SCÈNE PREMIÈRE
M>"e DE LINSBOURG, OLIVIER ^ OLIVIER.
Quoi-, ma tante , vous voilà à Dusseldorf , . . vous avez pu vous décider à quitter votre terre?
M""" DE LINSBOURG.
Ce n'est pas sans peine, mon cher Olivier. . . Voyager dans cette saison ... et à mon âge ... il a fallu toute ma tendresse pour ma chère Mathilde.
OLIVIER
Elle vous a donc écrit ? . . .
M™^ DE LINSBOURG.
Oui, la lettre la plus singulière , à laquelle je n'ai rien pu comprendre . . Ces petites filles ne s^'expliquent jamais qu'à moitié. . . je m'én souviens. . .
Aia du vaudeville de V Anonyme, Comme elle aussi, jadis, dans ma jeunesse. J'étais timide et ne parlais jamais. . . En fait d'hymen et même de tendresse Je déguisais mes sentimens secrets. . .
Et dans mon cœur l'amour qui pouvait naître, Par la pudeur fut si bien combattu , Que bien des gens l'ont pu savoir peut-être ,
ais mon mari n en a jamais rien su.
^ Le premier acteur inscrit tient toujours la gauche du spectateur.-
Tout ce mie j'ai pu voir dans sa lettre... c'est qu'elle était triste, malheureuse... j'ai pris la poste aussitôt... et me voilà...
OLIVIEK.
Ahî c'est le ciel qui vous envoie . . . moi d'abord je n'ai plus d'espoir qu'en vous. . .
M DE LINSBOURG.
Que se passe-t-il donc ?
OLIVIER
On la marie aujourd'hui même.
M""' DE LINSBOURG,
Mathilde î
OLIVIER
Oui , ma lan!e. . .
M"" DE LINSBOURG.
Aujourd hui P
OLIVIER
Dans deux heures.. . Toute la ville de Dusseldorf est invitée. . . on se rassemble déjà dans l'autre salon. . .
M"' DE LINSBOURG.
Kst-il possible ! . . .
Vous avez dû voir les voilures dans la cour. . . les cochers avec les bouquets. . . ce mouvement. . . ces préparatifs... Et moi-même, quoique j'en enrage, car vous savez combien j'aime ma cousine, vous me voyez obligé de faire les honneurs, en grande tenue , Thabit noir et les gants blancs.
M"" DE LINSBOURG.
S.Tiis me prévenir , sans daigner me consulter. . . moi , sa lanle ... la veuve du président de Linsbourg.
OLIVIER
Je vous dis que c'est une infamie I
M'" DE LINSBOURG.
Mais je devais m'altendrc à tout de la part de son tuteur... l'être le plus ridicule, le plus sot... un IVl*^ lUidmann, un vieux négociant qui n'a que dj vieilles idées , car tout est vieux chez lui , jusqu'à sa sociélé , où il n'admet que des douairières... Aussi j'ai bien juré de n'y jamais mettre
les pkds. . . Ah! mon Dieu, à propos de cela , esl-ce que je ne suis pas che* lui, par hasard?
OLIVIER
Non.. . cet hôtel est celui de de Bruchsal le
futur en question ...
M""' DE LINSBOURG.
Comment ! la noce se fait chez le marié ?
OLIVIER
Le tuteur a trouvé cela plus économique,
M"** DE LINSBOURG.
Mais ça ne s'est jamais vu : c'est de la dernière inconvenance . . c'est fort beau du reste. . . Il est donc riche cet homme ?
OLIVIER
Que trop ... il a une terre superbe k six lieues de Dusseldorf , qu'il avait fait acheter, ainsi que cet hôtel, quand on le nomma intendant des finances de cette province.
M™" DE LINSBOURG.
AiB. du vaudeville de Partie et Revanche. Avant d'arriver il commence Par acque'rir cet hôtel élégant ;
Puis une maison de plaisance ...
OLIVIER
Un fonctionnaire prudent , N'eût-il pas même un sou vaillant , Si, dans la finance , par grâce, 11 obtient un poste important , Peut acheter sitôt qu'il entre en place , Bien sûr de payer en sortant.
Depuis un an il n'éiail pas encore venu à Dusseldorf , et la première fois qu il y fait un voyage , c'est pour in'eniever ma cousine.
M™" DE LINSBOURG.
Et tu Tas souffert ! toi qui es si mauvaise tête ?
OLIVIER
Parbleu ! si ce n'était son âge ...
M™' DE LINSBOURG.
Son âge ! comment . . . c'est un vieillard ?
OLIVIER
Eh ! sans doute , voilà une heure que je vous le dis. . . plus de soixante ans.
M™" DE LINSBOURG.
Soixante ans ! . . . quelle horreur!. . . moi qui me suis toujours figuré son mari un heau jeune homme, les yeux
noirs, l'air sentimental Soixante ans 1 je ne la
laisserai pas sacrifier ainsi . . .
OLIVIER , se frottant les mains.
C'est cela, ma tante, parlez pour moi.
M"' DE LINSBOURG.
Laisse-moi faire... Eh ! justement la voici, cette chère enfant.