‹ Le vieux mari; comédie-vaudeville en deux actesChapitre 358 sur 367 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

LOUISE, PATERNICR, cacAe.

PATERNICK, à part.

Oli I quelle trahison I LOUISE , le regardant sortir et mettant la main sur son cœur. Je suis contente de moi I

PATERNICK, se montrant un peu.

Il y a de quoi...

LOUISE

Courons maintenant m'informer... {Elle oja pour sortir par la droite et se trouç^e nez à nez ai^ec Pater nick ; elle jette un cri. ) Ahi !...

C'est très-joli!...

LOUISE, troublée.

Vous m'avez l'ait peur!... Comment, vous étiez là?...

PATERNICK, croisant les bras.

Et j'ai tout entendu !. . .

ENSEMBLE

^ Zii5 0^

LOUISE , à part.

C'est fait de nous !... {Haut et s' efforçant de sourire. ) Eh bien!... quoi?... qu'est-ce que vous avez entendu?...

PATERNICK.

Elle ose le demander !... tu oses le demander... transfuge ?... Qu'on trahisse, c'est bien... ça peut arriver aux plus honnêtes gens ! mais qu'on vienne encore vous dire avec un petit air... Qu'est-ce qu'il y a?... qu'est-ce que vous me demandez?.., je ne vous connais pas ! ... Quand ici , à cette place... j'ai vu signer le traite' d'alliance sur votre main!.., j'ai entendu... deux signatures!...

LOUISE , à part.

Je respire ! {Haut.) V'ià tout ce que vous avez entendu ?

PATERWICK.

Ce n'est pas assez peut-être...

LOUISE , affectant un air gai.

Alors, j'ai donc bien réussi! puisque vous-même, vous avez été dupe ! . . ,

Dupe!... comment?... ce baiser était une feinte?...

LOUISE , finement.

Eh'! sans doute...

Air : Je n'ai point vu ces bosquets de lauriers. Vous l'aviez dit , vous vouliez tout savoir, Il fallait bien employer l'artifice...

Pour obtenir es que l'on veut avoir, Il faut souvent fair' plus d'un sacrifice ! . . . Près d'un enn'mi , nos p'tits moyens tompeurs Sont bien plus siirs que tout's vos grandes trames ! C'est un sourire, un mot, un r'gard flatteurs... Pour réussir... accorder quelqu's faveurs, C'est la politique des femmes.

PÂTERNICK.

Il serait possible !.. . elle s'est laissée embrasser.;, par esprit national I

LOUISE , feignant de pleurer.

Certainement , et vous n'êtes qu'un ingrat ! après tout ce que je fais pour vous !

PATERNICK.

O mon amie!... bien vrai... vous n'avez pas trahi?

LOUISE

Sans moi... ils seraient déjà loin... ils voulaient s'emparer de vous...

^ ii6

PATERNICK.

Ah! diable... non, un moment... la garnison d'Orcka ne sera ici qu'à deux heures...

LOUISE , frappée.

A deux heures !

PATERNICK.

J'ai reçu la réponse... douze cents hommes. . . solides... qui s'empareront de la porte Saint-Jérôme.

LOUISE , à part.

La porte Saint-Jérôme , juste le moment que je leur ai indqué... ils sont perdus!... {Elle réfléchit. ) Que faire?.., pAternick.

Air : p^ous chantiez sur cette route.

Pour m' aider dans la bagarre, J'aurai des coSaq's fort beaux, D' mon n'veu , superbe Tartare , J' prends la lance et le schakos. . .

Grâce à la grande casaque , Aux moustaches de longueur!...

J'aurai bien l'air d'un cosaque, Je s'rai laid à faire peur. {bis.)

y les conduirai ; et au même coup de deux heures, la milice bourgeoise quitte le bonnet de nuit pour le bonnet de police... s'assemble sur cette place et arrête tous mes gaillards à domicile ! Ah ! ah !...

LOUISE , froidement Oui! vous croyez ça?... Eh bien! c'est ce qui vous trompe... tout est manqué...

PATERWICK , Stupéfait.

Bah!...

LOUISE

Ils VOUS échappent ! . . .

pAternick.

Parole d'honneur?...

Ils partent dans un quart-d'hqure. . . et vos douze cents hommes , vos cosaques ne trouveront plus personne ! PATERNICK , étourdi.

Dieux!... je cours rassembler ma milice bourgeoise?...

LOUISE

Vous ne pourrez pas sortir... ils ont placé des sentinelles partout...

PATERNiCR , regardant au fond.

