SCÈNE IX
LOUISE, PATERNICR, cacAe.
PATERNICK, à part.
Oli I quelle trahison I LOUISE , le regardant sortir et mettant la main sur son cœur. Je suis contente de moi I
PATERNICK, se montrant un peu.
Il y a de quoi...
LOUISE
Courons maintenant m'informer... {Elle oja pour sortir par la droite et se trouç^e nez à nez ai^ec Pater nick ; elle jette un cri. ) Ahi !...
C'est très-joli!...
LOUISE, troublée.
Vous m'avez l'ait peur!... Comment, vous étiez là?...
PATERNICK, croisant les bras.
Et j'ai tout entendu !. . .
ENSEMBLE
^ Zii5 0^
LOUISE , à part.
C'est fait de nous !... {Haut et s' efforçant de sourire. ) Eh bien!... quoi?... qu'est-ce que vous avez entendu?...
PATERNICK.
Elle ose le demander !... tu oses le demander... transfuge ?... Qu'on trahisse, c'est bien... ça peut arriver aux plus honnêtes gens ! mais qu'on vienne encore vous dire avec un petit air... Qu'est-ce qu'il y a?... qu'est-ce que vous me demandez?.., je ne vous connais pas ! ... Quand ici , à cette place... j'ai vu signer le traite' d'alliance sur votre main!.., j'ai entendu... deux signatures!...
LOUISE , à part.
Je respire ! {Haut.) V'ià tout ce que vous avez entendu ?
PATERWICK.
Ce n'est pas assez peut-être...
LOUISE , affectant un air gai.
Alors, j'ai donc bien réussi! puisque vous-même, vous avez été dupe ! . . ,
Dupe!... comment?... ce baiser était une feinte?...
LOUISE , finement.
Eh'! sans doute...
Air : Je n'ai point vu ces bosquets de lauriers. Vous l'aviez dit , vous vouliez tout savoir, Il fallait bien employer l'artifice...
Pour obtenir es que l'on veut avoir, Il faut souvent fair' plus d'un sacrifice ! . . . Près d'un enn'mi , nos p'tits moyens tompeurs Sont bien plus siirs que tout's vos grandes trames ! C'est un sourire, un mot, un r'gard flatteurs... Pour réussir... accorder quelqu's faveurs, C'est la politique des femmes.
PÂTERNICK.
Il serait possible !.. . elle s'est laissée embrasser.;, par esprit national I
LOUISE , feignant de pleurer.
Certainement , et vous n'êtes qu'un ingrat ! après tout ce que je fais pour vous !
PATERNICK.
O mon amie!... bien vrai... vous n'avez pas trahi?
LOUISE
Sans moi... ils seraient déjà loin... ils voulaient s'emparer de vous...
^ ii6
PATERNICK.
Ah! diable... non, un moment... la garnison d'Orcka ne sera ici qu'à deux heures...
LOUISE , frappée.
A deux heures !
PATERNICK.
J'ai reçu la réponse... douze cents hommes. . . solides... qui s'empareront de la porte Saint-Jérôme.
LOUISE , à part.
La porte Saint-Jérôme , juste le moment que je leur ai indqué... ils sont perdus!... {Elle réfléchit. ) Que faire?.., pAternick.
Air : p^ous chantiez sur cette route.
Pour m' aider dans la bagarre, J'aurai des coSaq's fort beaux, D' mon n'veu , superbe Tartare , J' prends la lance et le schakos. . .
Grâce à la grande casaque , Aux moustaches de longueur!...
J'aurai bien l'air d'un cosaque, Je s'rai laid à faire peur. {bis.)
y les conduirai ; et au même coup de deux heures, la milice bourgeoise quitte le bonnet de nuit pour le bonnet de police... s'assemble sur cette place et arrête tous mes gaillards à domicile ! Ah ! ah !...
LOUISE , froidement Oui! vous croyez ça?... Eh bien! c'est ce qui vous trompe... tout est manqué...
PATERWICK , Stupéfait.
Bah!...
LOUISE
Ils VOUS échappent ! . . .
pAternick.
Parole d'honneur?...
Ils partent dans un quart-d'hqure. . . et vos douze cents hommes , vos cosaques ne trouveront plus personne ! PATERNICK , étourdi.
Dieux!... je cours rassembler ma milice bourgeoise?...
LOUISE
Vous ne pourrez pas sortir... ils ont placé des sentinelles partout...
PATERNiCR , regardant au fond.
