SCÈNE IX
MATHILDE, se mettant à table devant le pâté et ayant l'air d'en manger avec appétit , M. DUBOCAGE.
dubocage , appuyé sur le bras d’un domestique.
Enfin , j’ai terminé ma lettre. Tiens , Lapierre , fais-la porter chez monsieur de Frémoncourt. Il parait que monsieur Achille a
pris le parti de battre la retraite. Mais qu’est-
ce que je. vois donc là ? ça n’est pas lui.
Théodore , d- un air niais.
Bonjour, mon oncle Dubocage. On m’a dit que vous étiez dans votre cabinet à travailler, et je n’ai pas voulu vous déranger.
, dubocage.
A la bonne heure , au moins , celui-là n’a pas l’air tapageur. Et qui es-tu , mou petit ami?
THÉODORE
C’est moi que je suis Théodore.
DUBOCAGE
A h ! oui, je sa is. Mais que fais-tu doue là ?
THÉODORE
C’est un pâté que j’ai trouvé là* dans cette armoire.
DUBOCAGE
Ah! mon Dieu, mon pâté de foie gras!
THÉODORE
Écoutez donc , moi j’avais faim , et j en ai mangé un petit morceau.
DUBOCAGE
Un petit morceau ! et plus de la moitié a disparu. Malheureux enfant, veux- tu veiiir ici! U y a de quoi le rendre malade; et mon ami Frémoncourt que j’ai invité à venir entamer... cela se trouve bien; c’est tout au plus s’il arrivera pour les restes.
THÉODORE
Dites donc, mon oncle?
DUBOCAGE
Eh bien! qu’est-ce que tu veux?
THÉODORE
Dam’! je voudrais savoir...
dubocage , le contrefaisan t.
Je voudrais savoir... ( le regardant . ) C’est singulier! il a bien quelque chose de famille, et malgré cela, il a un air niais, {haut.) Voyons , mon garçon , que veux-tu savoir ? ’
THÉODORE
Je voudrais savoir à quelle heure est-cé qu'on dîne.
DUBOCAGE
Ah ! çà , mais il ne songe donc qu’à manger, celui-là; il n’y a pas d’exemple d’une pareille gourmandise. Est-ce que , tout à
l’heure, lu n’a pas cueilli des pêches?
THEODORE
Oh! trois ou quatre; pour les prunes, je n’ai pas compté; mais pour les abricots je n’ai pas pu en manger beaucoup parce qu’ils étaient trop haut, et que pour en abattre il fallait jeter de grosses pierres.
DUBOCAGE
Ah! mon Dieu, des pierres,.. et ma melonnière qui est dessous; mes cloches de verre bleu et mes vases du Japon!
Théodore, riant niaisement.
Dame! tout cela a été -brisé, puisque je m’en al fait des castagnettes.
DUBOCAGE
Et il m’annonce cela avec une tranquillité; est- il possible d’étre plus béte que cet enfantlà ! où sont tes frères? amène- les moi tout
de suite , car s’ils lui ressemblent ils feront quelques sottises.
THÉODORE
Que je vous les amène ?
DUBOCAGE. *’
Oui , ils doivent être dans mon parc , et je veux les voir tous ensemble.
THÉODORE
C’est que je n’aime pas beaucoup à courir.
DUBOCAGE
Eb bien ! 1 faut t’y habituer ; cela te fera du bien; cela te fera digérer.
Théodore , mettant la main à son estomac.
Oh! je digère bien sans cela. Ah! là, là, là; dites donc, mon oncle, ah! là, là, là...
Dieu , que ça fait mal...
Eh bien, qu’as-tu-donc?
Théodore, pleurant et faisant des contorsions.
Je n’en sais rien, mais je suis malade.
DPBOCAGE.
Mais qu’est-ce que tu éprouves ?
THÉODORE
Est-ce que je le sais; puisque je suis malade; c’est lini, je vais mourir. Ah! mon Dieu! je vab mourir.
DUBOCAGEé
Mab encore, où as-tu mal?...
THÉODORE
Partout , et puis encore autre part;., dans l’estomac.
DUBOCAGE
Parbleu ! c’est bien difficile à deviner ; c’est une indigestion. S’il va s’aviser d’être malade ici, nous serons bien. Holà! quelqu’un, Jaqueline ! Ab! le maudit enfant , la moitié d’un pâté de foie gras... Jaqueline,
Vf
D igitiz^h^j^c)Ogk