LES PERDRIX
La perdrix et le laboureur vivent en paix, lui derrière sa charrue, elle dans la luzerne voisine, à la distance qu'il faut l'un de Tautre pour ne pas se gêner. La perdrix connaît la voix du laboureur, elle ne le redoute pas quand il crie ou qu'il jure.
Que la charrue grince, que le bœuf tousse et que l'âne se mette à braire, elle sait que ce n'est rien.
Et cette paix dure jusqu'à ce que je la trouble.
Mais j'arrive et la perdrix s'envole, le laboureur n'est pas tranquille, le bœuf non plus, l'âne non plus. Je tire, et au fracas d'un importun, toute la nature se désordonné.
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2i8 LE VIGNERON DANS SA VIGNE
Si je fais partir les perdrix, les branches de Tarbre m'empêcheront de tirer au vol , et j 'aime mieux, en tirant par terre, commettre ce que les chasseurs sérieux appellent un assassinat.
Mais ce que je prends pour un col de perdrix ne remue toujours pas.
Longtemps j'épie.
Si c'est bien une perdrix, elle est admirable d'immobilité et de vigilance, et toutes les autres, par leur façon de lui obéir, méritent cette gardienne. Pas une ne bouge.
Je fais une feinte. Je me cache tout entier derrière la haie et je cesse d'observer, car tant que je vois la perdrix, elle me voit.
Maintenant nous sommes tous invisibles, dans un silence de mort.
Puis, de nouveau, je regarde.
Oh!cettefois,je suis sûr! Laperdrixacruà ma disparition. Lecol s'esthaussé et le mouvement qu'elle fait pour le raccourcir la dénonce.
J'applique lentement à mon épaule ma crosse de fusil...
Le soir, las et repu, avant de m'endormir
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250 LE VIG>'ERON DAISS SA VIGNE
Dès qu41 pleut trop ou qu'il fait trop sec, que mon chien ne sent plus, que je tire mal et que les perdrix deviennent inabordables, je me crois en cas de légitime défense.
Il y a des oiseaux, la pie, le geai, le merle, la grive, avec lesquels un chasseur qui se respecte ne se bat pas, et je me respecte.
Je n'aime me battre qu'avec les perdrix.
Elles sont si rusées !
Leurs ruses, c'est de partir de loin, mais on les rattrape et on les « corrige » .
C'est d'attendre que le chasseur ait passé , mais derrière lui elles s'envolent trop tôt et il se retourne.
C'est de se cacher dans une luzerne profonde, mais il y va tout droit.
C'est de faire un crochet au vol, mais ainsi elles se rapprochent.
C'est de courir au lieu de voler, et elles courent plus vite que l'homme, mais il y aie chien.
C'est de s'appeler quand on les divise, mais elles appellent aussi le chasseur et rien ne lui est plus agréable que leur chant.
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Celle-ci a une patte cassée qui pend^ comme si je la retenais par un fil.
Celle-là suit d'abord les autres jusqu'à ce que ses ailes la trahissent; elle s'abat, et elle piète ; elle court tant qu'elle peut^ devant le chien, légère et à demi hors des sillons.
Celle-ci a reçu un grain de plomb dans la tête. Elle se détache des autres. Elle pointe en l'air, étourdie, elle monte plus haut que les arbres, plus haut qu'un coq de clocher, vers le soleil. Et le chasseur, plein d'angoisse, la perd de vue, quand elle cède enfin au poids de sa tête lourde. Elle ferme ses ailes, et va piquer du bec le sol, là-bas, comme une flèche.
Celle-là tombe, sans faire ouf! comme un chiffon qu'on jette au nez du chien pour le dresser.
Celle-là, au coup de feu, oscille comme une petite barque et chavire.
On ne sait pas pourquoi celle-ci est morte, tant la blessure est secrète sous les plumes.
Je fourre vite celle-là dans ma poche,
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pas, suit les haies, et fréquemment, s'assied à Tombre d'un arbre où il m'attend.
Soudain, comme je traverse une luzerne fraîche, il tombe ou plutôt il s'aplatit en arrêt : c'est un arrêt ferme, une immobilité de végétal. Seuls les poils du bout de sa queue tremblent. Il y a, je le jurerais, des perdrix sous son nez. Elles sont là, collées les unes aux autres, à l'abri du vent et du soleil. Elles voient le chien, elles me voient, ellesme reconnaissentpeut-être, et terrifiées, elles ne partent pas.
Réveillé de ma torpeur, je suis prêt et j'attends.
Mon chien et moi, nous ne bougerons pas les premiers.
Brusquement et simultanément, les perdrix partent : toujours collées, elles ne font qu'une, et je flanque dans le tas mon coup de fusil comme un coup de poing. L'une d'elles, assommée, pirouette. Le chien saute dessus et me rapporte une loque sanglante, une moitié de perdrix. Le coup de poing a emporté le reste.
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