‹ Le vieux Lachine et le massacre du 5 aout 1689Chapitre 5 sur 31 · LES GUERRES DES [ROQUOIS · texte numérisé non relu

LES GUERRES DES [ROQUOIS

Ces sauvages, plus hardis et plus barbares que les autres,

demeuraient à l'est du lac Ontario; un parti assez fort était alors cantonné à l'ouest de l'établissement français de Cataracoui, aujourd'hui Kingston, et formait la confédération dite des Cinq-Nations. A l'époque où Jacques Cartier remonta l'île de Montréal, en 1585, ils en étaient les possesseurs. Lorsque M. de Maisonneuve fonda Villemarie, en 1642, il y trouva les Hurons et les Algonquins qui en avaient chassé leurs ennemis les Iroquois. Naturellement, il rechercha l'amitié de ceux-là. et du même coup mérita la haine implacable de ceux-ci. Dès les premiers jours de la colonie, les Français eurent à se défendre de leurs attaques soudaines. Le premier combat eut lieu en 1643, à l'endroit où sont aujourd'hui le bureau de Poste, la banque de Montréal et la Place d'Armes. M. de Maisonneuve y tua d'un coup de pistolet le chef Iroquois.

De 1645 à 1653 et de 1657 à 1669, les Iroquois ne cessèrent de harceler les colons de la ville et de la campagne.

En 1652, Lambert Closse, lieutenant de M. de Maisonneuve, à la tête de quelques hommes, extermina une colonne d'Iroquois, au lieu où est la rue McGill, et en repoussa une autre tribu à la pointe Saint-Charles, où l'on avait construit une redoute. Dix ans plus tard. Lambert Closse et douze autres français furent tués dans un combat avec les Iroquois. Le jésuite Le Mercier me. >nte qu'en 1653, Montréal fut deux fois sauvé d'une destruction certaine par l'intercession de la Sainte Vierge, sous la protection de laquelle toute la colonie de l'île de Montréal avait été placée par ses fondateurs.

(1) ■ L'islede Mont réal, poste lo plu* exposé aux Incursions des iroquois, dos en nemis, à cause <lc '!;■ proximité ri<- leur demeure,*' 1663. Edita et ordonnances, tome

RENÉ CUILLERIER.

En 1660, Guillaume de Vignal, prêtre, Claude de Brigeac, Jacques Duf resne et René Cuillerier furent pris par un parti considérable d'Iroquois et amenés à leur village, Oneida, où ils furent mis à mort. René Cuillerier seul fut excepté : il dût la vie à une vieille sauvagesse quil'adopta.(l) Il parvint à s'échapper et retourna à Montréal, où il se maria en 1665, et devint la souche française d'une famille nombreuse, qui a longtemps eu des rejetons dans Lachine. Vers 1672, Cuillerier devint habitant de cette paroisse, dont il fut le premier marguillier et l'un des marchands les plus marquants.

En parcourant le greffe de Michel Le Pailleur, j'ai trouvé le testament de René Cuillerier, " natif de Verron, diocèse d'Anger," fait devant M. Michel Vilermaula, curé de " Lachine." Cette pièce est si curieuse, les sentiments qu'elle exprime si édifiants, que je ne puis résister au désir de vous la lire. Elle peint Cuillerier.

" En quatrième lieu, il recommande à ses enfants la paix et l'union entr'eux, les conjurant par tout ce qu'il y a de plus sacré de s'entr'aimer, souffrir et de ne donner aucune peine les uns aux autres au sujet du partage du peu de bien qu'il leur laisse. Comme il a eu toujours les procès en horreur, un des plus grands biens qu'il leur laisse en partage est cette même aversion des procès qui sont les pertes des familles et une source de mil péchés dont je prie la miséricorde de Dieu les vouloir garantir ; il espère donc de leur bon naturel et de la soumission qu'ils luy ont toujours fait paroître qu'ils conserveront entr'eux cette union parfaite qu'il a taché de leur inspirer de son vivant, qu'ils videront leurs différents d'une manière pacifique, sans procès et sans contestation, par le choix de quelques gens de bien, au jugement desquels ils se tiendront. Il se persuade qu'ils feront réflexion que comme il n'y a rien de plus capable de décrier une famille et d'en faire mal penser que la discorde et d'y voir les frères et les sœurs dans la division, de même il n'y a rien de plus édifiant

U) L'histoire dz Longueuil, page 21.

que de les voir vivre dans les mêmes sentiments et conserver entre eux une tranquillité qui les fait estimer de Dieu et des hommes. Pour contribuer de bh part à cette tranquillité autant qu'il le pourra, il a cru avant que de mourir devoir taire la déclaration suivante, laquelle estant sincère et véritable connue faite par un père qui va paraître devant son juge et

par un père qui aime également tous ses enfants Mais

il a plus attendu de leur piété qu'ils traiteront leur mère avec t<»nte la tendresse, respect et cordialité dont il seront capables, que bien loin de luy taire de la peine, ils la soulageront, l'aideront, honoreront et luy obéiront en toutes choses, avec une entière confiance comme des entants bien nées et élevées dans sentiments du christianisme le doivent faire, menaçant ceux qui y voudront manquer de la colère de Dieu et de malédiction qui tombent sur ceux qui ne s'acquittent pas de leur devoir envers leurs pères et mères. Il prie Dieu de tout son cour de leur donner les dispositions d'obéissance à son égard et de s'en tenir à son jugement sur les petits différens qu'ils pourront avoir entre eux." (1)

Revenons aux guerres des Iroquois.

