‹ Le vieux QuébecChapitre 37 sur 40 · FAUCHER DE SAINT-MAURICE QUEBECOIS DE NAISSANCE · texte numérisé non relu

FAUCHER DE SAINT-MAURICE QUEBECOIS DE NAISSANCE

Dans les Hommes du jour, M. Louis-H.

Taché a écrit:

"Il y a sur les bords du Saint-Laurent, à quelques lieues en bas de Québec, un endroit charmant, véritable nid d'arbres et de fleurs, dont le nom est aussi joli que le site en est bien choisi. Le fleuve étend aux pieds de Beaumont

sa large nappe verdâtre par delà laquelle les Laurentides ferment l'horizon. Une population saine et vigoureuse y conserve religieusement les vieilles habitudes françaises, et nul endroit n'était plus digne d'être le berceau de l'homme distingué que nous étudions dans cette biographie. M. Faucher de Saint-]\Iaurice naquit donc à Beaumont, le 18 avril 1844 "

M. Taché n'est pas le seul à faire naître /e délicieux conteur. Faucher de Saint-Maurice, dans la vieille paroisse de Beaumont. Ouvrez n'importe quel dictionnaire de biographies canadiennes et vous y verrez qu'on donne également Beaumont comme le berceau de Faucher de Saint-Maurice. D'ailleurs, celui-ci, dans plusieurs de ses chroniques, nous laisse entendre que Beaumont était sa paroisse natale.

Faucher de Saint-Maurice était-il né à Beaumont ?

Non.

Les registres de Notre-Dame-de-Québec, à la date du 19 avril 1844, nous donnent la preuve que Faucher de Saint-Maurice était un fils de la vieille cité de Champlain.

Lisez plutôt:

"Le dix-neuf avril mil huit cent quarantequatre, nous, prêtre soussigné, avons baptisé Narcisse-Henri-Edouard né la veille, du légitime mariage de Narcisse-Constantin Faucher, Ecuier, avocat, et de dame Catherine-Henriette Mercier, de cette viiîe. Le parrain a été Edouard-Joseph DeBlois, Ecuier, et la marraine

dame Marie-Louise Bégin, veuve de Louis- Abraham Lagueux, Ecuier. qui, avec le père, et l'honorable René-Edouard Caron, maire de Québec et orateur du Conseil législatif de cette Province, et plusieurs amis ont signé avec nous.

Marie-Louise-B. Lagueux M.-Josephine-D. Caron Luce-E.-M. DeBIois Ed.-J. DeElois Charlotte 1 aché Ed.-R. Caron Narcisse-C. Faucher

F.-H. Belisle, Ptre".

Nous pouvons même, sans crainte de nous tromper, indiquer la miaison où naquit Faucher de Saint-Maurice.

Comment expliquer, a^ors, que la plupart des biographes se soient ainsi trompés sur le lieu de naissance de Faucher de Saint-Maurice?

Avec des qualités qui lui firent des centaines d'amis, Faucher de Saint-Maurice avait une manie qui ne faisait de tort à personne: c'était de se croire descendant des croisés. Son père, avocat et grand connétable du district de Québec, avait acheté la petite seigneurie de Vincennes située dans la paroisse de Beaumont. Or, c'est Faucher de Saint-Maurice qui mystifia lui-m.ême les biographes en leur faisant croire qu'il était né dans le manoir de Vincennes. C'est le 28 octobre 1847 que M. Narcisse-Constantin Faucher, avocat, père de Faucher de Saint-

Maurice, acheta îe tief et seigneurie de Viiicennes de Etienne-Féréol Roy, colonel des milices de Sa Majesté. Une des clauses de l'acte de vente reçu par le notaire DeFoy, portait que le vendeur se réservait la jouissance jusqu'à sa mort de "la maison seigneuriale et de la grange la plus proche d'icelle, ainsi que du hangar, pigeonnière, deux petites bâtisses et laiteries...." Le seigneur Roy décéda dans son manoir îe 22 novembre 1852. 11 s'ensuit que M. Faucher père ne prit possession de la maison seigneuriale qu'à la fin de l'année 1852. Faucher de Saint-Maurice avait donc huit ans bien comptés lors de la prise de possession du manoir de Vincennes.

