‹ Le Vignole des architectes et des élèves en architectureChapitre 15 sur 37 · PORTES · texte numérisé non relu

PORTES

les rendre lourds. La corniche de la porte Saint-Laurent a de hauteur plus du quart de la frise ; mais , ici , c’est la porte d’entrée principale de l’édifice. La baie a environ 7 pieds 6 pouces de largeur. Je n’ai jamais bien compris l’origine des crossettes, espèces d’oreilles, pour ainsi dire, aux angles du chambranle, à la hauteur du linteau. On en voit aux croisées du temple de Minerve Paliade à Athènes (1), ce qui surprend dans une architecture aussi simple. On est moins étonné d’en trouver aux constructions faites du tems de Yignole, où l’on était quelquefois prodigue de petits détails. D’après ce que j’ai dit sur l’ensemble de la porte Saint-Laurent, l’observation que je vais soumettre ici ne saurait passer pour en être la critique. Cette porte est de grande dimension ; tout y est grand , les modifions ont près de 9 pouces de largeur, et peuvent, à la place qu’ils occupent, s’accorder avec ceux qui seraient placés dans une corniche de couronnement. Mais il serait inconvenant d’en adapter aux simples croisées; leur petitesse serait un papillotage qu’on reprocherait à l’auteur. Des moulures simples sont tout ce qui convient pour ces sortes d’ajustemens.

PLANCHE 3/e.

Porte du palais de la Chancellerie.

Porte de Pentrée principale du palais de la Chancellerie, composée et dessinée pour l’illustre cardinal Farnèse.

REMARQUE

Yignole a fait le dessin de cette porte, comme il le dit lui-même, pour le palais de la Chancellerie; mais elle n’y a pas été exécutée. On doit en avoir quelques regrets, car on ne peut rien imaginer de plus simple et de mieux ordonné. Son ensemble n’offre rien de pénible ; tout y paraît placé naturellement. C’est l’Ordre dorique denticulaire, l’un des siens, qui en forme la décoration. La porte a de hauteur deux fois sa largeur; seulement on peut apercevoir que les socles ou dés placés sous les bases de colonnes, n’y ont été adaptés que pour gagner la hauteur, entre le chambranle du linteau et le soffite des colonnes , et y placer l’inscription. Ces socles sont le seul défaut, qu’il faut toutefois excuser en faveur de l’intention; car Vignole a voulu conservera l’ouverture de la porte les proportions qu’il a adoptées pour toutes celles de, ce genre. Il en résulte même que l’astragale qui règne d’une colonne à lautre sert de couronnement à son chambranle, ce qui produit un bon effet.

Porte du salon du palais Farnèse.

Cette porte a été exécutée sur le dessin de Yignole , et se voit dans l’intérieur du palais Farnèse à Rome.

REMARQUE

Suivant la règle établie par Yignole, cette porte a de hauteur deux fois sa largeur. Le chambranle la frise et la corniche ont ensemble le quart de la hauteur de l’ouverture de la baie, le contre-chambranle, la moitié de la largeur du chambranle, même en y comprenant par le haut la saillie des crossettes. Ce sont ces mêmes proportions que j’ai suivies et indiquées dans le Fignole des Ouvriers , celles de l’ensemble de leur couronnement exceptées ; car je lui ai donné , pour les trois parties dont il est formé,

(1) Parallèle des Ordres d'architecture , voyez planche 60, la même pour celle de la porte d’entrée du Panthéon , à Rome , et planche 58 , pour les détails de la même porte.

CHAPITEAUX. 3,j

les mêmes dimensions en hauteur, afin detablir, par ce moyen, une règle plus générale, sans m’écarter en principe de mon modèle. On pourra consulter l’un et l’autre, et voir la remarque sur la porte Saint- Laurent, planche 33.

Note. Par ces cinq dernières planches doit se terminer la traduction , leur composition tenant par plusieurs rapports aux cinq Ordres d’architecture. Ce que Yignole ajoute à son ouvrage, comme son église du noni de Jésus, le Caprarole, etc., ne tendrait qu’à augmenter le volume, sans servir à l’instruction , la plupart des détails qui en font partie ne pouvant être adaptés au genre d’architecture reçu aujourd’hui ; et ce qui pourrait y convenir, et dont il n’a donné aucuns dessins, formerait un ouvrage particulier, ce que d’habiles architectes ont entrepris.

PLANCHE 5(j*

Chapiteaux de Pilastres ionique et corinthien (i).

Pilastre corinthien. — Premièrement, c’est après avoir consulté ceux du Panthéon à Rome (2) , et m’être conformé aux proportions données par Yignole à celui de sa colonne, que j’ai établi ce chapiteau de pilastre corinthien. Le tailloir a la même saillie diagonale, et, par une ligne descendue de ce même point sur la saillie de l’astragale, se règle celle des feuilles et des volutes sous ses angles. La lèvre du vase va en diminuant sur les côtés, pour en dégager les grandes volutes. La saillie des volutes sous ce même angle donne celle de la feuille sous la même ligne. Les cannelures sont au nombre de sept; une d’elles correspond à l’axe des petites feuilles, et l’angle du pilastre, dont le champ deviendrait trop grand par cette division , est orné d’une baguette dans toute la hauteur du nu du pilastre.

Secondement, si, comme il arrive quelquefois, on était obligé de diminuer par le haut le fût du pilastre A sur celui de la colonne derrière laquelle il serait placé, pour la régularité du soffite , alors la disposition des feuilles changerait de place B ; elles se rétrécissent ; toutes les saillies , dans la proportion donnée par la ligne tracée de l’extrémité diagonale du tailloir C sur l’astragale D, rentrent également; mais l’ensemble, pour la hauteur, reste toujours le même.

Troisièmement enfin , si , pour décorer de pilastres une façade , comme celle du Louvre du côté de la rivière , on trouvait que le tailloir ne soit point assez saillant suivant le premier dessin , on pourrait alors lui donner la même saillie apparente que celle du tailloir de la colonne , depuis la face de l’architrave E jusqu’à l’extrémité de la diagonale F, y rapporter de même toutes les saillies des feuilles et des volutes sur la ligne GH, pour lui donner plus de développement, puisqu’on n’est point ici contraint parla nécessité d’un même ensemble avec celui d’une colonne dont il serait indépendant.

Pilastre ionique. — Les volutes ioniques se placent au dehors du nu du pilastre , de la même manière que celles pour les colonnes; elles en conservent les proportions, ainsi que les moulures , dans leur hauteur : la différence réside dans le filet , la baguette et le

(1) J’ai cru devoir ajouter cette planche, comme un complément utile pour l’etude de 1 ornement de ces deux Ordres.

(.2) Voyez le Nouveau Parallèle des Ordres d" architecture , planches 58 et 59.

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