LES BOURREAUX DE QUEBEC SOUS LE REGIME FRANÇAIS
C'est Pierre Boucher, gouverneur des Trois-Rivières, qui écrivait dans son livre, Histoire véritable et naturelle des mœurs et productions du pays de la Nouvelle-France, publié en 1663:
"On sçait aussi bien pendre en ce pays-icy qu'ailleurs, et on l'a fait voir à quelques-uns qui n'ont pas été sages."
En effet, on pendait assez souvent sous le régime français au Canada. Il est vrai qu'alors la justice était beaucoup plus sévère qu'aujourd'hui.
Jusque vers 1658 l'exécuteur des hautes œuvres fut un bourreau d'occasion.
En 1648, le tambour de la garnison de Montréal s'étant rendu coupable d'un crime détestable, que l'on ne fait point autrement connaître, M. de Maisonneuve se vit obligé de sévir. Il le condamna à mort. C'était la première condamnation capitale à Montréal. Les Pères Jésuites obtinrent du fondateur de Ville- Marie £ue le condamné serait conduit à Québec. Là, le procès fut revisé, et la peine commuée en celle des galères.
Le Journal des Jésuites, à la date du 10 septembre 1648, raconte ainsi la chose:
"Environ ce temps fut amené de Montréal
un tambour convictus crimine pessimo, à la mort duquel s'opposèrent nos pères qui étaient à Montréal, sed occulte: il fut donc renvoyé ici et mis dans la prison. On lui proposa pour se sauver au moins des galères d'accepter l'office d'exécuteur de justice ; il l'accepta, mais on mit son procès auparavant en état et puis on lui commua sa sentence."
Voilà donc le premier bourreau officiel du Canada. Malheureusement l'histoire ne nous a pas conservé son nom. Quel dommage!
Le 29 avril 1653, M. Charron était blessé à la gorge d'un coup de pistolet, dans son habitation de l'île d'Orléans, par deux de ses serviteurs.
Le 7 mai suivant, l'un des deux assassins de M. Charron était pendu. L'autre assassin avait fait et pris l'office de bourreau. Le bourreau choisi en 1648 était donc disparu.
Le nom du deuxième bourreau officiel du Canada ne nous a pas, non plus, été conservé.
Le 14 janvier 1665, le Conseil Souverain décidait de mettre le bourreau officiel du Canada dans ses meubles. Ce jour-là, il autorisait l'achat d'une maison appartenant à M. Nicolas Marsolet (qui l'avait acquise de Guillaume Bonhomme) "attendu la nécessité du logement de l'exécuteur des hauïtes oeuvres." (1.)
L'acte de vente de l'emplacement et de la maison en question fut reçu par le notaire
(1) Jugements et Délibérations du Conseil Souverain toI. 1er, pp. 310, 315.
Michel Filion ie 17 janvier 1665. C'est M. Chartier de Lotbinière, procureur général du Roi, qui comparut à l'acte au nom du Conseil Souverain. Le notaire Filion décrit ainsi l'emplacement et maison de Marsolet:
'■'.. ... une maison seize sur un emplacement contenant vingt toizes de long scytué dans l'enclos de Quebecq sur la grande routte qui va de Quebecq au Cap Rouge et de profondeur jusques à l'enclos des Révérendes Mères Ursulines joignant d'un costé au sorouest à Mathieu Huboult des Longchamps, d'un bout au susd. enclos, d'autre bout à la grande routte, le tout ainsy qu'il se comporte." Le prix de vente était de 230 livres. (1)
Où était située la maison de Marsolet qu'on destinait au bourreau? Le Témoin oculaire de l'invasion du Canada par les Bostonnais du notaire Sanguinet, nous permet de retrouver ce site historique. Racontant la défaite et la mort de Montgomery à Québec le 31 décembre 1775, Sanguinet écrit: "On fit lever les corps des Bostonnais et tous furent enterrés sans cercueil, à l'exception de M. Montgomery qui fut enterré seulement accompagné à sa sépulture par neuf ou dix matelots et son corps fut enterré avec celui de son aide de camp devant la porte du bourreau/' Il est bien établi que Montgomery fut enterré dans la cour de la maison de l'Intendance Militaire qui se voit à main droite
(1) Acte de Michel Filion, notaire à Québec, 17 janvier
du chemin de ronde qui mène à la citadelle. Il s'ensuit que la maison du bourreau s'élevait sur le site ou dans la cour de la maison actuelle du chemin de ronde.
