TOSCAN
Piédestal et Base toscans.
Quoique rarement il arrive qu’on mette des piédestaux sous l’Ordre toscan, cependant j’en donne le dessin pour plus de régularité, et pour le mettre en harmonie avec les autres ordres. J’ai observé comme règle générale de donner au piédestal , sa base et sa corniche , le tiers de la colonne , et pour l’architrave , la frise et la corniche composant l’entablement, le quart de la hauteur de la même colonne. Ceci une fois établi donnera de la facilité pour opérer. Ainsi , pour dessiner cet Ordre et les autres , quand on aura déterminé la hauteur générale, il suffira de la diviser en 19 parties, dont on prendra 4 pour le piédestal, 12 pour la colonne, et les 3 restantes pour l’entablement. Alors la hauteur donnée de la colonne, divisée en 14, sera l’échelle de modules d’après lesquels on établira toutes les parties de l’Ordre , dont le nom de chaque membre est ainsi indiqué :
A , fût ou vif de la colonne ; B , ceinture ; C , tore ; D , plinthe de la base ; E , réglet ; F, talon; G, dé du piédestal; H, filet; 1, socle et base du piédestal.
REMARQUE
Je vais essayer de suppléer au manque d’explication deVignoIe, relativement aux 19 parties qui partagent la hauteur totale de ses Ordres, en établissant le nombre de divisions propres à chaque partie; je les ai portées sur les lignes verticales formant le cadre de la planche précédente. La coïncidence de cette dernière mesure avec celle de 22 parties '/6 , établie pour ce même portique, est peut-être une régularité de plus, mais je ne la trouve régulière que pour le Toscan, le Dorique et l’ionique, quoiqu’il paraisse l’adapter aux autres Ordres, le Corinthien et le Composite : ce qui se rapporterait pourtant à peu près, si, au lieu de 7 modules de hauteur qu’il donne de préférence à son piédestal, pour plus d’élégance, comme il le remarque lui-même, il ne lui donnait que 6 mod. 2/a (1). Mais alors, par la division en 32 modules, pour arriver aux 19 divisions dont ils dépendent, en mettant l’entablement au quart de la colonne, il se trouverait avoir 1 partie */5 de plus en hauteur, qu’on pourrait reporter sur la frise et sur l’architrave, et la colonne, 20 mod. 4 parties 4/5 , ce qui, réuni au 6 mod. 2/3 , hauteur du piédestal, formerait les 32 modules. (Colonne, 20 mod. 4 part. 4/s; entablement, 5 mod. 1 partie T/5 ; piédestal, 6 mod. 12 part., font, réunis, 32 modules.)
Mais, par suite de cette remarque, je présente celle-ci. Si l’on voulait, par exemple, conserver la gradation entre les Ordres , il faudrait, au lieu de 32 modules de hauteur totale pour l’Ordre corinthien , ne lui donner que 3i mod. 2/s ; au piédestal, 6 mod. 2/3 , à la colonne, 20 modules, et à l’entablement, 5 modules; alors la ligne serait inclinée sur tous les axes principaux, dont l’espacement est le même, ainsi que le module, comme je l’ai indiqué planche ire. Cette même ligne, dis-je, passerait également au-dessus des chapiteaux à leur axe E, comme sur celui au-dessus de l’entablement F, et de la corniche des piédestaux D, et la division en 19 parties pour la hauteur totale du principe adopté pour les trois Ordres inférieurs , s’y rapporterait à un cinquième environ au-dessous de la dix-neuvième division.
(ij Voyez planche 22, et au texte la Remarque, et la planche 1" , oii les cinq Ordres d’architecture sont reunis , et ou la division en 3 2 modules , comme celle en 19 parties, sont egalement marquées; les 32 modules sur les lignes vertica^s formant le cadre, et les 19 parties auprès de chaque Ordre.
20 DORIQUE
Voilà donc trois proportions distinctes pour le Corinthien : la première, celle en 32 modules, sans rapport avec celle en i 9 , indiquée par Vignole, et tracée pl. ire; la seconde, les 32 modules en rapport avec les 19 parties, sauf les 6 parties A, retranchées du piédestal, à reporter sur la colonne B, et l’entablement C, le module restant le même; la troisième enfin, divisée en 3i mod. 2/3 , et plus basse d’un cinquième de partie au-dessous de la dix-neuvième division , indiquée par les lignes inclinées D, E , F, passant du Corinthien au Toscan sur trois points différens, le sommet de la corniche, celui de la colonne et du piédestal.
Chapiteau et Entablement toscans.
Après avoir donné , par les planches précédentes , les mesures principales de l’Ordre toscan , je Tai dessiné ici plus en grand sur cette planche , et sur le même module que la base et le piédestal, afin qu’on puisse mieux y voir les divisions même de ses plus petites moulures, avec la saillie qu’elles doivent avoir. La précision du dessin , jointe aux cotes, en exprime la figure avec la plus grande justesse , ainsi que le nom de chaque membre , par des lettres de renvoi marquées sur chacun d’eux.
A, ove ou quart de rond; B, baguette; C, filet ou réglet ; D, larmier; E, listeau ; F, talon; G, frise; H, listel; I, architrave; K, listel de l’abaque; L, abaque ou tailloir; M, ove; N, filet ou anneau; O, gorgerin; P, astragale; Q, ceinture ; R, fût ou vif de la colonne.
REMARQUE
La diminution du fût de la colonne pour cet Ordre est de 5 parties sur sa base, qui est de 24, et de 19 sous l’astragale (le gorgerin a le même diamètre, s’élevant droit parallèlement au centre de la colonne). Cette proportion sans doute est exacte pour l’entre-colonnement que donne Vignole à cet Ordre ; mais si l’on était obligé de tenir l’espacement plus grand que la mesure qu’il lui assigne , je conseillerais de ne la diminuer que d’un sixième de sa base.
