‹ Le vieux mari; comédie-vaudeville en deux actesChapitre 67 sur 367 · DIDIER, GEORGETTE, ALAIN, MARIÏNE · texte numérisé non relu

DIDIER, GEORGETTE, ALAIN, MARIÏNE

( Au lever du rideau ^ Georgette et Martine sont [assises; l'une dévide de ta laine, l'autre fiie au rouet. Alain, dans un coin^ raccommode un 'panier. Didier^ au milieu du théâtre, fait l'exercice avec un mousqueton» )

DIDIER, faisant l'exercice.

Halte!... Posez armes!

GEORGETTE, éCOUtant^

Encore le tambour!... c'est du côté de la Porte Saint- Honoré!...

MARTINE , filant.

. Hum! Ces maudits frondeurs ne peuvent pas rester tranquilles!

A.LAIN, travaillant.

Pardine, c'est votre Mazarin qu'est cause de tout!

pourquoi qu'il emmène la reine à Saint-Germain ? pourquoi qu'il veut affamer Paris ? Vous verrez que ça finira par une bataille !... ^

DIDIER , s' appuyant sur son mousqueton.

Tant mieux!... si je pouvais en être... ah!... comme je mènerais les troupes du cardinal !... ( imitant ie tami)Our. )

Am du Gentil soldat (d'Amédée de Beauplan).

Ra pa ta , pa ta plan , plan, plan , plan ;

Plan, rata plan, rata plan, Ra pa ta, pa ta , pataplan, plan, plan, Plan , ra ta plan , ra ta plan . Lorsque le canon Près de nous gronde et tonne ; Lorsque le clairon De tous côtés résonne; Loin de ces combats, Une loi sévère Oui me désespère Enchaîne mon bras,

( soupirant. )

Pour livrer bataille , Je n'ai point la taille, Las! je n'ai point la taille ! . = .

On me prend Pour un enfant ; Mais qu'au feu J'aille un peu...

L'on verra , l'on verra Que cet enfant-là Grandira.

Ra pa ta , pa ta , plan , plan, plan , etc.

( Il marche farme au bras. )

GEORGETTE

Fiî Didier, vous ne pensez qu'à vous battre... à dixsept ans !...

DIDIER , souriant.

Oh ! je pense aussi à autre chose, ma petite cousine!...

MKMr Ain.

Après mille exploits Qui vous couvrent tlo gloire.

On use des droits Ou(j (lonuo l;t vu loirc;

Jamais un vainqueur ' ]\'a vu de cruelles , Et toutes les belles

S'arrachent son cœur... ' '

Moi , quand je soupire , Je les vois sourire , De mes vœux je vois rire !

( Finement à mi-voix. )

On me prend Pour un enfant; Mais qu'au feu J'aille un peu, L'on verra , l'on verra Que cet enfant-là Grandira.

( H marche ie mousqueton en avant. )

Ra pa ta, pa ta , plan, plan, plan, etc.

( li s'arrête brusquement devant Georgette. )

GEORGETTE

Finissez donc, monsieur, votre papa ne veut pas que vous jouiez avec des armes... !

DIDIER, donnant son mousquet à Alain.

Sans doute... il aimerait mieux me voir l'aune à la main , mesurer de la serge et du drap , comme il a fait trente ans de sa vie!... mais tant pis, je n'ai pas de goût pour le commerce...

MARTINE

Vous n'en avez que pour le tapage !... les aventures....

Pour vous fourrer dans toutes les bagarres... !

DIDIER, fièrement.

Un homme doit avoir son opinion , et pour la défendre , il faut bien qu'il sache faire le coup de mousquet.

ALAIN

C'est clair.... puisque le parlement lui-même fait l'exercice.... et que les enquêtes montent la garde.

MARTINE

Ne m'en parlez pas! des taquins, des brouillons....

ALAIN

Tiens , des brouillons , parce qu'ils défendent le peuple.

MARTINE

Ou les intérêts des grands seigneurs qui les poussent.. . ,

comme ce duc de Beaufort. ... cette duchesse de Longue ville....

DIDIER

Un moment , Martine , ne t'avise pas de dire du mal de la duchesse de Longueville devant moi , je ne le souffrirais pas,

GEORGETTE , l'imitant.

Je ne le souffrirais pas!... un homme terrible quand il fait sa grosse voix!... voyons, monsieur, qu'est-ce que vous avez de commun avec cette belle dame pour en parler sans cesse?...

Moi ! rien ; je ne l'ai vue qu'une fois.... quand elle est venue à l'Hôtel-de-Ville haranguer le peuple pour son frère, que Mazarin voulait emprisonner.... Dieux! qu'elle était belle !

AIR : Je les prends dans mes filets (de Mazauieilo).

Son courage séduit et touche...

Que de grâces et de beauté!

Du plus simple mot de sa bouche

Chacun paraissait transporté!

J'étais trop loin pour bien comprendre :

Mais, fixant ces yeux si jolis...

Sans Técouter et sans Tentendre,

Je me trouvais de son avis :

Sans l'écouter et sans l'entendre,

J'étais toujours de son avis.

Aussi, depuis ce jour-là , je suis devenu un frondeur intrépide , j'aurais donné tout au monde pour avoir le droit de me faire tuer pour elle.

GEORGETTE

Vous faire tuer pour elle!... Gomment, monsieur, vous qui devez m'épouser !

DIDIER

Ça ne fait rien , ma petite Georgette.... ça ne m'empêche pas de t'aimer ; vois-tu , mon admiration pour la duchesse , c'est une affaire à part , une affaire d'opinion ; tu es trop jeune pour comprendre cela I

Si, monsieur, je comprends très bien que vous avez la tôle tournée par toutes ces grandes dames; que vous êtes un ambitieux, un ingrat.

DIDIER

Est-elle jalouse ! c*est terrible d'être aimé comme ça.

GEORGETTE

Air : Si ça t^arrive encore.

Malgré le nœud qu'on veut former, Je sais quel espoir est le vôtre ; C'est bien la peine de m'aimer, Si vous en admirez une autre!.,..

Ah! n'essayez pas de mentir.

J'y vois clair. ... et pour une belle , Lorsque l'on parle de mourir, C'est qu'on voudrait vivre pour elle.

DIDIER

Pas trop mal raisonné pour une petite fille.... Chut! Georgette, ne parlons plus de cela, voici mon père!

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