ROUEN
IMPRIMERIE CAGNIARD (LÉON GY, SUCCESSEUR) rues Jeaniic-Darc, 88, et des Basiuge, >
AVANT-I^ROIH^S
La Société nornuiuJe S Ethnographie et if Art populaire, fondée récemment à Ilonfleur et aujourd'hui définitivement constituée, ouvre sa carrière en publiant une série de biographies locales et maritimes. Elle vient réi'eiller des noms un peu effacés mais qui parleront au ca'ur des nomhreux et Ixtnorables adlnrents qui, sans autre impulsion que le désir d'être utiles, se sont joints déjà à elle ou s'y joindront dans r avenir. Créée pour entretenir et diriger le culte des traditions et de l'histoire, pour retremper, si on peut ainsi parler, l'amour du clocher natal, cette association a voulu tirer de l'oubli le souvenir d'un certain nombre d'hommes qui ont Ixmoré leur berceau. C'est déjà faire quelque bien aux générations futures que de leur procurer le moyen de connaître et d'aimer ceux dont elles doivent être fiéres.
Le titre de ce livre a une saveur de terroir qui indique de quels hommes il s'agit. Cependant il ne faudrait pas croire que nous aurons à présenter quelques-uns de c^ illustres marins qui ont laissé dans les événements de leur temps et de
leur pays une irace profonde et ineffaçable. Nous ne voulons rien exagérer ; noire galerie honfleuraise sera composée de figures secondaires. Mais ces figures ont eu leur importance sur un terrain spécial; les pilotes de la « noble ville de Honnefleur » sont nommés en première ligne dans le Routier de la Mer, publié en 148), et qui, pendant plus d'un siècle^ a été l'unique manuel du navigateur. Us ont été mêlés à de grands événements ; leurs navires ont abordé des premiers sur les rivages inconnus des deux Amériques. Leur forte race alliait l'énergie à une rare intelligence du métier de la mer. Le foyer où ils vivaient était actif.
Nous n avons pas le droit de revendiquer de grands hommes, mais des marins hardis, des pilotes audacieux, de vaillants officiers. Avec eux, on eut certains trioiîiphes dans la mer de la Manche, sous Louis XI ; avec eux on alla visiter le Brésil et peut-être le cap de Bonne-Espérance sous Louis XII; pêcher sur le banc et dans les baies de Terre-Neuve, au début dit XV I^ siècle; explorer V Amérique septentrionale, le golfe et les bouches du Saint-Laurent au temps des voyages de facques Cartier et de Roberval; fonder Québec, en 1608, au cours du second voyage de Champlain. Après leurs expéditions, leurs tentatives, leurs efforts et aussi leurs épreuves, on. conçoit que les Honjîeu rais, tout en étant restés au second rang, aient joui d'une asse^ grande réputation.
Lorsque le temps des voyages lointains put passé, la renommée de nos marins ne s'éteignit pas. Le premier en date que l'on rencontre au milieu du XVIP siècle, sur le banc de quart d'un navire, entouré d'un aventureux équipage, portait un nom aujourd'hui populaire parmi nous, c'est celui du corsaire Jean Doublet.
Si nous pas son i à la pértodc ilc la j^nnre de rJnJi/knJiime avh'ricaini\ puis aux i^twrres de la République el de T Empire^ nos compatrioles se montrent des capitaines très appréciés et tris utiles dans les guerres d'escadre et de course. Ils sont avec dCEstaing et d'Orvilliers dans les mers d'Amérique en lyjS-ijS); avec Truguet, lui Touche -Trévi lie, J'illaret- Joxeuse, dans la Méditerranée et l'Océan, en i/'JS- ij*^) : aire Bruix, à Aboukir. Après la rupture de la paix d'Amiens, ils réunissent les divisions de la flotille sous le feu de l'ennemi à Boulogne et à Ambleteuse, et, dès que les plans d'invasion de r Angleterre sont abandonnés, ils se dispersent sur toutes les mers en divisions légères. C'est le temps où les frégates de Motard et de Hamelin font un mal considérable au commerce anglais, c'est le temps de leur brillante campagne de F Inde.
D'autres marins ont jeté un éclat plus vif sur leur cité natale; n'oublions pas les longues traversas que nos lion fleurais du XVI'' siècle ont osé entreprendre avet des guides bien incertains et de bien faibles moyens, leur ténurité a presque toujours été couronnée par quelque succès. C'est donc un dessein tout naturel que d'en raviver les souvenirs éteints : nous nous efforcerons d'y réussir dans la petite mesure de nos forces.
Octobre iS>f6.