ANTOINE, JULES
{Ils entrent de côté , Jules donne toujours le bras à Antoine.) JULES.
Que viens-tu de m'apprendre , mon bon Antoine?
ANTOINE
Oui, ce coffre est ici... c'est moi qui l'ai caché ; c'est votre héritage, et grâce au ciel, je puis enfin vous le rendre.
JULES
En vérité , cela me paraît un rêve !
ANTOINE , baissant la voix.
Chutl... nous sommes arrivés... {Emu.) M. Jules, voilà le château de vos pères î
(Il 6tc son chapeau d'une main tremblante. )
JULES , se découi^rant aussi.
Quel silence ! quel abandon î
Il aura besoin de quelques réparations... {Lui prenant la main. ) Vous les ferez, mon enfant?...
JULES
Ah I te le promets I... N'est-ce pas ici que mon père a reçu le jour?
ANTOINE
Oui... mais songeons à votre lortiinc... attendez que je rassemble mes idées... c'était à droite et... (// se retourne cl aperçoit une porte. ) AIi ! !..
JULES
Quoi donc?
ANTOINE
La chambre de M. le marquis î ( Plus vn^ement. ) Voilà îa sonnette qui m'appelait le matinl... elle y est encore... mais la main qui la faisait retentir... {se cachant la figure) elle n'y est plu^ I...
JULES
Antoine!..* ces souvenirs vous troublent... vous agitent beaucoup trop !
ANTOINE
Non, ne craignez rien; mon enfant^ c'est de ce côté... (// s'arrête tout-à-coup devant un passage. ) Que vois-je?...
JULES
Qu'avez-vous ?
ANTOINE, très-troublé. C'est par là qu'ils sont venus pour arrêter mon maître , qu'ils l'ont emmené... Je les vois encore... ces figures sinistres. . . ces flambeaux . . .
JULES , alarmé.
Antoine !...
ANTOINE , perdant peu à peu la raison Ecoutez. . . entendez-vous marcher dans le petit escalier ?
JULES
Non, non... vous vous trompez!...
ANTOINE , le regard fixe.
Si. . . ce sont eux. . . je reconnais leurs pas !. . .
JULES , au désespoir.
Ah î mon Dieu ! sa raison s'égare î
ANTOINE , l'entraînant de côté.
Que veulent-ils?... vous enlever aussi... m'enlever mon enfant, ma dernière consolation... Non... cachez-vous là, dans mes bras... ils me tueront avant de vous atteindre.
JULES
Mon ami î
ANTOINE , à voix basse , et le tenant serré dans ses bras. Ne dites rien... ils ne vous verront pas !
( Sa tète retombe sur les bras de Jules. )
m 10 m SCÈNE XI.
Les mêmes, LE VICOMTE.
LE VICOMTE, accourant.
Eh bien? eh bien? sommes-nous en mesure?... Leblanc consent à tout... Où est le million?
JULES, soutenant Antoine. IlclasI Tout est perdu ! {Montrant Antoine. ) Regardez !
LE Y ICOMT E , l'aidant à asseoir Antoine. Ah! juste ciel!... et Leblanc qui me suit avec tout le village. ^