On nous a souvent demandé si Faucher tenait de ses ancêtres son flamboyant nom ou surnom de Saint-Maurice.

Dans une conférence donnée à l'université Laval, en 1912, sir François Lemieux disait:

"J'ai connu d'estimables gens qui se sont éteints dans la paix du Seigneur, après une longue vie, pendant laquelle ils s'étaient contentés de porter, tout court, le nom honorable de Faucher.

"Mais ce nom ne suffisait pas à la manie et à la gloire de notre héros. Aussi, sans rectification au préalable des registres de l'état civil, dans lesquels on lui avait donné l'appellation de Narcisse-Henri-Edouard Faucher, il fit suivre ce nom de la particule nobiliaire de avec l'addition Saint-Maurice, ce qui faisait

Faucher de Saint-Maurice, nom qui contribuait à lui donner un vernis de noblesse et un air de descendant direct des Croisés ou de seigneur en possession de grands fiefs et d'immenses terres! -:

"Je ^ais bien que ce nom d'emprunt valut à son auteur quelques quolibets et a un peu amusé la malignité des cercles et aussi des salons, mais, je le demande, est-ce que la postérité n'aimera pas mieux connaître notre personnage sous son beau et grand nom de Faucher de Saint-Maurice?"

Le premier ancêtre de Faucher de Saint- Maurice qui passa dans la Nouvel. e-France se nommait Léonard Faucher. A son mariage à Québec, le 15 octobre 1669, on le nomme Léonard Faucher dit Saint-Maurice, fils de Barthélemi Faucher et de Sybille Briant, de la paroisse de Saint -Maurice, évêché de Limoges.

Bon nombre de descendants de Léonard Faucher portèrent le nom de Faucher dit Saint- Maurice. Il était facile pour Faucher de remplacer dit par de, et c'est ce qu'il fit avec une maestria superbe.

UN GKiVNT DES MERS A QUEBEC:

LE GRBAT-BASTBRN

C'est le samedi, 6 juillet 1861, entre six et sept heures du soir, que le Great-Bastern entra dans le port de Québec.

Parti d'Angleterre le 27 juin, le géant des mers avait donc pris neuf jours à faire la traversée d'un port à l'autre.

Plusieurs steamers et bateaux à vapeur s'étaient rendus à la rencontre du Great- Bastern. Le Napoléon, alors dans toute sa gloire, avait à son bord le maire Thomas Pope, les membres du Conseil de ville, les membres de la Chambre de Commerce et une foule nombreuse de citoyens.

Arrivé vers le bout do l'île d'Orléans, on aperçut dans le lointain un gros nuage de fumée. Aussitôt lunettes et jumelles de se pointer à l'horizon, et chacun de s'écrier: C'est bien lui ! C'est bien lui !

Quelques instants plus tard, le Great- Basfern rejoignait le Napoléon.

Le grand vaisseau marchait alors à toute vitesse, avec ses immenses roues latérales et sa puissante roue à hélice, et le Napoléon ne tarda pas à être dépassé. Le capitaine du Grcat Bastern fit, cependant, peu après, arrêter les roues latérales, ne faisant mouvoir que l'hélice,

ce qui peniiit ciu Napoléon de l'approcher et d'entrer dans le port de Québec à son côté.

La population de Québec s'était portée sur la Plate-forme,les quais,partout où l'on pouvait apercevoir le nouvel arrivant.

Le Grcat-Eastcrn jeta l'ancre un peu audessus du quai de la Reine

Il reprit la mer le 6 août, à quatre heures du matin. Pendant son séjour d'un mois dans le port de Québec, le Grcat-Eastcrn avait été visité par des milliers et des milliers de curieux venus de toutes les parties du Canada et des PZtats-Unis.

Les plans du Grcat-Iiastcrn avaient été faits par l'ingénieur Isambard-Kingdom Brunel, le fils du célèbre ingénieur français Marc- Isamibard Brunel.

