‹ Le vieux mari; comédie-vaudeville en deux actesChapitre 3 sur 367 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

M>"e DE LINSBOURG, OLIVIER ^ OLIVIER.

Quoi-, ma tante , vous voilà à Dusseldorf , . . vous avez pu vous décider à quitter votre terre?

M""" DE LINSBOURG.

Ce n'est pas sans peine, mon cher Olivier. . . Voyager dans cette saison ... et à mon âge ... il a fallu toute ma tendresse pour ma chère Mathilde.

OLIVIER

Elle vous a donc écrit ? . . .

M™^ DE LINSBOURG.

Oui, la lettre la plus singulière , à laquelle je n'ai rien pu comprendre . . Ces petites filles ne s^'expliquent jamais qu'à moitié. . . je m'én souviens. . .

Aia du vaudeville de V Anonyme, Comme elle aussi, jadis, dans ma jeunesse. J'étais timide et ne parlais jamais. . . En fait d'hymen et même de tendresse Je déguisais mes sentimens secrets. . .

Et dans mon cœur l'amour qui pouvait naître, Par la pudeur fut si bien combattu , Que bien des gens l'ont pu savoir peut-être ,

ais mon mari n en a jamais rien su.

^ Le premier acteur inscrit tient toujours la gauche du spectateur.-

Tout ce mie j'ai pu voir dans sa lettre... c'est qu'elle était triste, malheureuse... j'ai pris la poste aussitôt... et me voilà...

OLIVIEK.

Ahî c'est le ciel qui vous envoie . . . moi d'abord je n'ai plus d'espoir qu'en vous. . .

M DE LINSBOURG.

Que se passe-t-il donc ?

OLIVIER

On la marie aujourd'hui même.

M""' DE LINSBOURG,

Mathilde î

OLIVIER

Oui , ma lan!e. . .

M"" DE LINSBOURG.

Aujourd hui P

OLIVIER

Dans deux heures.. . Toute la ville de Dusseldorf est invitée. . . on se rassemble déjà dans l'autre salon. . .

M"' DE LINSBOURG.

Kst-il possible ! . . .

Vous avez dû voir les voilures dans la cour. . . les cochers avec les bouquets. . . ce mouvement. . . ces préparatifs... Et moi-même, quoique j'en enrage, car vous savez combien j'aime ma cousine, vous me voyez obligé de faire les honneurs, en grande tenue , Thabit noir et les gants blancs.

M"" DE LINSBOURG.

S.Tiis me prévenir , sans daigner me consulter. . . moi , sa lanle ... la veuve du président de Linsbourg.

OLIVIER

Je vous dis que c'est une infamie I

M'" DE LINSBOURG.

Mais je devais m'altendrc à tout de la part de son tuteur... l'être le plus ridicule, le plus sot... un IVl*^ lUidmann, un vieux négociant qui n'a que dj vieilles idées , car tout est vieux chez lui , jusqu'à sa sociélé , où il n'admet que des douairières... Aussi j'ai bien juré de n'y jamais mettre

les pkds. . . Ah! mon Dieu, à propos de cela , esl-ce que je ne suis pas che* lui, par hasard?

OLIVIER

Non.. . cet hôtel est celui de de Bruchsal le

futur en question ...

M""' DE LINSBOURG.

Comment ! la noce se fait chez le marié ?

OLIVIER

Le tuteur a trouvé cela plus économique,

M"** DE LINSBOURG.

Mais ça ne s'est jamais vu : c'est de la dernière inconvenance . . c'est fort beau du reste. . . Il est donc riche cet homme ?

OLIVIER

Que trop ... il a une terre superbe k six lieues de Dusseldorf , qu'il avait fait acheter, ainsi que cet hôtel, quand on le nomma intendant des finances de cette province.

M™" DE LINSBOURG.

AiB. du vaudeville de Partie et Revanche. Avant d'arriver il commence Par acque'rir cet hôtel élégant ;

Puis une maison de plaisance ...

OLIVIER

Un fonctionnaire prudent , N'eût-il pas même un sou vaillant , Si, dans la finance , par grâce, 11 obtient un poste important , Peut acheter sitôt qu'il entre en place , Bien sûr de payer en sortant.

Depuis un an il n'éiail pas encore venu à Dusseldorf , et la première fois qu il y fait un voyage , c'est pour in'eniever ma cousine.

M™" DE LINSBOURG.

Et tu Tas souffert ! toi qui es si mauvaise tête ?

OLIVIER

Parbleu ! si ce n'était son âge ...

M™' DE LINSBOURG.

Son âge ! comment . . . c'est un vieillard ?

OLIVIER

Eh ! sans doute , voilà une heure que je vous le dis. . . plus de soixante ans.

M™" DE LINSBOURG.

Soixante ans ! . . . quelle horreur!. . . moi qui me suis toujours figuré son mari un heau jeune homme, les yeux

noirs, l'air sentimental Soixante ans 1 je ne la

laisserai pas sacrifier ainsi . . .

OLIVIER , se frottant les mains.

C'est cela, ma tante, parlez pour moi.

M"' DE LINSBOURG.

Laisse-moi faire... Eh ! justement la voici, cette chère enfant.

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