‹ Le vigneron dans sa vigne (volume 2)Chapitre 9 sur 19 · L'IMPOT · texte numérisé non relu

L'IMPOT

— Le texte est formel, dit le percepteur à Noirmier :

« Loi du 17 juillet 1889, article Séparagraphe 3: les père et mère de sept enfants i^ii^ants, légitimes ou reconnus, ne seront pas inscrits au rôle de la contribution personnelle et mobilière.

— Ecoute, dit en rentrant Noirmier à sa femme, nous avons déjà six enfants, faisons vite le septième et nous ne paierons plus d'impôt.

Cette certitude leur donna du courage.

iDéjà ils se trouvaient moins malheureux que tant d'autres. Noirmier travaillait presque toujours ; il mendiait aussi et même il volait du bois et des pommes de terre à

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êtes bien père de sept enfants vivants et légitimes, mais ils ne sont pas tous mineurs^ car votre aîné Charles vient d'avoir vingt et un ans et d'atteindre sa majorité ; par conséquent, il né vous sert à rien.

Noirmier entendait ces paroles avec Fair morne d'un cheval qui dort.

— Tu comprends, dit-il à sa femme, moi j'ai compris, ils se ravisent, c'est tout simple.

Non, elle ne comprenait pas, trop ahurie, et lui à mesure qu'il expliquait les raisons du percepteur, il les comprenait moins.

— Quoi! s'écria la femme, sept ne vaut que six maintenant et nous devrons payer chaque année jusqu'à la fin des fins neuf francs dix sous d'impôt? Je me méfie, moi.

D'abord, est-ce que ça nous regarde si nos enfants prennent de Tâge ?

Longtemps Noirmier réfléchit.

— Ecoute, ma femme, dit-il enfin. J'ai une idée. 11 faut remplacer notre enfant qui ne compte plus par un autre, et puisqu'ils veulent des mineurs, aux impôts, nous allons tout de suite leur en faire un.

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— Dis franchement que je suis plate, Henriette.

— Non, Marie, mais je crois ta poitrine moins gênante que la mienne.

Il faudrait le prouver, Henriette.

— Il suffit de comparer, Marie.

Vite serrées Tune contre l'autre, coude à coude, toutes deux se gonflent et, d'un œil qui louche, cherchent de quel côté ça dépasse.

— T^ rends-tu ? demande Henriette.

— D'abord tu portes des talons, dit Marie* Mais j'ai une idée : prends ton bol et viens.

Henriette docile suit Marie. Elles passent dans leur chambre et poussent le verrou de la porte.

On entend un bruit d'étofl'e froissée, de bouton qui saute et roule et de lacet qui siffle. Longtemps elles chuchotent, sans rire, puis d'une voix nette :

— Regarde, dit Marie, je l'emplis jusqu'au bord.

— Moi je n'entre même pas, dit Henriette, il éclaterait.

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