ACTE IV. SCÈNE V. 6i
Mme Év. Ouï, je le crois... Tantôt, ou je me suis trompée. Ou d'un grand mouvement votre âme était frappée. M. Du, Cette fille a vraiment un mérite accompli. Mme Év. Vous ne parlez que d'elle, et semblez tout
rempli...
Un moment vous a-t-il fait perdre la mémoire Des discours de tantôt? M, Du. Non; pourriez-vous le
croire?... 1310
Je vous suis attaché... Mais quoi ! les mots touchants De cette enfant... Mme Év. Encor! c'est se moquer des
gens.
M. Du. Vous avez de l'humeur. Mme Év. Oui, je m'impatiente De voir que vous parlez toujours d'une servante. M. Du. C'est qu'elle est au-dessus vraiment de son état ; Elle a je ne sais quoi de doux, de délicat... MmeEv. Oh, c'en est trop ! S'il faut dire ce que j'en pense, Cette fille me blesse et me déplaît d'avance. M, Du, Eh! pourquoi? MmeÉv. Je ne sais... mais elle me
déplaît :
Je vous dis nettement la chose comme elle est. 1320
Elle n'est bonne à rien d'ailleurs, à rien qui vaille ; Et je crois qu'il vaut mieux d'abord qu'elle s'en aille. M. Du, Qu'elle s'en aille ! Qui, Laure ? Mme Év, Oui.
M, Du, Vous plaisantez !
MmeÉv, Moi! point du tout. M, Du, Commtnil.,, Mme
Év. Ainsi vous hésitez.
Et vous me préférez la première venue.
Qu'à peine en ce moment vous connaissez de vue ! M, Du. Non. Mais quoi, je ne puis chasser ainsi... MmeÉv.
Fort bien !
C'est votre dernier mot?... Et moi, voici le mien :
Il faut que sur-le-champ Tune de nous deux sorte !
M, Du, Eh quoi ! pouvez-vous bien me parler de la sorte? 1330
Mme Év, Vous-même, entre nous deux, pouvez-vous balancer ?
M. Du, Mais je puis vous chérir, et ne point la chasser.
Mme Év, Non, monsieur : chassez Laure, ou bien... M. Du, Quelle rudesse !
Mme Év, Qu'elle sorte, ou je sors. M, Du, (en colhri) Vous êtes la maîtresse ;
Mais elle restera. Mme Év, Plaît-il? M.^Du, Oui, sur ce ton
Puisque vous le prenez, je la garde. Mme Év. Pardon,
Monsieur! Mais... M, Du, Non. J'entends qu'ici Laure demeure.
Si cela vous déplaît, sortez... à la bonne heure :
Voilà mon dernier mot. (// sort tris en colhre.)