‹ Le vieux cordelier (volume 2)Chapitre 58 sur 58 · N». II · texte numérisé non relu

N». II

Extrait du Procès verbal de la Com^ention nationale ^ des g et lo thermidor^ an II de la république fran-caîso.

Séance du 9 thermidor an 11.

L'un des représentans nommés pour diriger la force armée rend compte à la Convention que les conspirateurs , forcés dans la Maisou commune y sont tués ou pris. Il demande, et la Convention natio* nale permet que le citoyen Charles-André Méda , gendarme national, qui l'a toujours accompagné pendant sa mission , monte avec lui à la tribune. Il raconte que ce citoyen a été un des premiers à frapper les conspirateurs , et que néanmoins , humain par caractère , il disait après : «Je n'aime pas le sang. J'aurais désiré n'avoir à verser que celui des Prussiens et des Autrichiens ; mais je ne regrette pas celui que je viens de répandre : c'était celui des traîtres. »

(l) Voir ci*après ces paroles telles que Méda les a prononcées , non pas à la Convention comme le représentant Charlier, qui présidait en ce moment cette assemblée , voulut le lui faire croire , on ne sait pourquoi , mais à la Commune , en présbnce de Léonard Bourdon et des grenadiers des Gravilliers , lorsqu'il eut frappé Robespierre et Couthon. {Note de Véditeur.)

(a) Il y a ilf(fV/a/ au Moniteur par suite d*une erreur typographique t mais dans presque tous les autres journaux du temps, el surtout dans les procès verbaux de la Convention , Pauteur de ce précis est bien désigné sous le nom de Charles-André Méda. {Note de Véditeur.)

DAjO PIÈCE» JUSTIFICATItES.

La Convention nationale décrète que mention honorable sera faite au procès verbal de^ actions et discours de ce bon citoyen dont le noua est proclamé dans son sein^ et charge le comité de salut public de lui donner de Tavancement.

La Convention nationale décrète qu'un pistolet trouvé à la Maison commune sera remis au brave Méda (i).

(]) Ce pistolet ctail celui avec lequel Mëda-avait frappé Robespierre , et qu'il a vait jeté pour prendre le second pistolet armé qui lui restait lorsquMl voulut poursuivre Jlenriot qu^oii kii disait avoir vu se sauver par un escalier dérobé.

Si les écrivains qui ont parlé du 9,therniidor eussent eu connaissance de ce fait, qui n'est consigné ni au Moniteur ni dans aucun des autres journaux du Icmp», mais seulement dans les procès-verbaux de la Convention, il est à croire qulls n'eusseot pas nié , comme quelques-uns d*entr*cux l'ont fait, l'action hardie de Méda; car enfin , puisque ce pistolet , trouvé près de Robespierre et déposé sur le bureau de la Convention , fut reconnu pour être un des deux pistolets d« calibre appartenant à Méda, et lui fut un conséquence rendu publiquement, il faut bien croit e qu'il était à lui. Cependant on pourrait peut-être soutenir, en désespoir de cause , que Robespierre pouvait avoir aussi des pistolets de calibre semblables à ceux de Méda; mais alors il faudrait nous expliquer comment Robespierre avait pu tenir caché sur lui un pistolet de celte force, depuis le matin qu'il était sorti de chez lui pour ny plus rentrer, sans que personne s'en fût aperçu à la Convention où on l'arrcta^ivec beaucoup de violence, et oii on lui mit plusieurs fois la main sur le corps pour l'empêclicr de monter à la tribune : assurément une \M' reille supposition est inadmissibl e.

Ces réflexions étaient les seules que nous nous proposions de faire pour éclaircir un point sur lequel la légèreté de quelques écrivains avait jeté des doutes; mais deux circonstances dont nous venons d'être instruit au moment où nous allions livrer cet ouvrage à Pimpres^ion nous obligent d'entrer encore dans quelques détails.

Dans SCS esquisses historiques de la révolution française ^volume 4 1 pag<'--)i M. Duiaure prétend que c'est Robespierre qui s'est frappé lui-même ; l'écrivain qui a rédigé rarticlc Ro])espierre dans la Éiograpjiie universelle de M. Micliaud , prétend aussi la même chose. Le premier de ces écrivains fonde son npiaion,à cet égard , sur le témoignage d'un nommé Bochard , concierge de la Maison commune , duquel il résulterait que Robespierre s'est tiré lui-mcnic uii Ci)Up de pistolet dans la bouche; et le second fonde la sienne sur le rapport du chirurgien qui a pansé la blessure de Robespierre, duquel il résulterait que Robespierre n'a pu être blessé que par lui-même.