Ce fut aussi en 1660, au Long Sault, que Dollard et ses seize compagnons sauvèrent la colonie d'un de'sastre terrible.

UN COMBAT AU BOUT DE L'iLE.

L'année 1661 fut plus malheureuse que les précédentes. Il se passa à peine une journée que les Iroquois ne tissent quelques victimes. M. de Maisonneuve s'alarma tellement, qu'il forma une compagnie de volontaires sous le nom de Soldats de la Sainte-Famille de Jésus, Marie et Joseph." Il serait trop long de signaler tout ce que nos ancêtres ont eu à souffrir de ces barbares. Qu'il nous soit permis d'arriver de suite à l'époque qui nous occupe. En 1687, l'on voit par les registres de Sainte-Anne, sortis de la poussière avec ceux de toute la Xouvt'Ur-France par l'infatigable Mgr Tanguay, que nous sommes tous heureux de voir ici ce soir encore

'ii Le contrat de m triage de Jean-Baptiste Cuillericr passé devant Michel Le Paillenr, le 2 février 1718, dit qu'il est fils de feu "l'honorable homme, RenéCuillerier."

vigoureux, malgré ses 71 ans, qu'un combat eut lieu à la baie d'Urfé. Cette baie était située un mille plus bas que le site de l'église actuelle de Sainte-Anne, près de la terre occupée à présent par Antoine Caron, no. 313 du cadastre de Sainte-Anne, où, pour citer les expressions du terrier de l'île de Montréal,était " la première chapelle de Sainte- Anne, habitée et desservie par " M. l'abbé D'Ur£é,qui y adonné son nom."(l) Cette mention est faite à deux pages différentes, sous les numéros 111 et 112 du terrier. Ainsi que le constate le registre du 30 septembre 1687 de la paroisse de Saint-Louis, signé D'Urfé, " curé de la paroisse de Saint-Louis," premier nom de Sainte-Anne du bout de l'île, (1) dix français y furent massacrés. Leurs noms ont été publiés pour la première fois par Mgr Tanguay dans les annales de la Société Royale du Canada, vol. 3, page 139 ; ils sont : —

Pierre Camus dit La Feuillade, soldat, âgé de 21 ans.

Claude de LaMothe dit le Marquis des Jôurdis, âgé de 40 ans.

J. Bfce LeSueur dit La Haye, soldat, âgé de 21 ans.

Louis Jets, meunier de M. Jean Le Ber, âgé de 24 ans.

Jean Vincent, laboureur, âgé de 45 ans.

Jean DeLaLonde dit Lespérance, habitant du coteau Saint- Pierre, marguillier en 1685, âgé de 47 ans.

Pierre Bonneau dit Lajeunessi, caporal, âgé de 38 ans.

Pierre Perthuis, serviteur, âgé de 24 ans.

Henri Fromageau, habitant, âgé de 25 ans.

Pierre Petiteau, âgé de 20 ans.

Ils furent tous enterrés " proche le lieu destiné pour le cimetière, auprès de l'église paroissiale." M. DeLaLonde fut le seul inhumé "dans l'enceinte de l'église paroissiale de Saint- Louis du Bout de l'Ile de Montréal," et le registre dit que Jean Vincent fut enterré à la pointe Saint-Louis, aujourd'hui pointe à Caron, lieu ordinaire des sépultures du temps. En 1866, on trouva par accident les ossements de ces victimes, avec

(1) D'Urfé appartenait à une des meilleures familles de France. Il était fils du marquis D'Urfé.

(1) Ce registre se trouve, on ne sait trop pourquoi et comment, parmi les registres de Lachine. Sainte Anne cessa d'être desservie comme mission de Lachine en 1G85. —Registre de Lachine, p. 7.

d'autres, sur la terre 'I Antoine Caron, no. 313 <lu cadastre, à la pointe de la Baie d'Urfé, et M. Chèvrefils, curé de Sainte- Ainif. les lit transporter, dans un grand cercueil, à la cave de l'église, après un service solennel chanté en présence de tous les paroissiens qui comptaient des ancêtres parmi ces infortunées victimes. M. Chèvrefils conse'rve an petil crucifix trouvé sur l'une d'elles.

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