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LES PROTESTANTS A QUEBEC SOUS L'ANCIEN REGIME

Sous l'ancien régime, très peu de protestants eurent la chance de s'établir au Canada. On ne les souffrait pas plus ici qu'on ne les endurait en France. A Québec, pendant toute la durée du régime français, il n'y eut jamais à la fois plus de dix ou douze protestants, et encore était-il bien entendu qu'ils n'étaient ici que de passage.

Le 20 avril 1741, le président du Conseil de marine écrivait à MM. de Beauharnois et Hocquart qu'il lui était revenu, que parmi les commis que les négociants de France entretenaient à Québec, il s'en trouvait plusieurs qui étaient de la religion prétendue réformée. Le président du Conseil de marine donnait instruction au gouverneur et à l'intendant de vérifier les faits sans faire d'éclats.

Le 1.8 septembre 1741, MM. de Beauharnois et Hocquart répondaient au ministre:

"Nous avons reçu la lettre que vous nous avez fait l'honneur de nous écrire le 20 avril dernier.

"Il y a actuellement à Québec neuf particuliers de la religion prétendue réformée commis et associés des négociants de France; nous pouvons vous assurer, Monseigneur, qu'il n'y a aucun d'eux dont la conduite soit répréhensible."

MM. de Beauharnois et Hocquart joignaient à leur lettre la liste des personnes de la religion prétendue réformée qui étaient alors à Québec, commis des négociants de France.

C'étaient :

1 — Le sieur Payé, associé des sieurs Rayly père et fils, de Montauban.

2 — Le sieur Petit, commis du sieur Paye.

3 — Le sieur Mounier, commis du sieur Vessière de Larochelle.

4 — Le sieur Mounier, commis du sieur Desauniers, marchand de Québec.

5 et 6 — Les sieurs Thouron frères, associés et commis des sieurs Boudet, de Larochelle.

7 et 8 — Les sieurs Havy et Lefebvre, associés et correspondants des sieurs Dugard et compagnie, de Rouen.

9 — Le sieur Turpin, commis de LeVieux et Compagnie, de Rouen.

Trois ans plus tard, M. l'abbé Jacreau, faisant le recensement de la paroisse de Québec, nous donne les noms des protestants établis ou de passage dans la ville:

1 — Le sieur Jarnac, marchand forain (chez M. Pétrimouîx) huguenot, 28 ans.

2 — Jean-Mathieu Mounier, négociant, marchand-forain, huguenot, 29 ans.

3 — Jean-Adam Mounier, huguenot,22 ans.

4 — François Avis (Havy) négociant, normand, huguenot, 35 ans.

5 — Jean Lefebvre, négociant, normand, huguenot, 30 ans.

L'abbé Jacreau donne bien le nom du sieur Touron, négociant, marié à Elisabeth Gatin, mais ne dit pas qu'il appartenait à la religion réformée.

Le 30 mai 1754, le président du Conseil de marine faisait part à MM. Duquesne et Bigot des plaintes qui étaient revenues au roi sur le nombre croissant de protestants établis au Canada depuis quelques années. Leur conduite, disait le ministre, devenant plus dangereuse, il convient de prendre des mesures à leur égard. On devra constater leur nombre, leurs noms,

leur profession, l'état de leurs familles, leur durée de séjour et leur conduite. MM.Duquesne et Bigot devaient faire sortir du pays tous ceux qui étaient de nationalité étrangère et conférer avec Tévêque sur ce qu'il convenait de faire pour ceux qui étaient Français.

Le 15 juillet 1755, le président du Conseil de marine, dans une lettre à MM. de Vaudreuil et Bigot, revenait sur le même sujet. Il leur demandait des renseignements sur les agissements des protestants établis au Canada. Mgr de Pontbriand, disait-il, prétend, d'un côté, qu'il y en a parmi eux dont la conduite est suspecte et dangereuse; de l'autre, MM. Duquesne et Bigot affirment qu'il ne leur est revenu aucune plainte contre eux, qu'ils ont toujours été soumis aux lois et à la police, qu'ils ne font point d'assemblées, qu'ils forment quatorze quarts du commerce du pays, et que, si on les en chassait, ce serait faire un grand tort à la colonie, les négociants canadiens n'étant pas en assez grand nombre ni assez riches pour fournir tout ce qui est nécessaire. Le président du Conseil de marine terminait en ordonnant à MM. de Vaudreuil et Bigot de se concerter avec l'évêque pour vérifier ses soupçons. Il demandait de plus une liste des protestants de nationalité étrangère.

La guerre entre la France et l'Angleterre qui survint peu après en occupant le gouver-

neur et l'intendant à la défense du pays, accorda un répit aux quelques protestants qui habitaient le pays.

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