SCÈNE XII
Les MÊMES, PLACIDE, <juiest entré sur les derniers mots, de François.
PLACIDE , étourdinii nt.
Vous avex quelque chose à lire?... Me voilà... à votR' service !...
ANTOINE, à part.
Que le diable Temporte !
FRANçois , à Placide.
Tu sais lire , toi ?
Je crois bien!... C'est moi qui lisais toutes les lettres de papa, à Laval.
ANTOINE , à part et regardant le marquis. Comment empêcher?...
FRANÇOIS
Eh bien î tu vas me déchiffrer ça.
ANTOINE , bas à François.
Tu te fies à lui ?
FRANÇOIS
Ca ne te regarde pas.
ANTOINE , même.
Un homme qui sait lire, c'est un suspect... Il porte de la poudre.
FRANÇOIS
Silence!...
ANTOINE , à part.
Que fçiire?... Ah! la lettre à son fils!
(Il la tire de poche et suit les mouvemens de François , qui s'est rapproché de Placide. )
FRANÇOIS , à Placide.
Du reste, n' crois pas m' tromper... j'en sais assez pour deviner... Si tu lis juste... tu seras pour quelque chose dans la conspiration.
PLACIDE, effrayé.
Comment, dans la conspiration )
FRANÇOIS
Dans la découverte... de la conspiration...
A la bonne heure !
(En ce moment, Antoine, qui s'est approché , jette devant lui, d'une main, la lettre du marquis à Léon, et saisit légèrement de l'autre main, celle que François tient encore ; il la cache précipitamment derrière lui , et montre du bout du doigt la lettre qui est à terre. Ce mouvement doit être très-rapide. )
ANTOINE , à François.
Tiens I tiens I tu laisses envoler ta conspiration...
FRANÇOIS , se précipitant dessus. ^ Morbleu I (// la T'amasse et regarde Antoine ai^ec défiaucc ,
Celui-ci a les yeux en l'air et ne parait pas s'occuper de ce qui se passe.) {A Placide. ) Mets les points sur les i...
PLACIDE , lisant.
« Mon cher fils... »
LE MARQUIS, à part, étonné.
Qu'entends-je?...
PLACIDE
Tiens!... c'est à son fils qu'il écrit... Mon père devrait bien en faire autant... Enfin, depuis deux mois que je suis parti de Laval...
FRANÇOIS , à Placide.
Ve ux-tu lire I
PLACIDE, lisant.
«Je suis loin de te blâmer d'avoir défendu ton pays... >»
FB-ANçois , étonné.
Comment , il y a ça ?
Eh bien ! voilà un drôle de conspirateur î LE MARQUIS , surpris et à part.
C'est ma lettre à Léon !
ANTOINE , après avoir fait un signe d^ intelligence au marquis.
Faut voir... parce que queuque fois, c'est comme ça en commençant, et puis... {A Placide.) Continue.
PLACIDE , lisant,
« Le premier devoir d'un Français est de sacrifier
ses jours au salut de sa patrie. »
ANTOINE
Qu'est-ce que tu dis?
PLACIDE, répétant.
« Au salut de sa patrie!... »
ANTOINE , de même , af^ec emphase.
Au salut de la patrie !
PLACIDE
C'est superbe !
ANTOINE , à François.
Qu'est-ce que tu viens donc nous chanter, avec ta conspiration ?
FRANÇOIS , Stupéfait.
Mais...
• ANTOINE, s' animant.
Voilà comme ou compromet les braves {jcus !
PLACIDE , de même.
Oui, voilà ceux qu'on arrête !... C'est comme moi ! estce que je devrais être ici?... Après m'être si bien montre clans mon département!... enfin, je suis le premier qui ai mis un homme à ma place pour aller repousser les Prussiens.
Antoine, s'échauffant aussi, à François.
C'est-à-dire que c'est toi qui conspires dans ce moment-ci.
FRANÇOIS
Comment?
PLACIDE
Il a raison... tu conspires, je t'en préviens I...
ANTOINE
Et si on te dénonçait?...
PLACIDE
Ah !... ça serait drôle , s'il allait en prison I... Il serait obligé de se surveiller lui-même. . . Continuons...
FRANÇOIS , lui arrachant la lettre.
C'est assez!... je m' la frai ach'ver par un autre.
ANTOINE , bas au marquis.
Il n'y arien de dangereux?
LE MARQUIS , bas.
Non!...
FRANÇOIS , qui s'est aperçu de ce mouvement. Hum ! . . Quant à toi, tu auras à répondre d'tes principes. . . .T'suis t'imbu qu' tu n'es point. . . ce que tu es. . . on prétend que t'est ici sur un faux nom... J 'éclair cirai la chose, et j'en ferai un rapport circonstanciel.
ANTOINE .^pendant qu'il sort.
Et toi... ça n'empêche pas que tu conspires!...
(François sort. )