C'est, ma foi, vrai... Me voilà bloqué !... et ces imbécilles de bourgeois qui ne se lèveront qu a deux heures... LOUISE, vwement.

Attendez,., il y a un moyen. .

PATERNICR.

Je l'adopte avec transport!...

LOUISE

Avancez cette horloge...

PATERWICK.

Vous croyez que ça les fera reculer ?

LOUISE

Faites sonner deux heures. {A part.) îls entendront le signal... la porte Saint-Jérôme sera ouverte... et ils sont sauvés...

PATERNICK.

Eh bien!... après?

LOUISE

Eh bien ! eh bien ! votre milice se mettra sur pied et pourra les arrêter jusqu'à ce que les autres viennent.

Idée victorieuse!.. Je ne crains qu'une chose.

LOUISE

Quoi donc ?

PATERWICK.

Mes chers concitoyens ne sont pas très-vifs , et avant qu'ils aient dit adieu à leurs femmes , allumé leurs chandelles, trouvé leurs fusils...

LOUISE , à part.

C'est bien là-dessus que je compte ! {Haut. ) Eh! non , les Français surpris, en désordre, ne songeront pas même à se défendre , et vous en aurez plus d'honneur !

PATERNICK, électrisé.

Elle a raison !.. - Ravissante fille !. . . Va ! tu mérites bien d'être la moitié d'un héros, \iens, qu'un chaste baiser.., LOUISE, le poussant.

Dépêchez- vous !.. .

PATERWICK.

C'est juste.

(// approche la table de l'horloge , place une chaise dessus et se met à grimper. )

LOUISE

Ne faites pas de bruit...

pAternicr, montant.

Cette petite fenêtre donne sur la grande place, je commanderai de là les manœuvres,

LOUISE, à part.

Je tremble...

kiR : Taisons-nous . ( De Théobald. )

[A voix h as s se.) Taisons-nous, [bis.) Craignons quelque surprise.

PATERisiCK , s' accrochant aux barreaux de la fenêtre , a droite , et le pied sur la chaise.

Non, tout nous favorise, Et les livre à nos coups !

LOUISE

Taisez-vous!

PATERNiCK , tournant V aiguille .

Taisons-nous.

TOUS DEUX

Taisons-nous.

[Silence. Au moment où. l'aiguille marque deux heures , on entend sonner les deux coups. )

LOUISE , ai^ec anociété et écoutant à gauche. Rienl..

[Reprenant l'air. ) J'ai beau prêter l'oreille...

Je crois que tout sommeille...

O ciel ! protége-nous !

[Elle ouvre tout doucement le cofitrevent de la fenêtre , a gauche, et au clair de la lune, on aperçoit les capotes grises des Français qui passent sur la terrasse et descendent l'escalier. )

[Bas.)

Les voici ! . . . Taisez-vous ! . . .

l'ATERNicK, regardant par la petite fenêtre. Oui ! ça marche à merveille, Tout not' mond' se réveille , Bourgeois... accoure/, tous...

Va surtout, taisez-vous!

CHOEUB DE FRANÇAIS , en sourdine , pendant qu'ils défilent sur la terrasse.

Marchons , prêtons l'oreille . . .

Je crois que tout sommeille , Venez., o suivez-nous!

Mes amis, taisons-nous, Garde à nous.

{La musique continue en sourdine jusqu'à la fin de l'acte^ ) PATERWICK, à la fcnelre.

Un... deux... trois... Allons donc, tvaînaixîs. . . LOUISE, bas à Dominique ^ qui paraît sur la terrasse. En sortant, jetez-vous dans le bois à gauche, pouv éviter la garnison d'Orcka.

DOMINIQUE, bas et voulant V entraîner.

Venez nous montrer le chemin.

pAternick, se retournant.

HeinI que vois-je? Les bonnets à poil qui se sauvent!

LOUISE

O ciel....

PATERNICK.

Louise , arrêtez-les... mes bourgeois ne sont encore que cinq I

DOMINIQUE, entra:înant Louise.

Venez vite I

PATERNICK , criant.

Eh bien! ils font même des prisonniers... attendez!... {Il fait un mowement pour descendre ^ Dominique s'élance , renverse la table et la chaise, Paternick reste suspendu, le pied sur une corniche du mur et la main accrochée aux barreaux de la fenêtre. Criant à la fenêtre et se débattant :) Au secours !... à moi , Russie!... Allons , le tambour de la milice les empêche de m'entendre !... Au diable les imbécilles!

( Le tambour bat a droite , les Français continuent a défiler. La toile tombe, )

tllS DU SECOND ACTE.

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