LE PRÉSIDENT, ONZE JURÉS
LE PRÉSIDENT tenant un papier.
Messieurs, je vais vous donner lecture de riiistruclion.
(iilît).
« La loi ne demande pas compte aux. jurés des moyens « par lesquels ils se sont convaincus. Leur mission n'a pour «objet, ni la poursuite, ni la punition des délils; ils ne « sont appelés que pour décider si l'accusé est ou non coun pnble du crime qu'on lui impute ».
Messieurs , vous avez à prononcer sur l'accusation d'infanticide portée contre Noémi Dupont. Vous avez entendu la déclaration des témoins , les conclusions du ministère public et le résumé de M. le président ; vous avez à prononcer sur un délit dont la répression est du plus grand intérêt pour la société. N'oubliez pas , Messieurs , que la fonction de juré étant l'une des plus importantes que puisse remplir un citoyen , celui qui est revêtu d'un tel honneur doit être impassible comme la loi. {S* adressant au premier juré d sa droite). L'accusée est-elle coupable d'avoir commis le crime avec toutes les circonstances comprises dans la position des questi oiQS?
Oui, l'accusée est coupable.
2" JCRÉ.
Oui , l'accusée est coupable.
"ô" JURÉ.
Oui , l'accusée est coupable.
Oui , l'accusée est coupable.
Non, l'accusée n'est pas coupable. Je la connais, et je soutiens qu'elle est incapable d'une paneille action.
LE PRÉSIDENT
Monsieur, nous sommes ici pour prononcer , et non pas pour entendre une nouvelle plaidoirie.
C'est fort bien , mais ma conscience me défend de me
charger légèrement de la mort de qui que ce soit. Avant tout, je veux le repos de ma conscience.
LE PBÉSIDENT.
La loi ne vous consulte que sur l'existence du crime t vous devez ignorer la peine. C'est la Cour seule qui doit en connaître et l'appliquer.
On accuse une femme timide , honnête , et qui appartient à l'une des familles les plus considérées du département, d'avoir commiis un crime épouvantable qui emporte la peine capitale , et vous ne voulez pas que j'empêche mes collègues de commettre, en la condamnant, un crime légal ^ plus horrible mille fois que celui que l'on veut punir !. . . C'est là le premier des devoirs que m'impose ma conscience^ et je le remplirai.
LE PRÉSIDENT
Je ne puis m'empêcher de vous faire observer que votre indulgence est tout-à-fait préjudiciable à la morale publique.
11 vaut mieux pêcher par trop d'indulgence, que par excès de sévérité. D'ailleurs , il ne s'agit pas ici d'indulgence , mais de la vérité appuyée sur des faits. On vous a prouvé que Noémi Dupont avait écrit à sa tante , et cependant, ce billet n'est point arrivé à sa destination. C'est un militaire qui l'a emporté sans le savoir.
LE PRÉSIDENT
Du moins , il le dit.
Le fait est naturel , vraisemblable. Eh bien , si la lettre a été prise par un voyageur. . . le berceau a pu être de même enlevé par un autre voyageur. Je ne m'explique pas comment cela s'est fait, mais cela est possible; dès-lors, je dois in'abslenir de prononcer. Dans le doute, je dis : non , l'accusée n'est pas coupable.
Oui , ruccuséc est coupable.
Non , raccusée n'est pas coupable.