C'est, ma foi, vrai... Me voilà bloqué !... et ces imbécilles de bourgeois qui ne se lèveront qu a deux heures... LOUISE, vwement.
Attendez,., il y a un moyen. .
PATERNICR.
Je l'adopte avec transport!...
LOUISE
Avancez cette horloge...
PATERWICK.
Vous croyez que ça les fera reculer ?
LOUISE
Faites sonner deux heures. {A part.) îls entendront le signal... la porte Saint-Jérôme sera ouverte... et ils sont sauvés...
PATERNICK.
Eh bien!... après?
LOUISE
Eh bien ! eh bien ! votre milice se mettra sur pied et pourra les arrêter jusqu'à ce que les autres viennent.
Idée victorieuse!.. Je ne crains qu'une chose.
LOUISE
Quoi donc ?
PATERWICK.
Mes chers concitoyens ne sont pas très-vifs , et avant qu'ils aient dit adieu à leurs femmes , allumé leurs chandelles, trouvé leurs fusils...
LOUISE , à part.
C'est bien là-dessus que je compte ! {Haut. ) Eh! non , les Français surpris, en désordre, ne songeront pas même à se défendre , et vous en aurez plus d'honneur !
PATERNICK, électrisé.
Elle a raison !.. - Ravissante fille !. . . Va ! tu mérites bien d'être la moitié d'un héros, \iens, qu'un chaste baiser.., LOUISE, le poussant.
Dépêchez- vous !.. .
PATERWICK.
C'est juste.
(// approche la table de l'horloge , place une chaise dessus et se met à grimper. )
LOUISE
Ne faites pas de bruit...
pAternicr, montant.
Cette petite fenêtre donne sur la grande place, je commanderai de là les manœuvres,
LOUISE, à part.
Je tremble...
kiR : Taisons-nous . ( De Théobald. )
[A voix h as s se.) Taisons-nous, [bis.) Craignons quelque surprise.
PATERisiCK , s' accrochant aux barreaux de la fenêtre , a droite , et le pied sur la chaise.
Non, tout nous favorise, Et les livre à nos coups !
LOUISE
Taisez-vous!
PATERNiCK , tournant V aiguille .
Taisons-nous.
TOUS DEUX
Taisons-nous.
[Silence. Au moment où. l'aiguille marque deux heures , on entend sonner les deux coups. )
LOUISE , ai^ec anociété et écoutant à gauche. Rienl..
[Reprenant l'air. ) J'ai beau prêter l'oreille...
Je crois que tout sommeille...
O ciel ! protége-nous !
[Elle ouvre tout doucement le cofitrevent de la fenêtre , a gauche, et au clair de la lune, on aperçoit les capotes grises des Français qui passent sur la terrasse et descendent l'escalier. )
[Bas.)
Les voici ! . . . Taisez-vous ! . . .
l'ATERNicK, regardant par la petite fenêtre. Oui ! ça marche à merveille, Tout not' mond' se réveille , Bourgeois... accoure/, tous...
Va surtout, taisez-vous!
CHOEUB DE FRANÇAIS , en sourdine , pendant qu'ils défilent sur la terrasse.
Marchons , prêtons l'oreille . . .
Je crois que tout sommeille , Venez., o suivez-nous!
Mes amis, taisons-nous, Garde à nous.
{La musique continue en sourdine jusqu'à la fin de l'acte^ ) PATERWICK, à la fcnelre.
Un... deux... trois... Allons donc, tvaînaixîs. . . LOUISE, bas à Dominique ^ qui paraît sur la terrasse. En sortant, jetez-vous dans le bois à gauche, pouv éviter la garnison d'Orcka.
DOMINIQUE, bas et voulant V entraîner.
Venez nous montrer le chemin.
pAternick, se retournant.
HeinI que vois-je? Les bonnets à poil qui se sauvent!
LOUISE
O ciel....
PATERNICK.
Louise , arrêtez-les... mes bourgeois ne sont encore que cinq I
DOMINIQUE, entra:înant Louise.
Venez vite I
PATERNICK , criant.
Eh bien! ils font même des prisonniers... attendez!... {Il fait un mowement pour descendre ^ Dominique s'élance , renverse la table et la chaise, Paternick reste suspendu, le pied sur une corniche du mur et la main accrochée aux barreaux de la fenêtre. Criant à la fenêtre et se débattant :) Au secours !... à moi , Russie!... Allons , le tambour de la milice les empêche de m'entendre !... Au diable les imbécilles!
( Le tambour bat a droite , les Français continuent a défiler. La toile tombe, )
tllS DU SECOND ACTE.