QUATRE SŒURS QUEBECOISES DANS I.E CLOITRE
La vénérable mère Marie de l'Incarnation, écrivant à son fils, disait de Jean Bourdon, procureur général du Conseil Souverain:
"Il avait avec moi une liaison de biens spirituels très particulière. Sous son habit séculier, il menait une vie des plus régulières. n avait une continuelle présence de Dieu et union avec sa divine majesté. Il a une fois risqué sa vie pour faire un accommodement avec les Hollandais, à l'occasion de nos captifs français: car cet homme charitable se donnait entièrement au bien public. C'était le père des pauvres, le consolateur des veuves et des orphelins, l'exemple de tout le monde. Depuis qu'il s'est établi en ce pays, il s'est consumé en toutes sortes de bien et de bonnes œuvres."
De son mariage avec Jacqueline Potel, Jean Bourdon avait eu huit enfants, quatre garçons et quatre filles. Ce bon citoyen avait tellement à cœur de faire d'excellents chrétiens de ses enfants qu'il garda dans sa maison, pendant plus de vingt-deux ans, son compatriote et ami, l'abbé de Saint-Sauveur. Celuici disait chaque matin la messe dans la chapelle Saint-Jean puis enseignait aux enfants de Bourdon la lecture, l'écriture, les ])rincipcs de la religion, etc., etc.
M. Bourdon fut bien récompensé de lia sollicitude dont il avait entouré ses enfants et des sacrifices qu'il avait faits pour eux car ses quatre filles entrèrent dans le cloître, deux au monastère des Ursulines et deux à rHôtel-Dieu de Québec.
Disons un mot de chacune de ces femmes d'élite.
Geneviève Bourdon, née à Québec le 24 novembre 1638, fut mise au couvent des Ursulines dès l'âge de six ans. Sa ferveur lui fit solliciter l'entrée du noviciat avant même l'âge canonique. Elle fit profession le 8 décembre 1654, à l'âge de seize ans. La mère Saint-Joseph exerça tous les emplois de sa communauté, à la réserve de celui de supérieure, montant des plus bas aux plus hauts, se montrant partout soigneuse, vigilante et ménagère. Sa parfaite obéissance ne pouvait souflfrir même l'idée
cl'examint^r les décisions des supérieures, et sa charité la portait à tout excuser dans les autres.
Comme la vénérable mère Marie de l'Incarnation, la mère Marie de Saint-Joseph avait une tendre dévotion au Sacré-Cœur de Jésus. Elle eut la consolation de voir avant sa mort, cette dévotion s'étendre dans le pays. La fête solennelle du Sacré-Cceur de Jésus se fit pour la première fois dans la Nouvelle-France Tannée même de sa mort.
La mère de Saint-Joseph succomba le 13 décembre 1700, à l'épidémie de grippe qui sévissait alors dans toute la ville de Québec. Elle était dans la soixante-troisième année de son âge et la quarante-septième de sa profession religieuse.
Elle fut la première Canadienne ursuline.
Marie Bourdon, née à Québec le 19 octobre 1640,fut placée à l'âge de six ans et demi comme pensionnaire à l'Hôtel-Dieu de Québec. M. Bourdon, dès sa naissance, par un acte signé de sa main, l'avait consacrée et dédiée au précieux sang de Notre-Seigneur, pour être religieuse hospitalière. A l'âge de treize ans et demi, Marie pressa son père de tenir la promesse qu'il avait faite à son sujet. Il se rendit à ses instances et elle entra au noviciat de l'Hôtel-Dieu en 1653. Elle fit profession à seize ans, sous le nom de Sainte-Thérèse de Jésus. Elle mourut le 29 novembre 1660, à l'âge de vingt ans.
La Sœur Sainte-Thérèse de Jésus fit une mort de prédestinée. Mgr de Laval la visita plusieurs fois pendant sa maladie et elle l'édifia par son innocence, sa ferveur, sa résignation, , Elle voulut être dépouillée de tout comme; Notre-Seigneur. Après avoir reçu Textrêmeonction, elle demanda à faire enlever le crucifix qu'elle avait au cou, afin de n'avoir plus rien à elle.
Mgr de Laval voulut lui-même assister la petite sœur à ses derniers moments, et passatoute la nuit auprès d'elle. Lorsqu'il vit qu'elleapprochait de sa fin, il lui donna la dernière absolution et l'indulgence plénière. Elle expira peu après, avec une paix qui marquait par avance qu'elle allait entrer en possession de celle qui ne finira jamais.
Marie-Marguerite Bourdon, née à Québec le 12 octobre 1642, reçut son éducation au pensionnat des Ursulines de Québec, comme ses sœurs Geneviève et Anne, A quatorze ans, son cours terminé, son père la retira chez lui.
L'avenir s'offrait à Marie-Marguerite Bourdon sous les couleurs les plus brillantes. A peine admise dans la société d'élite que fréquentaient ses parents, elle en fut aimée et recherchée. Un des fils du gouverneur de Lauzon la demanda en mariage. Mais Marie-Marguerite Bourdon préféra aux honneurs et aux joies trompeuses du monde la vie du cloître. Le. 15 octobre 1658, elle était admise à la prof es-
sion chez les Hospitalières de l'Hôtel-Dieu de Québec.
La mère Saint-Jean-Baptiste s'était appliquée à l'étude et à la pratique de la pharmacie. Elle devint très habile dans son art et elle parvenait à soulager et même à guérir des malades que les médecins avaient presque abandonnés.
Lors de la fondation de l'Hôpital-Général, en Î693, la mère Saint-Jean-Baptiste fut choisie comme une des fondatrices de la nouvelle maison. Elle y remplit les charges d'hospitalière, de maîtresse des nov-ices et d'assistante.
C'est dans cette dernière charge qu'elle décéda le 11 octobre 1706, après avoir donné aux jeunes sœurs de grands exemples de ferveur, de régularité et de mortification. "Nous avons eu la consolation, disent les Annales de cette communauté, de la voir mourir comme elle avait vécu, portant le précieux caractère de la prédestination."
x\nne Bourdon, née à Québec le 29 août i644, n'eut jamais d'autre pensée que pour la vie du cloître. A l'entrée de sa sœur Geneviève au couvent des Ursulines, en 1652, elle n'avait que sept ans. Cependant, quittant ses jeux, elle courait se jeter entre les bras de son père en lui disant : — Papa, voulez-vous que je sois religieuse? Je veux aller vivre au couvent avec ma sœur.
A l'âge de quatorze ans, le 8 septembre 1658, elle entrait au noviciat des Ursulines.
La mère Sainte-Agnès était appelée en
1700 au g"ou\^ernement du couvent des llrsulines. C'était la première supérieure can'aJ'eiiUc, de cette maison.
Après avoir rempli toutes les charges de ia communauté, à la fin d'octobre 1711, la mère Sainte-Agnès demandait aimablement son con-^ gé pour aller, disait-elle, régler ses comptes avec le bon Dieu. La sainte religieuse ne se trompait pas beaucoup. Le 2 novembre 1711, on lui^ administrait les derniers sacrements, et deux jours plus tard, le 4 novembre 1711, elle rerdait à Dieu sa belle âme.
"On ne saurait assez dire, disent les .limales des Ursulines, combien cette vénérable mère était précieuse à la communauté, et combien aussi elle en était aimée et chérie. C'était un bon esprit, un riche naturel, accommodante a\'ec toutes les personnes avec qui elle était en office, laborieuse, paisible, excusant tout avec une merveilleuse charité. Elle a passé par tous les premiers emplois du monastère, et elle v a toujours contenté le dedans et le dehors."