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ni la gloire qui en résulte. Tl n'avait donc pas, tout en avançant, saisi, comme dit le proverbe, le taureau par les cornes, ni marché directement au feu de l'ennemi. Au contraire, il s'était éloigné peu à peu du théâtre de faction ; et continuant à gravir vers la gauche, il arriva enfin en face du château, mais du côté opposé à celui où l'on se battait, et dont les défenseurs ne s'étaient pas occupés, coniptant sur la profondeur du précipice. Il y avait pourtant de ce côté une certaine fenêtre de l'office , près de laquelle s'élevait un certain if qui avait poussé sur la pente rapide d'un rocher. C'était par là qu'avait passé Goose Gibbie quand il était sorti en fraude du château pour porter à Charnwood la lettre d'Edith; et ce passage avait sans doute favorisé bien d'autres genres de contrebande.
« Voilà un endroit qui m'est connu , » dit Cuddie à un de ses compagnons en s'appuyant sur son fusil et en regardant la fenêtre; « combien de fois n'ai-je pas aidé Jenny Dennison à en descendre, et n'y ai-je pas moi-même grimpé pour aller m'amuser un peu , quand la journée était finie !
— Et qui nous empêche d'y grimper encore? » lui répondit son camarade, qui était un jeune homme vif et entreprenant.
« Ce ne serait pas bien difficile , si on voulait s'en donner la peine , répondit Cuddie ; mais une fois entrés , que ferons-nous?
— Nous serons maîtres du château , reprit l'autre; car nous voilà cinq ou six, et tout leur monde est occupé à défendre les palissades.
— Eh bien! soit, dit Cuddie; mais songez-y, ne faites aucun mal à lady Marguerite, ni à miss Edith, ni au vieux major , ni surtout à Jenny Dennison , ni à personne enfin , excepté les soldats ; pour eux , tuez-les ou faites-leur grâce , je m'en inquiète peu.
— Bon ! bon ! dit son compagnon ; commençons par entrer, puis nous verrons ce qu'il faudra faire. »
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Cnddie se mît donc en devoir d'escalader la fenêtre , quoiqu'un peu à regret, car, outre qu'il redoutait la réception qui l'attendait dans l'intérieur, sa conscience lui criait que c'était payer fort mal les anciennes bontés et la protection de lady Marguerite. Il monta sur l'if; deux de ses compagnons l'y suivirent. La fenêtre était étroite , et jadis garnie de barreaux de fer; mais le temps les avait fait tomber, ou les domestiques les avaient arrachés pour se faire une sortie plus commode. Entrer était chose facile s'il n'y avait personne dans le fruitier , ce dont Cuddie cherchait à s'assurer avant de faire le dernier pas , le pas périlleux. Aussi , pendant que ses compagnons le pressaient par derrière et le menaçaient , pendant qu'il restait indécis et plongeait ses regards dans l'appartement, il fut aperçu par Jenny Dennison qui s'était retirée dans le fruitier , comme le lieu le plus sûr pour attendre l'issue de l'assaut. Dès que cet objet d'épouvante eut frappé ses yeux , elle jeta les hauts cris , s'enfuit dans la cuisine qui était auprès , et , dans un accès de peur et de désespoir, saisit une marmite de soupe aux choux qu'elle avait ellemême mise sur le feu , ayant promis à Tom Holliday de lui préparer à déjeuner. Ainsi armée, elle revint au fruitier, et tout en criant : « Au meurtre ! au meurtre ! nous sommes toutes perdues ! le château est pris ! c'en est fait
I de nous ! » elle courut à la fenêtre , et renversa la marmite sur l'infortuné
1 Cuddie, en accompagnant son action d'un cri effroyable. Quelque agréable qu'eût été ce potage à Cuddie, s'il lui eût été servi d'une autre manière par la main de Jenny, il est probable que le nouveau soldat eût été guéri pour toujours de l'amour de son métier , s'il eût eu les yeux levés en ce moment.
IMais, heureusement pour lui, il avait pris l'alarme au premier cri jeté par Jenny, et avait alors la tête baissée pour supplier ses camar;ides , qui l'empêchaient de battre en retraite , de des-
cendre au plus vite; si bien que le casque de fer et le justaucorps de buffle, armure à toute épreuve, qui avait eu pour premier propriétaire le sergent Bothwell, garantirent sa personne de la plus grande partie du liquide bouillant. Néanmoins ce qu'il en reçut suffisait pour lui donner une sévère leçon. Entraîné par la douleur et la surprise , il descendit en toute bâte de l'arbre, renversant ses camarades , au péril évident de se rompre les jambes; et sans écouter ni arguments, ni prières, ni menaces, il se sauva lestement, courut par la route la plus sûre rejoindre le corps d'armée auquel il appartenait, et refusa, quoi qu'on pût lui dire ou lui promettre, de revenir à l'attaque.
Quant à Jenny, après avoir ainsi jeté sur la tête d'un de ses admirateurs les viandes que ses blanches mains avaient naguère pris la peine de préparer pour l'estomac d'un autre, elle continua ses cris d'alarme, débitant une lugubre énumération de tous les crimes que les législateurs appellent les quatre plaids de la couronne, le meurtre, le feu, le rapt et le vol. Ces effrayantes clameurs jetèrent tant d'épouvante et mirent tant de confusion dans le château, que le major Bellenden et lord Évandale jugèrent qu'il valait mieux cesser de défendre les ouvrages extérieurs, les abandonnant à l'ennemi , et de se retirer dans l'enceinte du château , de crainte d'être surpris par quelque endroit mal défendu. Ils ne furent point inquiétés dans leur retraite, car la frayeur de Cuddie et de ses compagnons avait causé presque autant de désordre parmi les assiégeants que les exclamations de Jenny parmi les assiégés.
Aucun des deux partis ne tenta de renouveler le combat ce jour-là. Les rebelles avaient beaucoup souffert, et d'après la peine qu'ils avaient eue à s'emparer des prenùers retranchements, ils devaient conclure qu'ils prendraient difficilement le château. D'un autre
WAI.TER SCOTT.
côté, la situation des assiégés était triste et désespérante. Ils avaient eu dans ces escarniouclies deux ou trois hommes tués et plusieurs blessés; et quoique cette perte fdt en proportion beaucoup moins considérable que celle de rennemi , qui avait laissé vingt hommes sur la i)lace , ils en souffraient bien davantage, vu leur petit nombre, tandis que les attaques acharnées de leurs adversaires montraient évidemment que les chefs avaient pris la ferme résolution d'emporter la place, et qu'ils étaient bien secondés par le zèle de leurs troupes. IMais s'ils se bornaient à la bloquer, la garnison avait surtout la famine à redouter. Les ordres du major, au sujet des approvisionnements, n'avaient été qu'à demi exécutés ; et les dragons , en dépit des avertissements et des défenses , prenaient plaisir à gaspiller les vivres. Ce fut donc absorbé dans un profond sentiment de tristesse que le major Bellenden commanda de garder la fenêtre par laquelle le château avait failli être pris, ainsi que toutes les autres qui pouvaient offrir la moindre facilité pour une telle entreprise.