SCÈNE VIII
DOMINIQUE, LOUISE , dans le fond.
LOUISE , à part.
Bon!... le vieux est parti!...
DOMINIQUE , sans la "voir , et éciwant toujours. Avec ça, que j'aime les blondes, moi!... mais, dans notre position. .
LOUISE , à part.
Notre position î...
DOMINIQUE , de même.
N' faut pas se laisser surprendre...
LOUISE , à part.
Qu'entends-je ?
DOMINIQUE , qui entend quelque bruit.
Qu'est-ce que c'est?,.. (// l'aperçoit. ) He'!... la petite espiègle, qui fait une reconnaissance.
[Il met son papier dans sa poche. ) LOUISE, d'un air ingénu.
Moi!... je venais voir si vous aviez fini...
DOMINIQUE , courant à elle.
Oui... et nous allons commencer nous deux, ma belle... Comment vous appelez-vous donc ?
LOUISE
Pourquoi voulez-vous le savoir?...
DOMINIQUE, a{^ec emphase.
Pour me rappeler vos attraits. . .
LOUISE , ai^ec un regard.
Vous aurez besoin de mon nom pour ça?
DOMirv'IQliE.
Du tout... mais pour ne pas mêler les souvenirs !... C'est si gauche de dire : Je me rappelle que j'ai bien aimé mamzelle... chose.,, j' sais pas son noml...
LOUISE
Yous avez le temps de l'apprendre... [Ai^cc intention.) puisque vous passez vos quartiers d'hiver ici.
DOMINIQUE, ai'ec embarras.
C'est vrai... mais n'importe... je tiendrais à savoir...
LOUISE
Eh bien!... je m'appelle... Catherine.
DOMINIQUE, ai^ec joie y et lui prenant la main. Catherine!... mi nom français! J'avais peur d'une Zéliska, Sophiska, ou Potoska.
LOUISE , se défendant.
Yous allez recommencer !... je vous l'ai dit , je n'aime pas les Français , moi ; ce sont tous des trompeurs.
DOMINIQUE
Là, c'est une infamie! ils ont gâte' le métier... pas moyen d'être constant... ou de le faire croire. . quand ces gaillards-là ont passé quelque part!... Mais moi , Catherine , je ne suis pas comme les autres.
LOUISE
Yous ne valez pas mieux !
DOMINIQUE
Si... parole d'honneur... donnez-moi seulement un petit baiser , et. . .
LOUISE , s'éloignant.
Un baiser ! . . . par exemple !
DOMINIQUE! , la menaçant du doigt.
Yous avez peur que votre amoureux vous voie... je n'en dirai rien...
LOUISE
Mon amoureux ! je n'en ai pas.
DOMINIQUE
Est-il possible!... Ils sont donc aveugles, ces imbécilles-là!... Commcînt! avec c'te grâce! c'te g(;ntillesse ! et puis un bon cœur... car je suis sûr que vous avez un bon cœur... Dès que je vous ai vue, je suis dit : Voilà une bonne petite femme qui serait incapable de tronq)er quelqu'un... de lui faire du chagrin... (/.oz/w' /r//V un mowemcnt.) Eh mais !... qu'avez-vous donc?
LOUISE , émue.
Moi !... rien...
DOMINIQUE , lui tenant la main.
Vous tremblez?...
LOUISE , se remettant.
Oui... parce que... je pensais que c'était là... lelangag que vous teniez avec toutes celles que vous avez aban données... {finement) ce que vous e'criviez peut-être Tune d'elles , quand je suis arrivée.
DOMINIQUE
Comment I vous avez vu. . .
LOUISE
Une lettre que vous avez cachée là...
DOMINIQUE
Ces petites filles , ça voit tout !
LOUISE
Air : Est-il supplice égal. (Amédée de Beauplan.) Je suis sûre , entre nous , Que c'est un billet doux.
DOMINIQUE
Non vraiment, sur mon âme.
LOUISE
Cela ne se dit pas j
Mais à votre embarras,
J' vois qu' c'est pour une femme.
N'en croyez rien...
Si je vous r prouve... Eh! bien...
Voulez-vous me promettre...
Ce doux baiser Qu' l'on vient d'me refuser.
LOUISE, souriant.
Voyons d'abord la lettre .
/ [A part.
I Je le tiens... je le voi, I Son secret esta moi, I Quel trouble dans son âme, I II me résiste en vain , 1 1l va céder soudain 1 Au pouvoir d'une femme.
ENSEMBLE. / j>ouimQVE , à part.
QueLespoir j'entrevoi , Car elle est , je le croi, Jalouse au fond de l'âme !
On me résiste en vain, Un hussard doit soudain ' Triompher d'une femme .
DEUXIÈME COUPLET
DOMINIQUE , tenant le papier.
Lisez-vous bien ?
LOUISE
Moi, je n'y connais rien.
DOMINIQUE
Alors , j' vais vous la dire. . .
Montrez... je l'veux !
Des lettres d'amoureux S' devin'nt. . . sans savoir lire ! . . . DOMINIQUE, parlant.
Tenez. (// Ut.) Mes braves camarades.
LOUISE, à part, lisant par-dessus son épaule. Nous partons cette nuit !
DOMINIQUE , il l'embrasse.
Vous voyez bien que ce n'est pas pour une femme.
LOUISE
Eh bien ! monsieur. . .
DOMINIQUE
Ah ! c'était le marché. . .
( A part. ) Quel espoir j'entrevoi , Quel bonheur, car je croi Queir m'aime au fond de l'âme , J'en étais bien certain.
Un hussard doit soudain , Triompher d'une femme ! . . .
LOUISE , a part.
Je le tiens, je le voi, Son secret est à moi.
Quel trouble dans son âme, Il résistait en vain , ^ 11 faut céder soudain , Au pouvoir d'une femme !
[Dominique s'esquive par la droite.)