‹ Le vieux mari; comédie-vaudeville en deux actesChapitre 43 sur 367 · BLOUM, CATHERINE · texte numérisé non relu

BLOUM, CATHERINE

CATHERINE

Eh ben î... quoi donc , mon père? ine voilà.

BLOUM

Qu'est-ce que vous faisiez là haut, mam'zelle? Vous vous regardiez encore au miroir, je parie... au lieu de vous occuper , de travailler.

CATHERINE

C'est ça, toujours travailler... Si vous croyez que c'est amusant.

BLOUM

Petite sotte ! tu t'imagines que c'est comme ça que l'on trouve un mari ? . J'y renonce , vas , jamais tu n'auras cet esprit-là.

CATHERINE

Ah! bien oui mais je n'y renonce pas, et pour

preuve de ça, c'est que j'en ai trouvé un mari.

BLOUM

Toiî...

CATHERINE , souriaut.

Je ne voulais pas vous le dire, parce qu'on m'a recommandé le secret... mais je n'y tiens plus, [àmi-voix.) Oui, mon père, un mari !... Mais dame, pas un mari comme un autre... pas un paysan I

BLOUM

Oui dà!... et c'est?

CATHERINE , à soTfi oreUic.

Rlonsieur Ferdinand !...

BLOUM

Monsieur Ferdinand ! le neveu de madame la baronne... son unique héritier?...

CATHERINE

Et colonel encore!., rien (juc ça!...

BLOUM

Miséricorde!... tout 8'cx{)li(|ue , petite malheureuse! sais-tu bien à quoi lu m'exposes?

CATHEKINB.

Tiens, je vous expose à ^trc le beau-père d'un baron... il me semble <pic ça ne vous compromet pas!,..

BLOU Aî .

Il veutt'épouser, lui... laisse-moi tranquille... il dit ça à tout le monde.

CATHERINE

Eh bien ! alors pourquoi ne voulez-vous pas qu'il me l'ait dit comme aux autres ?

BLOtJM.

C'est que je ne puis croire... voyons , conte-moi bien tout ce qui s'est passé , ne me cache rien , que je tâche de racommoder cela...

CATHERINE

Voilà comme c'est arrivé: vous vous rappelez ce petit Pierre que j'aimais tant...!

BLOTJM.

Oui....

CATHERINE

C'est-à-dire... je l'aimais... je croyais l'aimer... parce que quand il yen a trois ou quatre qui vous font la cour à la fois, on n'est jamais bien sûre... moi surtout, qui n'ai pasbeaucoup de tête et qui m'embrouille facilement., mais c'est égal, je crois que je l'aimais , d'autant que vous n'vouliez pas que j' l'épouse.

BLOUM

Parbleu , il n'avait rien.

CATHERINE

C'est ce que me disait M. Ferdinand quand il est revenu de l'armée!... aussi, dans mon intérêt, il engagea Pierre dans son régiment, le fit caporal, et l'envoya en garnison bien loin, bien loin... pour le faire avancer.

BLOUM

C'était d'un bon maître....

CATHERINE

AiH : De ia Jeune Coquette. (Amédée Beauplan.)

Oui, mais moi j'pleurais , Je m'désolais De son absence , Lui, matin et soir Par complaisance Venait me voir...

Pour m'en parler Et pour me consoler.

Il m'apportait de ses nouvelles; Il m'disait les chos's les plus belles : Il fallait bien l'écouter... car C'était pour Pierre et de sa part... Puis il me jurait

Que Pierr' mourait ! De sa tendresse.. i

11 m'attendrissait Et puis sans cesse Il m'embrassait, Pour m'en parler Et pour me consolei".

A chaqu'baiser , je disais quelle audace ! I Ce n'est, monsieur, qu'son mari qu'on embrasse;

11 m'répondait que tout était changé, Et que c't'usagc était un préjugé.

Mais l'pauvr' Pierre, hélas!

Ne r'venait pas...

Dieux! quel martyre!

11 m'dit en secret

De ne rien dire...

Qu'il m'épouserait...

Pour m'en parler Et pour me consoler.

BLOCM.

T'épouser !

CATHERINE

Jugez si je fus joyeuse... un colonel au lieu d*un caporal ) ça me faisait joliment monter en grade : malheureusement il était obligé d'aller passer quelques jours chez un de ses amis, pour une grande chasse, mais il me promit qu'il reviendrait demain, qu'il aurait une voiture, et que le soir même je serais sa femme...

BLOUM

Ah! mon Dieu!... et 1' jour ou vous avez fait ce beau projet... quelqu'un vous aurait-il entendus?

CATHERINE

Je ne sais pas , j'ai bien vu M, Kokmann se glisser le long d'une charmille...

BLOUM

C'est cela même..' il aura tout conté à madame la baronne. Comment, impertinente, lever les yeux sur son neveu, sur un baron ! oser lui plaire !.. . Lui manquer de respect à ce poinl-là.

CATHERINE

Parc'qn'il me trouve gentille, c'est lui manquer de respect !

BLOUM

Oui, mademoiselle... Vous n'enleiulez rien aux privilèges de la naissance; mais moi, je vous ordonne d'y renoncer... de l'oublier sur-le-champ.

CATHERINE, serécHant.

L'oublier !... M. Ferdinand?

BLOUM

Oui, maiiizelle!

CATHERINE , pleUVCint.

Là, encore un mariage de manqué... Les parens sontils terribles!... Je vous dis que je ne pourrai jamais m'établir... Au moins on donne des raisons.

BLOUM

Des raisons !.. Veux-tu me faire chasser du pays ?

CATHERINE

Qu'esl-ce que vous me dites là !.. .

BLOUM

Et toi-même?... Sais-tu qu'on peut t'envoyer à cent lieues d'ici, t'obliger à ne jamais le marier.

CATHERINE , sc vécriant.

Ne jamais me marier! par exemple, on n'a pas ce droit-là... je réclamerai...

BLOrM.

Silence I voici M. Kokmann , sois bien douce , bien soumise, ou je ne réponds de rien.

CATHERINE, sô tenant contre son fève.

Ah mon dieu! qu'est-ce qui va m'arriver?

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