INous avons cherché à voir en entier ces deux déclarations dont les écrivain^

PIÈCES JUSTIFICilTIVES. Sqï

^,éance du ro thermidor an IL

(Suite de la Séance permanente du 9.)

« La. Convention nationale^ sur le rapport qui lui est fait, par un de ses membres , de la conduite au citoyen Charles-André Méda ,

nommes ci-dessus ne nous ont donn» que la substance ; mais nous n'avons pu y parvenir , parce qu'il paraît qu'elles ne se trouvent que dans un seul ouvrage fort rare aujourd'hui et dont la bibliollie'que du Roi ne possède même pas d'exemplaire {le Discours historique de " Courtois sur les événemens du 9 thermidor an 2, pour servir de procès verbal aux iséances de la Convention des 8, 9 e< 10 thermidor), r^ous nous trouvons donc dans une position très-dc'savantagcuse pour attaquer ces déclarations; mais cependant nous croyons que ce que nous avons h dire aufHra pour en neutraliser tout l'effet, en quelques termes qu'elles soient conçues.

Le concierge Bochard, que l'on est assez étonné de trouver près des conjuro? en de pareils momens, dit-il qu'il a vu Robespierre se tirer lui-même un coup do pistolet? S'il ne le dit pas positivement , sa déclaration ne prouve rien ; et s'il le dit , nous croyons que l'on peut, que l'on doit même, dans le doute résultant c.c deux de'clarations aussi opposées que celles de Méda et de ce concierge , prcfcrer celle qu'un railitaii*e d'une conduite irréprochable a faite le jour même de l'action , qu'il a renouvelée par écrit dix ans après, lorsqu'il était d<^à parvenu à un grade élevé dans l'armée, et qu'il n'a jamais faite pendant tout le cours de su vie consacrée aux plus honorables travaux, sans invoquer le témoignage d'une foule de personnes qui avaient été témoins oculaires de ses actions au 9 thermidor , cl dont plusieurs vivent encore aujourd'hui.

!Nous pouvons suivre encore la même argumeritation relativement au témoignage du chirurgien dont il est question dans la Biographie de M. Michaud. Ce chirurgien dit-il qu'il est impossible que Robespierre ait été frappé par une autre main que par la sienne? 'S'il ne le dit pas, sa déclaration ne prouve rien ; et s'il le dit, nous dirons hardiment qu'il a<dit une absurdité, car quollc impossibilité y a-t-il à ce qu'un homme qui tire un coup de pistolet à un autre à bout portant , lui casse la mâchoire inférieure ou lui fasse tout autre blessure d'uno forme bien plus extraordinaire, lorsqu'on sait que la vue du danger peut fair»* prendre les positions les plus singulières à l'homme qui est menacé, et lorsqu'on sait d'ailleurs que le moindre obstacle suffit pour faire changer la première directiou d'une balle. Il nous semble que s'il y avait quelque chose d'extraordinaire dan% tout ceci , ce ne serait pas de concevoir comment Méda, en tirant un coup de pi:>* tulct à Robespierre, a pu lui casser la mâchoire inférieure, mais bivn pluk'l

SgS PIÈCES JUSTIFICATIVES.

gendarme national, décrète que mention en sera faite au procès Terbal,

que son nom sera proclamé au sein de la Conyentîon nationale, et

renvoie au comité de salut public , qui demeure chargé de l'ayance-

ment de ce bon citoyen.

Visé par l'inspecteur :

Signé, S.^. MoiTHBi* •

CoUationné à l'original par nous, secrétaires de la GouYentioD nationale, à Paris, ce lo thermidor, an ii de la République française , une et indivisible.

Signé, Levasseur , de la Meurthe; Borib et Portiez! de rOise , secrétaires.

CoUationné et trouvé conforme aux originaux déposés aux archives

delà République française, registre A. IL , N^ 184 9 par moi, garde

des archives , en foi de quoi j'ai signé et fait apposer le sceau desdi«

tes archives. A Paris, le a 8 fructidor, an x de la République fras-'

çaise.

Pour l'archiviste, absent, en mission.

Signé, Sarthe, secrétaire général des archives.

de concevoir comment Robespierre a pu se casser la mâchoire inférieure en Toolaiil se brûler la cervelle.

lïous demandons pardon au lecteur d'une explication qui lui paraîtra peut-être un peu longue, d'autant qu'il importe assez peu au fond de savoir si Robespierre a eu ou n'a pas eu le cpurage de se frapper lui-même; mais nous espérons qu'il, nous la pardonnera en raison de la nécessité où nous nous sommes trouvés de ju»tifier de tout soupçon un brave officier qui ne fut pas moins connu pendant sa vie par sa loyauté que par son courage. {Note de l'éditeur.)

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