‹ Le vieux mari; comédie-vaudeville en deux actesChapitre 361 sur 367 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Les mêmes, plusieurs Fourrageubs , apportant des branchages de pin , quils jettent dans le feu. les premiers soldats.

Allons donc , l'arrière-garde !

CHOEUR, entourant le feu.

Air: S ai^oir supporter ses malheurs. (Bénioski.) Allons , vit' du feu, mes amis j Que la flamme pétill' et s'élance , Et brille à nos regards surpris, Comme l'imag' de l'espérance.

TOUS, at^ecjoie.

Du feu , du feu , mes bons amis ! . . . {Ils entourent le foyer dans différentes positions j les uns assis , les autres couchés. Dominique est toujours sur Iç devant de la scène , prés de Louise , qui s'éveille. )

DOMINIQUE

EJi bien! ma petite Louise, comment vous trouvezvous?

[Prenant sa main. ) LOUISE , s'efforçant de sourire.

Je me sens mieux! car vous êtes sauvés, je l'espère maintenant... c'est tout ce que je voulais; et, dès que vos camarades seront de retour... qu'ils auront retrouvé la route , [ai^ec un soupir) je vous dirai adieu!

DOMINIQUE

Nous quitter !...

LOUISE

Eh! n\ais , il le faut bien..o

DOMINIQUE , interdit.

Pourquoi donc?...

LOUISE

Vous allez revoir votre patrie î... moi , je reste dans la mienne.

DOMINIQUE

Ah!... je ne pensais pas à cela... je m'étais figuré que vous auriez envie de voir la Fi ance ! c'est un si beau voyage! *

' LOUISE

Que dites-vous, monsieur Dominique , vous suivre !... moi !..

DOMINIQUE

Eh! oui; laissez-les dans leur pays du diable... avec, leurs visages de loups; vous ctcs trop gentille , vous jurez trop à côté d'eux... D'ailleurs , quand ils sauront ceî que vous avez fait pour nous , songez donc à quels mauvais traitemens vou,s serez exposée ! i

LOUISE

Ah! ce n'est pas là ce que je redoute! j'ai l'habitude: de soulTrir.

Et moi , voilà ce qui m'enrage ! Quand je pense que vous serez malheureuse, qu'on vous maltraitera... morbleu! je ne le soufirirai pas, et au risque de me faire (îcharper , je retournerai plutôt avec vous.

LOUISE , enrayée et (wec tendresse.

Oli î non... je vous en supplie... ils vous tueraient, et je s<!rais mille lois plus à plaindre.

DOMINIQUE , souriant.

Dame , alors. . . je ne vois qu'un moyen. . . si vous ne voulez pas que j'aille avec vous , il faut bien que vous veniez avec nous.

LOUISE, /missant les yeux.

Le puis-je?

DOMINIQUE

Et pourquoi pas?... comment! parce que je n'ai pas ajoute que je serais votre mari, vous supposez peut-être... fi donc !... ça va sans dire au moins , mamzelle , et quand un lionnète homme... un brave garçon... dit : J' vous aime... mais là, du fond du cœur... c'est comme s'il avait dit : Je vous offre ma main, voulez-vous être ma femme?

LOUISE

Moi î votre femme !... après ce que j'ai fait... avez-vous oublié. . .

DOMINIQUE

Non, morbleu I je ne l'ai pas oublié, et c'est à cause de ça...

Air : ^ soixante ans.

J' n'ai pas d' fortune , et pour qu'un jour j'avanee , 11 me faudrait encore plus d'un combat ; Mais, croyèz-moi, dans mon pays, en France, C'est quelque chos' qu' la femme d'un soldat !.. . Chacun respect' la femme d'un soldat j Est-ells veuve, et du malheur esclave, Eir trouv' bientôt mill' cœurs reconnaissans , Qui s' font honneur d'étr' ses appuis constans!... Car on se dit : C'est la 'veuve d'un brave ; Et la patrie adopte ses enfans.

LOUISE , attendrie.

Ah I si je n'écoutais que mon cœur...

DOMINIQUE

Eh bien! touchez-là. . . et partons I je serai fier de vous montrer à mon vieux père , à mes amis... je leur dirai... Voilà!... ma femme et trois blessures, c'est ce que j'ai trouvé de mieux en Russie...

LOUISE , émue.

Bon Dominique !. . . mais je n'abuserai pas de votre générosité; je vous aime trop pour vous charger de mon malheur î...

Air d' Arislippe.

Puisque votre eœur me pardonne , Je suis contente , adieu, partez...

Et chaque jour j' prierai Dieu qu'il vous donne Le bonheur que vous méritez. {bis.)

DOMINIQUE

Ah ! ce bonheur qui vient de m'apparaître Au hasard seul pourquoi F abandonner ?...-

Le ciel me le r'fus'ra peut-être...

Et vous pouvez me le donner ! . . .

LA SENTINELLE , de gauche.

Silence! j'entends marcher...

LES SOLDATS , écoutant

Attention ! . . .

LA SENTINELLE

Qui vive !.. .

MEUNIER , dans la coulisse^

France!...

TOUS , ai'ec joie.

C'est Meunier!..,

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