SCÈNE II
Les mêmes, plusieurs Fourrageubs , apportant des branchages de pin , quils jettent dans le feu. les premiers soldats.
Allons donc , l'arrière-garde !
CHOEUR, entourant le feu.
Air: S ai^oir supporter ses malheurs. (Bénioski.) Allons , vit' du feu, mes amis j Que la flamme pétill' et s'élance , Et brille à nos regards surpris, Comme l'imag' de l'espérance.
TOUS, at^ecjoie.
Du feu , du feu , mes bons amis ! . . . {Ils entourent le foyer dans différentes positions j les uns assis , les autres couchés. Dominique est toujours sur Iç devant de la scène , prés de Louise , qui s'éveille. )
DOMINIQUE
EJi bien! ma petite Louise, comment vous trouvezvous?
[Prenant sa main. ) LOUISE , s'efforçant de sourire.
Je me sens mieux! car vous êtes sauvés, je l'espère maintenant... c'est tout ce que je voulais; et, dès que vos camarades seront de retour... qu'ils auront retrouvé la route , [ai^ec un soupir) je vous dirai adieu!
DOMINIQUE
Nous quitter !...
LOUISE
Eh! n\ais , il le faut bien..o
DOMINIQUE , interdit.
Pourquoi donc?...
LOUISE
Vous allez revoir votre patrie î... moi , je reste dans la mienne.
DOMINIQUE
Ah!... je ne pensais pas à cela... je m'étais figuré que vous auriez envie de voir la Fi ance ! c'est un si beau voyage! *
' LOUISE
Que dites-vous, monsieur Dominique , vous suivre !... moi !..
DOMINIQUE
Eh! oui; laissez-les dans leur pays du diable... avec, leurs visages de loups; vous ctcs trop gentille , vous jurez trop à côté d'eux... D'ailleurs , quand ils sauront ceî que vous avez fait pour nous , songez donc à quels mauvais traitemens vou,s serez exposée ! i
LOUISE
Ah! ce n'est pas là ce que je redoute! j'ai l'habitude: de soulTrir.
Et moi , voilà ce qui m'enrage ! Quand je pense que vous serez malheureuse, qu'on vous maltraitera... morbleu! je ne le soufirirai pas, et au risque de me faire (îcharper , je retournerai plutôt avec vous.
LOUISE , enrayée et (wec tendresse.
Oli î non... je vous en supplie... ils vous tueraient, et je s<!rais mille lois plus à plaindre.
DOMINIQUE , souriant.
Dame , alors. . . je ne vois qu'un moyen. . . si vous ne voulez pas que j'aille avec vous , il faut bien que vous veniez avec nous.
LOUISE, /missant les yeux.
Le puis-je?
DOMINIQUE
Et pourquoi pas?... comment! parce que je n'ai pas ajoute que je serais votre mari, vous supposez peut-être... fi donc !... ça va sans dire au moins , mamzelle , et quand un lionnète homme... un brave garçon... dit : J' vous aime... mais là, du fond du cœur... c'est comme s'il avait dit : Je vous offre ma main, voulez-vous être ma femme?
LOUISE
Moi î votre femme !... après ce que j'ai fait... avez-vous oublié. . .
DOMINIQUE
Non, morbleu I je ne l'ai pas oublié, et c'est à cause de ça...
Air : ^ soixante ans.
J' n'ai pas d' fortune , et pour qu'un jour j'avanee , 11 me faudrait encore plus d'un combat ; Mais, croyèz-moi, dans mon pays, en France, C'est quelque chos' qu' la femme d'un soldat !.. . Chacun respect' la femme d'un soldat j Est-ells veuve, et du malheur esclave, Eir trouv' bientôt mill' cœurs reconnaissans , Qui s' font honneur d'étr' ses appuis constans!... Car on se dit : C'est la 'veuve d'un brave ; Et la patrie adopte ses enfans.
LOUISE , attendrie.
Ah I si je n'écoutais que mon cœur...
DOMINIQUE
Eh bien! touchez-là. . . et partons I je serai fier de vous montrer à mon vieux père , à mes amis... je leur dirai... Voilà!... ma femme et trois blessures, c'est ce que j'ai trouvé de mieux en Russie...
LOUISE , émue.
Bon Dominique !. . . mais je n'abuserai pas de votre générosité; je vous aime trop pour vous charger de mon malheur î...
Air d' Arislippe.
Puisque votre eœur me pardonne , Je suis contente , adieu, partez...
Et chaque jour j' prierai Dieu qu'il vous donne Le bonheur que vous méritez. {bis.)
DOMINIQUE
Ah ! ce bonheur qui vient de m'apparaître Au hasard seul pourquoi F abandonner ?...-
Le ciel me le r'fus'ra peut-être...
Et vous pouvez me le donner ! . . .
LA SENTINELLE , de gauche.
Silence! j'entends marcher...
LES SOLDATS , écoutant
Attention ! . . .
LA SENTINELLE
Qui vive !.. .
MEUNIER , dans la coulisse^
France!...
TOUS , ai'ec joie.
C'est Meunier!..,