ACTE IV. SCÈNE JIL
M. Du. Non, c'est que vous avez le ton de la candeur. L'air sage... La, Ce n'est pas vertu chez une femme, C'est devoir. M. Du. Il est vrai : j'aime à vous voir dans
l'âme Ces principes d'honneur, cette élévation.
La. C'est l'heureux fruit, monsieur, de l'éducation ; Je le garde avec soin ; c'est mon seul héritage. M. Du. Oui, , c'est un vrai trésor qu'un pareil avantage. . . 1 2 1 o Vous devez donc le jour à d'honnêtes parents ? La. Honnêtes, oui, monsieur ; mais non pas dans le sens Que lui donnait l'orgueil ; dans le sens véritable. Mes père et mère étaient un couple respectable. Placé dans cette classe oli l'homme dédaigné Mange à peine un pain noir de ses sueurs baigné ; Ob, privé trop souvent d'un bien mince salaire. Un ouvrier utile est nommé mercenaire^ Quand on devrait bénir ses travaux bienfaisants ; Mes parents, en un mot, étaient des artisans. 1220
M. Du. Artisans ! Croyez-vous qu'un riche oisif les vaille? Le plus homme de bien est celui qui travaille. Poursuivez. La. Chaque soir, aux heures de loisir, À me former le cœur ils mettaient leur plaisir. Leurs préceptes étaient simples comme leur âme : ** Crains Dieu, ser^ ton prochain, et sois honnête femme..." C'étaient là leurs seuls mots, qu'ils répétaient toujours. Leur exemple parlait bien mieux que leurs discours. Ils semblaient pressentir, hélas ! leur fin prochaine. Depuis qu'ils ne sont plus, j'ai bien eu de la peine ; 1230 Mais j'ai toujours trouvé dans l'occupation Subsistance à la fois et consolation.
M. Du. Je vois que vos parents vous ont bien élevée. Quoi ! de tous deux déjà vous êtes donc privée ?
La. Un cruel accident tout à coup m'a ravi
Mon père, et de bien près ma mère Ta suivL
M, Du, Perdre ainsi ses parents ! de tels parents encore !...
Car, sans les avoir vus, tous deux je les honore...
Ma fille, je vous plains. La, Quel excès de bonté,
Monsieur ! Le ciel pourtant ne m'a pas tout ôté : 1 240
Il me reste un ami, mais un ami solide.
Qui m'a jusqu'à Paris daigné servir de guide.
M. Du, Vous êtes de province ? La, Oui, de bien loin :
aussi J'ai mis dix jours entiers pour venir jusqu'ici. (On entend
une voix du dehors^ appelant) " Laure ! Laure !" La, Je crois qu'on m'appelle. M, Du,
N'importe.
Pour vous expatrier, mon enfant, de la sorte, Sans doute vous aviez un motif, un objet?
La, Oh oui, monsieur ! Voici quel en est le sujet : L'ami dont je parlais, le seul que j'aie au monde, Et siu: qui désormais tout mon bonheur se fonde, 1250
A dans la capitale un très-proche parent ; Il m'en parlait sans cesse, et toujours en pleurant : " Oui," me dit-il un jour, " vous êtes vertueuse, " Jeune, douce ; surtout vous êtes malheureuse. " Il doit vous secourir, et je vous le promets." Je le crus : mon ami ne me trompa jamais.
Je partis avec lui croyant suivre mon frère, Regrettant peu des lieux oli n'était plus ma mère. Après dix jours de marche enfin nous arrivons. M, Du, Eh bien?... La, Mais quel accueil, ô ciel! nous
éprouvons ! 1260
M, Du, Il vous aurait reçue avec indifférence ? La, Ah! monsieur, nous aurions encor quelque espérance,