SCÈNE XII
DU BOCAGE , puis ÉDOUARD.
DUBOCAGE
Ah ! mon Dieu ! quelle famille, et comme tout cela a été élevé! l’un tapageur insupportable; l’autre d’une bêtise surnaturelle! Et les autres. . . Hein ? qu’est-ce qui vient là ? mathilde , en jeune homme à la mode et habillé dans le dernier genre , le lorgnon , la cravate, bien serrée , etc. , parlant à la cantonade.
Eh bien! prenez donc garde, messieurs,
je ne suis pas habitué à ces manières-là, et je n’irai pas me compromettre jusqu’à jouer avec vous.
Ah ! mon Dieu ! quel est ce petit jeune homme ; si ce n’était sa taille , on le prendrai t pour un des êlégans de Paris.
Édouard, saluant avec aisance et du haut de la tête.
Pardon, monsieur, ma demande ne va pas vous paraître bien bon genre ! Mais quand on est obligé de s’annoncer soi-même... N’estce pas au maître delà maison que j’ai l’honneur de parler ?
DUBOCAGE
Oui , mon petit monsieur.
ÉDOUARD
C’est monsieur Dubocage, mou respectable oncle ?
DUBOCAGE
Comment* vous êtes mon neveu? Ah !
mon Dieu ! un fat de douze ans , il ne manquait plus que cela !
ÉDOUARD
Monsieur Édouard Lefebvre, dont vous avez peut-être entendu parler. Comme j’annonçais le plus de dispositions , je suis le seul de mes hères qui ait été élevé à Paris; mon père m’y avait envoyé au lycée.
DUUOCAGE.
Et vous avez appris là...
ÉDOUARD
Un peu de tout, quoique je n’aie été qu’en cinquième. '
air du Fleuve de la 'vie.
Oui , l’étude à tel point m'ennuie ,
Que me hâtant d’èlre savant ,
Grec , histoire , géographie ,
J’ai tout appris en un instant.
DUBOCÀGE.
Moi je m’étonne avec justice ,
Voyant votre âge et yos talons,
.'il)
Que vous ayez trouve du temps Pour aller en nourrice.
ÉDOUARD
Voyez-vous, mon ourle, quand par hasard le dimanche ou le jeudi il était permis de sortir, j'allais chez monsieur de Villerbois, le correspondant de mon père ; une maison très riche. Il a un fils de douze ans avec qui nous étions très en froid , d’abord parce qu’il s’en fait accroire, et après cela, parce que nous ne sommes pas de la même opinion. Alors, au lieu d’aller jouer dans le jardin avec lui et les autres petits garçons, je restais toujours dans le salon , au coin de la cheminée, derrière les jettues gens du meilleur ton. J’écoutais et je regardais, et quand j’étais seul devant une glace , je répétais.
DUBOCAGE
Je conçois qu’avec de pareils modèles...
GARÇON. 5t
ÉDOUARD
Oh ! je les possède à merveille; tenez, mon oncle.
( Arrangeant sa cravate et prenant un ton de fat. )
Il fait aujourd’hui le temps le plus incohérent. Longchamps était d’un ennui scandaleux. A propos de ça , avez-vous vu Misanthropie et Repentir? Je ne sais pas si vous serez de mon avis , moi je ne trouve pas ça moral; et puis ce mari, c’est commun en diable , on ne voit que cela. Dites-moi , mon cher, avez-vous là votre tilbury? j’ai euvie d’aller voir la petite Léontine; on dit qu’elle est rentrée au Gymnase.
DUBOCArGE.
Allons, allons, mou neveu Édouard est un véritable perroquet.
ÉDOUARD
lit ma cravate, comment la trouvez-vous?'
LE VIEUX duuocage.
Esl-ce que je m'y connais!
édoüard , prenant son lorgnon.
C’est juste; vous qui êtes en province, vous 11e pouvez pas connaître le bon genre.
DU BOCAGE
Dieu me pardonne, je crois qu’il me lorgne; c’est fini, voilà le pire de tous, les autres au moins avaient les défauts de leur âge, mais celui-ci! Eh! mais, que veut Jaqueline avec cet air effrayé ?