût rappelée au château de sa mère, elle ne cessa point de voir le jeune Morton.
Des circonstances imprévues amenaient souvent le jeune homme d«ins les promenades solitaires fréquentées par Edith , quelle que fût la distance qui séparait leurs demeures. Cependant jamais elle n'exprima la surprise que ces rencontres auraient naturellement dû exciter : aussi leur liaison prit-elle graduellement une teinte plus mystérieuse, et leurs entrevues commencèrent-elles à ressembler à des rendez-vous. Ils échangèrent entre eux des lettres, des dessins, des livres , et la moindre commission donnée ou remplie fournissait l'occasion d'une nouvelle correspondance. Il est vrai qu'on n'avait pas encore prononcé le mot amour ^ mais chacun connaissait la situation de son propre cœur, et ne pouvait manquer de deviner celle de l'autre. Ne pouvant renoncer à une liaison qui avait tant de charmes pour tous deux , effrayés cependant des suites qu'elle pouvait avoir, ils l'avaient continuée , sans explication bien précise , jusqu'à ce moment où le sort paraissait s'être chargé de la conclusion.
I. Personnage du roman de Tristrain Saiidhy, de Sterne, a, m.
Dans cette situation INIorton, naturellement méfiant, sentait s'affaiblir en lui Tespoir qu'Edith le payait de retour. Sa fortune , son mérite , ses grâces , ses manières séduisantes, ne pouvaient manquer de la faire rechercher de quelque prétendant plus favorisé que lui de la fortune et mieux accueilli de la famille d'Edith. Les bruits publics avaient déjà désigné ce rival dans la personne de lord Évandale, et tout semblait le présenter en effet comme un digne prétendant à la main d'Edith : sa naissance, sa fortune , ses liaisons , ses principes politiques, ses visites fréquentes à ïillietud- Ie;n , l'honneur enfin qui lui était accordé d'accompagner lady Bellenden et sa nièce dans tous les lieux publics. Souvent la présence de lord Évandale dans des parties de plaisir oii il se trouvait gênait l'entrevue des deux amants, et Henri ne pouvait s'empêcher de remarquer qu'Edith évitait soigneusement de parler du jeune lord , ou n'en parlait qu'avec une grande réserve.
Cette sage retenue, qui prenait sa source dans la délicatesse des sentiments d'Edith pour Morton, était mal interprétée par son caractère défiant, et la jalousie qui en résultait était entretenue par les remarques de Jenny Dennison. Cette soubrette , véritable coquette de campagne , se plaisait à tourmenter les amants de sa jeune maîtresse quand elle ne pouvait tourmenter les siens. Elle ne cherchait pas par-là à désobliger Henri Morton , qu'elle estimait beaucoup, tant par attachement pour sa maîtresse qu'à cause des manières aimables et de l'air séduisant de ce jeune homme; mais enfin lord Évandale était tort bien aussi ; il était plus généreux que ne pouvait l'être IMorton , et par-dessus tout c'était un lord. Si miss Edith Bellenden acceptait sa main , elie serait la dame d'un baron, et, de plus , la petite Jenny Dennison , que l'impérieuse femme de charge de Tillieludlem faisait marciier à volonté, deviendrait mistress Dennison, femme de chambre de lady Évandale , ou peut-être
dame d'honneur de Sa Seigneurie. L'impartialité de Jenny Dennison n'allait donc pas jusqu'à souhaiter, à l'instar de l'hôtesse de Falstaff, que l'un ou l'autre des beaux prétendants épousât sa jeune y maîtresse ; car il faut avouer que dans son esprit la balance penchait en faveur de lord Évandale , et qu'elle le prouvait souvent de manière à inquiéter beaucoup Morton : tantôt elle semblait lui donner un avis amical ; tantôt elle paraissait lui apprendre une nouvelle; une autre fois c'était une plaisanterie, mais qui tendait toujours à le confirmer dans l'idée que tôt ou tard sa liaison romanesque avec sa jeune maîtresse aurait une fin , et qu'Edith Bellenden, en dépit des promenades d'été sous le vert feuillage , des échanges de vers , de dessins et de livres, finirait par devenir lady Évandale. Ces avis s'accordaient si bien avec ses craintes et ses soupçons , que Morton ne tarda pas à éprouver cette jalousie connue de tous ceux qui ont véritablement aimé, mais à laquelle sont plus' sujets ceux dont l'amour est contrarié' soit par la volonté des parents , soit par cjuelque autre entrave de la fortune.
Edith elle-même , sans y songer, et dans la générosité de sa franchise, contribua a l'erreur à laquelle son amant était en danger de s'abandonner. Leur conversation tomba un jour sur des excès récents, com mis par des soldats qu'on disait former un détachement commandé par lord Évandale. Le fait était faux ; Edith , aussi vraie en amitié qu'en amour, fut blessée des paroles sévères que Morton laissa échapper dans cette circonstance contre le jeune lord , et qui provenaient peut-être de leur rivalité supposée; elle prit la défense de lord Evandale avec tant d'énergie que Morton en fut blessé jusqu'au cœur : aussi Jenny Dennison , la compagne habituelle de leurs promenades , en éprouva-t-elle une bien grande satisfaction. Edith s'aperçut de sa faute et voulut y remédier ; mais l'impression, loin de s'effacer, contribua beaucoup à décider son amant à prendre la résolution de s'expatrier, projet qui