En 1675, le bourreau de la Nouvelle- France était le nommé Jacques Daigre (Dâigle?). Il faut croire qu'il n'occupait pas une sinécure puisqu'il s'accordait par marché, cette année-là, avec Jean Renault dit Montauban, moyennant cent cinquante livres de gages par année et dix livres de vin de marché, pour "luy aider en son exercice d'exécuteur." En avril 1675, Daigre demandait au Conseil Souverain de payer les gages de son aide. Le Conseil renvoya Daigre à la Compagnie des Indes Occidentales. (1)
Jacques Daigre fut trouvé mort dans sa maison, où il vivait seul, le 27 mars 1680. (2)
En 1679, Jean Rattier dit Dubuisson, domestique de M. Crevier, seigneur de Saint- François-du-Lac, assassinait Jeanne Couc, âgée de vingt ans, fille de Pierre Couc dit Lafleur et d'une Algonquine, Marie Meti8ameg8k8e. Rattier subit son procès aux Trois-Rivières et fut condamné, le dernier jour d'octobre 1679, à être conduit à Saint-François et là attaché à une potence, y être pendu et étranglé et y demeurer exposé pendant vingt-quatre heures. Avant d'être livré au bourreau, Rattier devait
(1) Jugements et Délibérations du Conseil Souverain, vol. 1er, p. 927.
(2) Mgr Tanguay, A travers les registres, p. 62.
être appliqué à la question ordinaire et extraordinaire pour lui faire révéler les noms de ses complices dans l'assassinat qu'il avait commis.
Rattier interjeta appel au Conseil Souverain de la sentence de mort portée contre lui. Le 3 novembre 1679, on conduisait le condamné à Québec. Ce ne fut qu'un an plus tard que le Conseil Souverain se prononça sur l'appel de Rattier. Le 31 décembre 1680, le Conseil mettait cet appel à néant et condamnait Rattier à être pendu à Québec, "attendu les grandes difficultés de faire conduire le dit Rattier au lieu de Saint-François."
La sentence ajoutait : " . . . . Attendu qu'il n'y a point d'exécuteur de haute justice, (Daigre était mort neuf mois auparavant) ordonné qu'il tiendra prison jusques à ce qu'il en ait d'établi si mieux il n'aime en accepter l'office, auquel cas les prisons lui seront ouvertes." (1)
Rattier accepta avec empressement la charge qu'on lui offrait si inopinément et il promit d'en faire les fonctions toutefois et quant es.
Rattier fit donc venir sa femme et ses enfants à Québec et il s'installa dans la maison du bourreau, Grande-Allée.
Mais à cette époque comme aujourd'hui, ila population de Québec n'aimait pas le bourreau. Tous les jours, Rattier, sa femme et sa fille aînée étaient insultés. On allait les relancer
(1) Jugements et Délibérations du Conseil Souverain,
vol. m, p. 16.
jusqu'à leur maison de ia Grande-Allée. Rattier se plaignit au Conseil Souverain et celui-ci, le 4 mars 1.686, faisait "très expresses inhibitions et défenses à toutes personnes d'aller chez le dit Rattier et de l'insulter en sa personne ou eh celles de sa femme et enfants, à peine de punition corporelle." (1)
Il était écrit que ce pauvre Rattier aurait des déboires toute sa vie. En 1695, sa femme, Marie Rivière, et sa fille Marie Charlotte Rattier, étaient arrêtées et emprisonnées pour avoir recelé des chaudières volées. Elles furent condamnées en ia Prévôté, la mère à être battue de verges aux carrefours de la ville par son propre mari, et ia fille à être enfermée pendant quinze jours à l'Hôpital-Général, pour être instruite et corrigée secrètement par la correctrice dii lieu."
Le Conseil Souverain trouva la punition trop forte et, le 4 juillet 1695, il la changea comme suit: Marie Rivière fut condamnée à être attachée au carcan, à jour et heure de marché, pendant une heure, avec sur i'estomac un écriteau en gros caractères portant le mot receleuse. Quant à la fille Rattier, sa détention de quinze jours était changée en une réprimande par le Conseil lui-même. (2)
L'arrêt du Conseil Souverain contre la
(1) Jugements et Délibérations du Conseil Souverain* vol. II, pp. 455 et seq.