Les principales dimensions du Great- Eastcrn, son état de jaugeage et ses forces motrices étaient comme suit:

Longueur: 680 pieds.

Largeur: 83 pieds.

Profondeur du pont à la quille: 60 pieds.

Longueur des principaux salons: 400 pds.

Nombre des ponts: 4.

Jaugeage: 22,500 tonneaux.

Pour contenir le charbon et la cargaison: 18,000 tonneaux.

Force motrice des engins à roues: LOOO chevaux.

Force motrice des engins à hélice: 1600 chevaux.

Nombre des cylindres des engins à roues: 4. ^ ■•

Diamètres des cylindres: 74 pouces, '

Longueur du piston : 14 pieds et six poucesV

Tirant d'eau, chargé: 30 pieds.

Tirant d'eau, sur lest: 20 pieds.

Capacité: 800 passagers de première classe, 2,000 de deuxième et 1200 de troisième/ soit en tout 4,000 passagers.

Hommes de troupes ( sans autres passa-" gers): 10,000.

Pesanteur du fer employé pour la construction du Grcat-Eastern: 7,000 tonnes.

Vitesse: 15 nœuds à l'heure. *

Le Canadien du 8 juillet 1861 reproduisait d'un journal anglais les détails qui suivent publiés avant le lancement du Great-Bastern. '

''Une particularité de ce vaisseau, c'est que son pont sera dans tou^e sa longueur sans-, ravalement ni interruption, excepté toutefois à l'entrée des cabines et autres salons. Son parcours fournira conséquemment aux passager^, une promenade de plus d'un quart de mille, et l'on assure que la hauteur du vaisseau l'exemptera de recevoir en aucun temps une seule gouttç d'eau.

"Joint à la forme du vaisseau sont encore ses agrès et sa force motrice. Il n'est pas de vaisseaux dans lesquels les accidents ont été prévenus avec plus de précautions que dans le Great-Eastern. Ces précautions contre de telles occurrences peuvent être ainsi définies; lo un

bordage inférieur et extérieur dans chaque compartiment: 2o cloisons étanches; 3o mâts et voiles de relais; 4o roues à palettes; 5o vis à hélice.

"Quant à sa force motrice, le vent pourra ■être utilisé, et, dans ce but. le vaisseau sera pourvu de sept mâts. Les mât'^ du centre seront considérés les principaux et seront gréés de voiles carrées comme un vaisseau de ligne; les autres mâts seront plus petits, et leurs voiles seront de forme ordinaire.

"C'est surtout par sa force au moyen de la vapeur que ce vaisseau se distinguera d'entre tous les autres, combinant l'hélice avec la roue. Les engins sont de beaucoup plus grands que tous ceux qui ont encore été faits à l'usage de îa marine et leur force d'action sera de beaucoup plus considérable que celle qui leur est assignée. Ils seront placés dans diverses parties du vaisseau et seront parfaitement isolés les *ins des autres. Ce vaisseau sera pourvu de dix bouilloires et cinq tuyaux, et chaque bouilloire pourra être séparée de sa voisine, et l'on pourra ..s'en servir ou non à volonté.

"Les engins à roues, mis en mouvement .par des cylindres oscillatoires, sont doubles et ■faits d'après le principe de séparation afin qu'il ;soit possible de s'en servir conjointement ou iséparément. Ainsi les deux roues ou une seule à la fois pourront être mises en mouvement. Le diamètre des roues sera de 60 pieds.

. "La vis à hélice sera de 24 pieds de dia-

mètre. Elle sera placée à la poupe du vaisseau et sera mise en mouvement suivant les règles ordinaires.

"Le Grcat Eastcrn aura sur ses ponts inférieurs, de grands espaces pour recevoir des wagons de chemins de fer, des chariots et de lourds colis. On a pratiqué de chaque côté de ce vaisseau 60 ouvertures de 2 pieds 6 pouces carrés pour la ventilation, et pour une profusion d'éclairage. Les appartements inférieurs seront 10 pieds au-dessus du niveau de la mer lorsque le vaisseau sera chargé."

Le Great-Hastern qui émerveilla nos pères a depuis été surpassé par quelques autres vaisseaux.

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