ACTE L SCÈNE IL
Maïs vous voilà du moins entré .dans la maison. 20
CL Ah! comment! à quel titre, et combien il m'en coûte!
Moi, domestique ici! Geo, C'est un malheur sans doute ;
Mais pour servir son oncle est-on déshonoré ?
Je le répète encor, c'est beaucoup d'être entré ;
Et j'eus, lorsque j'y songe, une idée excellente ;
Ce fut de vous offrir à notre gouvernante
Comme un parent. Ch, Jamais pourrai-je m'acquitter...
Geo, Allons, ce que j'en dis n'est pas pour me vanter,
Je ne me prévaux point ; mais je vous félicite.
C'est moi qui bien plutôt ne serai jamais quitte. 30
Votre bon père, hélas ! dont j'étais serviteur,
A pendant dix-huit ans été mon bienfaiteur.
Oui, cher Armand., pardon... Mais je vous ai vu naître ;
J'ai vu mourir aussi ma maîtresse et mon maître :
Jugez si Georges doit aimer, servir leur fils I
Ch. Pourquoi le ciel si tôt me les a-t-il ravis ?
Ah! pour m'être engagé par pure étourderie...
Geo. Eh ! monsieur, laissez-là le passé, je vous prie :
Oui, voyez le présent, et surtout l'avenir.
N'est-il pas fort heureux, il faut en convenir, 43
Que je sois le filleul de monsieur Dubriage ;
Qu'après deux ou trois mois tout au plus de veuvage,
La gouvernante m'ait (j'ignore encor pourquoi)
Fait venir tout exprès pour être portier, moi ;
De sorte que je pusse ici vous être utile.
Et que, depuis trois mois, venu dans cette ville,
Vous me l'ayez fait dire, au lieu de vous montrer :
Que j'aie imaginé, moi, de vous faire entrer.
Et que madame Evrard, si subtile et si fine.
Vous ait reçu d'abord sur votre bonne mine? 50
Ch. Il est vrai... Geo, C'est votre air de décence, et surtout
De jeunesse... que sais-je?... Oui, la dame a du goût. Ch. Souvent, et j'apprécie une faveur pareille, On dirait qu'elle veut me parler à Toreille.
Geo, Ne voudrait-elle pas vous faire par hasard Un tendre aveu?... Mais non, j'ai tort; madame Evrard, Elle est d'une sagesse, oh! mais à toute épreuve... Cet Ambroise, entre nous, qui depuis qu'elle est veuve Remplace le défunt dans l'emploi d'intendant, L'aime fort, et voudrait l'épouser : cependant 6a
Avec lui, je le vois, elle est d'une réserve... Ch. Je l'observe en effet Geo, À propos, moi j'observe Qu' Ambroise vous hait fort Ch, Rien n'est moins surprenant ; Avec mon oncle même il est impertinent : Puis il craint, entre nous, que je ne le supplante. Geo, Écoutez donc, monsieur, sa place est excellente ! Et vraiment mon parrain vous aime tout à fait. Sans vous connaître encor. Ch, Je le crois en effet, Georges, et c'est un grand point: oui, ce seul avantage Me flatte beaucoup plus que tout son héritage. 70
Pourvu que je lui plaise, il m'importe fort peu Que ce soit le valet, que ce soit le neveu :
Si je ne touche un oncle, au moins j'égaye un maître. Geo, À de tels sentiments j'aime à vous reconnaître. Ch, Au fait, depuis trois mois que j'habite en ces lieux, D'abord, sous un faux nom, j'ai trouvé grâce aux yeux D'un oncle qui me hait sous mon nom véritable ; Ajoute que j'ai su rendre douce et traitable Madame Evrard, qui, grâce à mon déguisement, Semble sourire à Charle en détestant Armand. 80
Voilà trois mois fort bien employés. Geo. Oui, courage ! Madame votre épouse achèvera l'ouvrage.