(2) Jugements et Délibérations d» Conseil Souverain, vol. III, p. 1033.
femme de Rattier fut exécuté le lendemain matin. Les bons bourgeois de Québec qui se rendirent au marché de la basse ville le S juillet 1695 eurent donc le spectacle peu banal d'une femme mise au carcan par son propre mari.
Rattier dut disparaître du pays ou mourir vers 1705 puisque en novembre de cette année le pays se trouvait encore sans bourreau.
Pierre Berger dit la Tulipe, tambour de la Cie de Lamothe-Cadillac, condamné à être pendu et étranglé, était en prison, attendant. . . un bourreau. Comme l'hiver approchait et ''qu'il ne pouvait résister dans les cachots aux rigueurs de l'hiver sans en mourir", on offrit la charge de bourreau à un prisonnier, Jacques Elie. Cet individu, âgé de vingt-trois ans, originaire de Poitou, en Saintonge, avait été condamné à mort à Port-Royal, en Acadie. Il avait réussi à s'échapper et était venu s'échouer à Québec. Il accepta la charge d'exécuteur de la haute justice afin d'avoir sa grâce. (1)
Elie était une fichue canaille. En avril 1706, il s'introduisait nuitamment à l'Hôtel- Dieu de Québec pour voler. Pris sur le fait, il lut condamné à tenir prison "jusqu'après le départ du dernier vaisseau qui partira cette année de la rade de cette ville, avec déf ense^ de récidiver sur peine de la hard." Son complice,
(1) Jugements et Délibérations du Conseil Souverain, vol. V, p. 192.
Louis Henry dit le Parisien, fut condamné aux galères pour neuf ans. (1)
Jacques EHe eut une fin tragique.
Continuellement en butte aux attaques des habitants de Québec qui les poursuivaient dans les rues en les traitant de bonreux et de bourelle, Jacques EHe et sa femme se décidèrent à fuir dans la Nouvelle-Angleterre. Le nommé Nicolas, panis de nation, s'engagea à les conduire; en canot jusqu'au lac Champlain pour une, somme de cent cinquante livres et un habit complet.
Jacques EHe, sa femme et leurs deux enfants s'embarquèrent donc nuitamment avec leur petit bagage, dans le canot du panis Nicolas. Huit jours plus tard, sur les bords de la rivière Duchesne, Nicolas, pour s'emparer du peu de bien des fugitifs, tuait EHe et un de ses enfants et blessait mortellement sa femme: et son autre enfant. (2)
Le successeur de Jacques EHe fut un autre gibier de potence, Pierre Rattier. Il accepta là: charge de bourreau, à condition d'être déchargé des condamnations portées contre lui par la Prévôté de Québec le 10 juillet 1705 pour
(l)On conserve aux Archives de la province de Québec le procès criminel instruit contre Jean Élie et Louis-Henry dit le Parisien pour vol à l'Hôtel-Dieu de Québec.
(2) On conserve également aux Archives de la province de Québec, une pièce intitulée Procédure criminelle contre Nicolas, panis de nation, pour avoir assassiné Jacques Elie, maître des hautes œuvres, sa femme et ses deux enfants.
vol. (1) Rattier était le fils de Jean Rattier dit Dubuisson, qui avait été bourreau de 1680 à 1705. Tel père, tel fils, peut-on dire ici avec raison.
Pierre Rattier exerça la charge de maître des hautes œuvres pendant plusieurs années. La chronique, toutefois, a été assez injuste à son égard puisqu'elle ne nous a laissé aucun renseignement sur sa carrière. Nous ignorons même s'il décéda à Québec.
Le 30 octobre 1726, MM. de Beauharnois et Dupuy écrivaient au ministre:
"Nous ajouterons à ces demandes les nôtres particulièrement: celle de nous envoyer de la jeunesse qui ne soit point dangereuse dans la colonie et autant que cela sera possible des enfants trouvés, par les raisons que nous avons eu l'honneur de vous toucher ailleurs.
"D'y envoyer quelques ouvriers de différents talents pour préparer les cuirs, quelques couteliers.
"De plus, un exécuteur des hautes œuvres et de lui assigner ici assez de gages pour qu'il puisse se passer de ce qu'ils ont en France. Cet homme est si nécessaire dans le pays que quand il en faut venir à punir des malfaiteurs, on est embarrassé du parti qu'on a à prendre à cause du transport qu'il faut faire en France du criminel, ce qui opère presque toujours l'impunité ; les méchants sentent cet embarras où l'on
(1) Jugements et Délibérations du Conseil Souverain, ▼ol. VI, p. 74.
est à ce sujet et en sont plus hardis à commettre le crime par l'espérance de l'impunité." (1)
Le 20 octobre 1727, MM. de Beauharnois et Dupuy écrivaient encore au ministre:
"Mais un homme absolument nécessaire est un exécuteur. Le manque qu'on en a ici porte les libertins à se licencier et pour aller au-devant de leur assurance à faire le mal, il faut user d'une rigueur et d'une sévérité qui quelquefois indispose les peuples contre ceux qui sont chargés de la mettre en œuvre." (2)
Le 18 mai 1728, le président du Conseil de marine, écrivant à MM. de Beauharnois et Dupuy, se montrait surpris d'apprendre que M. Dupuy n'avait pu trouver un exécuteur des hautes œuvres dans la colonie. Il leur donnait ordre d'acheter un nègre aux Iles pour faire, cette fonction. (3)
Le 1er octobre 1728, MM. de Beauharnois et d'Aigremont écrivaient au ministre:
"Nous avons reçeu la liste des trente particuliers destinés par ordre du Roi à passer en cette colonie, laquelle était jointe à la lettre que vous nous avez fait l'honneur de nous écrire le 27 mai dernier. Il n'en a été remis que 29 à terre, en étant mort un dans le voyage.
"Le nommé Gilles Lenoir qui en est du nombre a accepté l'employ de bourreau. Le Sr
( 1 ) Archives de la province de Québec, troisième série,' cahier IX, f. 412.
(2) Archives du Canada, Correspondance générale.
(3) Rapport concernant les archives canadiennes pour Tannée 1904, p. 98.
de Beauharnois a fait incorporer les 3 braconniers et les cinq jeunes gens de famille que vous marqués pouvoir estre incorporés dans les troupes, le nommé Jean Rouleau qui fait partie de ces cinq l'a esté dans la compagnie de Beaujeu, conformément à vos intentions; nous veillerons soigneusement à la conduite des uns et des autres et nous empêcherons autant que nous le pourrons qu'ils ne sortent point de la ■colonie, nous avons déjà eu l'honneur de vous représenter l'année dre que ce n'était pas une chose fort aisée." (1)
Le 28 octobre 1729, MM. de Beauharnois et Hocquart donnaient des nouvelles du bourreau Lenoir au ministre:
"Le nommé Gilles Lenoir, Me des hautes œuvres, est un si mauvais sujet, si furieux dans le vin et d'une conduite si désordonnée que l'on est obligé actuellement de le tenir toutte l'année en prison, d'ailleurs il est imbécile. Nous vous supplions, Monseigneur, de trouver bon que nous le renvoyions l'année prochaine; un nègre conviendrait mieux pour ce service que tout autre, et vous pourriez donner vos ordres pour en faire acheter un à la Martinique qui serait envoyé en ce pays-ci." (2)
L'année suivante, il était encore question du bourreau. Le 15 octobre 1730, MM. de Beauharnois et Hocquart écrivaient au ministre :
(1) Archives du Canada, Correspondance générale, vol.50.
(2) Archives du Canada ,série F. 51, p. 43.
"Le nommé Gilles Lenoir qui a esté cy devant envoyé pour exécuteur, est un homme atteint de frénésie, si adonné à l'hyvrognerie, et si furieux dans le vin, qu'il n'a pas été possible avec les châtiments les plus sévères de l'obliger à faire son devoir d'exécuteur dans les occasions qui se sont présentées et dont le Sr lieutenant-général de la Prévôté a dressé son procez verbal cy joint, cet homme ne pouvant être qu'une charge au Roy, nous avons pris le parti de le renvoyer en France. Il passe sur le vaisseau du Roy. C'est un malheureux à enfermer et nous en donnons avis à M. de Beauharnois à Rochefort. On a été dans la nécessité d'employer le nommé Guillaume Langlois à la place du d. Lenoir, un nègre conviendrait mieux en ce pays cy que tout autre." (1)
Quelques jours plus tard, le 25 octobre 1730, MM. de Beauharnois et Hocquart écrivaient encore au ministre:
"Nous vous avons rendu compte que nous renvoyons en France le nommé Gilles Le Noir, Me des hautes œuvres, auquel le nommé Guillaume Langlois a esté substitué et qui ne vaut pas mieux que luy. Il est nécessaire qu'il y ait ici un homme capable de cet emploi. Le nommé Langlois est vieux, débile, et très sujet au vin. C'est tout ce qu'il a pu faire que d'effigier les trois criminels qui se sont évadez. Nous vous en écrivons sur le compte que Mr. de La Corne
(1) Archives du Canada, série F-52, p. 66.
vient de nous en rendre. L'on ne manque point en France de gens de ce métier et il en faudrait icy un bon." (1)
Le 12 octobre 1731, nouvelle mention du bourreau dans une lettre de MM. de Beauharnois et Hocquart au ministre:
"M. Hocquart a, suivant vos intentions, pris les mesures nécessaires pour avoir un nègre de la Martinique pour servir d'exécuteur à la place de Gilles Lenoir que nous avons envoyé en France Tannée dernière; et il fera payer cette dépense par le Domaine. " (2)
Le nègre en question arriva quelques mois plus tard. Il se nommait Malgein. Ce nègre fut traité avec grande considération par les autorités de la colonie. Il était si difficile de se procurer un bourreau! Comme Malgein s'ennuyait beaucoup à Québec à cause de son isolement, on fit venir une négresse qu'il épousa.
En décembre 1740, les nommés François Morisset, Nicolas Content dit Lafranchise et Elisabeth Content, femme d'Antoine Marchand, s'étant rendus coupables d'un vol au détriment de Malgein, ils furent condamnés à être appliqués au carcan dans la place publique de la basse ville l'espace de deux heures avec chacun un écriteau devant et derrière portant les mots Vagabonds, gens sans aveu et menant une vie scandaleuse. De plus, ils furent bannis
(1) Archives du Canada, série F-25, p. 115.
(2) Archives du Canada, série F-53, p. 64.
du gouvernement de Québec pour trois ans. C'est Malgein lui-même qui exécuta cette sentence sur ceux qui l'avaient volé.
Le nègre Malgein mourut dans les derniers mois de 1743.
Le 30 mars 1744, le président du Conseil de Marine donnait ordre à l'intendant de remplacer par un blanc le défunt bourreau nègre Malgein. Il conseillait en même temps de vendre, au prix qu'elle avait coûté, la négresse qui avait été envoyée pour ce nègre. (1)
Le successeur de Malgein fut un nommé Sainfront. Nous avons très peu de renseignements sur la carrière de ce bourreau.
Sainfront mourut subitement dans la maison du sieur Marsal le 28 décembre 1750. Le procès-verbal du lieutenant général de la Prévôté pour constater la mort du bourreau dressé le même jour a été conservé. Enregistrons-le ici:
"L'an mil sept cent cinquante le vingthuit décembre quatre heures de relevée, nous François Daine, coner du Roy, lieut-gnai de la prevosté accompagné du procureur du Roy et du greffier en icelîe et assisté de l'huissier Thibault nous sommes transportés en conf orm. de notre ordce de ce jour en la maison du sieur Marsal à l'effet de dresser procès-verbal et faire faire la visite du nommé Saintfront
(1) Rapport concernant les archives canadiennes pour l'année 1905, vol. 1er, p. 25.
exécuteur trouvé mort en la ditte maison où estant aurions fait dépouiller le dit Saintfront et ensuitte fait visiter par le S. Soupirail chirurgien en cette ville lequel nous aurait dit et. déclaré après l'avoir visité que le dit Saintfront est décédé de sa propre mort ainsi qu'il appert par son rapport cy-joint, avons ensuite fait fouiller dans les poches tant de la veste que de culottes dudit Saintfront dans lesquelles il ne fut rien trouvé, et sur le réquisitoire du d. procureur du Roy à ce que le cadavre soit enterré, nous ordonnons que le d. cadavre sera inhumé en la manière accoutumée. Dont et du tout nous avons dressé le présent procès-verbal les jour et an susdits. Et a le d. s. Soupiran signé ainsi que le d. Thiboult-Daine-Boisseau- Hiché-Soupiran." (1)
Voilà ce que nous trouvons sur îes bourreaux officiels de la Nouvelle-France. En relisant avec attention la correspondance des gouverneurs et des intendants avec le ministre, on devrait glaner bien d'autres renseignements sur ces personnages plus ou moins intéressants mais qui faisaient tout de même partie de la machine judiciaire sous le régime français.
(1) Archives de la province de Québec.