Entre-Colonne dorique.
Pour faire la division de cet Ordre sans piédestal, il faut partager sa hauteur en 20 parties. Une de ces parties servira de module, que l’on subdivisera en 12 parties, comme on a fait pour l’Ordre toscan. On donnera un module à la base, y compris la ceinture ; au fût 14 modules , y compris l’astragale, et au chapiteau 1 module. L’entablement , composé de l’architrave, de la frise et de la corniche, aura 4 modules, ce qui fait le quart de la colonne , avec sa base et son chapiteau. On donnera 1 module à l’architrave, 1 module '/a à la frise , et un autre mod. '/a à la corniche, ce qui, joint ensemble, formera les 20 parties ou modules dont on aura divisé la hauteur de cet Ordre.
REMARQUE
Cet Ordre est le plus difficile à exécuter, l’entre-colonne étant déterminé par les triglyphes dans la frise, dont les métopes doivent toujours être carrées. J’ai donné, dans mon Parallèle des Ordres , etc.,
DORIQUE
pages 36 et 3y , les divers entre-colonnemens que Yitruve assigne aux autres Ordres; mais celui-ci, portant sa règle en lui-meme , je n en ai noté quun seul, fixé à cinq diamètres d’un axe de colonne à 1 autre, pour une façade de quatre colonnes, ce qui ferait croire qu’il ne les isole pas, la platebande de 1 architrave et tout le poids quelle doit supporter n’étant pas exécutable, sans quelque dangei , pour un si grand espace. Pour 1 entre-colonne de Vignole, on peut, dans certains cas, le réduire à 5 modules d’axe en axe, et n’avoir qu’un triglyphe entre ceux à plomb des colonnes ( celui de Vignole en a deux ). Il est des cas encore où l’entablement réduit entre le quart et le cinquième de la colonne , on gagnerait un demi-module environ sur celui de Vignole, dans l’écartement de co¬
lonnes ; mais il faudrait, pour la distribution et les proportions des moulures de l’entablement, un module particulier, et toujours dans les mêmes rapports du quart au cinquième par moitié, c’est-à-dire qu’il faut diviser la colonne en quatre, ensuite en cinq, et la différence du quatre au cinq, prise par la moitié, sera la hauteur de votre entablement, dont vous ferez quatre nouveaux modules, et c’est sur ces nouveaux modules que vous distribuerez vos triglyphes et vos métopes, qui vous donneront l’écartement de vos colonnes, leur module particulier restant toujours le même.
Pour ne point me répéter , j’observerai que cette manière de réduire l’entablement entre le quart tet le cinquième peut s’appliquer également aux autres Ordres.
Portique dorique , sans Piédestal.
Quand on voudra faire un portique ou une loge d’Ordre ionique * il faudra , comme il a été dit pour la figure précédente , diviser toute la hauteur en 20 parties , dont on formera autant de modules. Ensuite on distribuera ses largeurs de manière qu’il y ait 7 modules d’un pied-droit à l’autre , et 3 modules de largeur pour chacun d’eux. Le vide de l’arcade aura deux fois sa largeur en hauteur, et l’axe de chaque pilier ou pied-droit sera celui de la colonne , sur lequel correspondront les triglyphes, comme on le voit sur la planche. On observera que la colonne doit excéder le pied-droit d’un tiers de module de plus que son demi-diamètre ; ce qu’on doit faire ainsi pour que la saillie de l’imposte ne dépasse pas le milieu de l’épaisseur de la colonne. Cette règle sera généralement la même pour tous les Ordres dont les colonnes se trouvent engagées telles que celles-ci.
REMARQUE
Cet entre-colonne est le même que désigne Vitruve, celui du même Ordre au théâtre de Marcellus (dont quelques-uns croient qu’il est l’auteur ), ce qui semble vérifier ce que j’en ai dit en parlant des entre-colonnemens de la planche précédente. La largeur de celui-ci est fixée par les triglyphes, et la proportion donnée pour la hauteur de l’arcade laisse la place d’un ornement, composé de grecques, de postes ou d’une inscription , dans la distance du soffite à l’astragale que Vignole a fait courir d’une colonne à l’autre.
Portique dorique , avec Piédestal.
Si l’on veut élever un portique ou une loge d’Ordre dorique , avec des piédestaux , il
faut diviser la hauteur donnée en 25 parties l/$ , dont une servira de module. La distance
DORIQUE
d’un pied-droit à l’autre sera de io modules, et leur largeur de 5 modules , au milieu desquels la colonne sera engagée d’un mod. 1/i. Par ces divisions, la distribution des triglyphes et des métopes se trouvera régulière. Le vide de l’arcade aura deux fois sa largeur en hauteur, ou 20 modules. L’épaisseur des piles dépend de la force qu’elles doivent opposer au poids qu’elles sont destinées à supporter.
REMARQUE
Cet entre-colonnement ne s’exécute guère que pour les portes de ville, les arcs de triomphe, ou autres grandes ouvertures. Les colonnes ne sont, pour ainsi dire, qu’accessoires par leur grand espacement. Aussi voit-on, pour quelles marquent davantage dans certains monumens, l’entablement se profiler sur chacune d’elles, ce qui leur donne un caractère monumental, et on le termine souvent par une statue, comme on peut le voir à l’arc du Carrousel sur un Ordre corinthien.
Piédestal et Base doriques.
Le piédestal de l’Ordre dorique doit avoir 5 mod. x/3 de hauteur , et l’imposte et l’archivolte dessinées sur la même planche , chacune un module. Les proportions de chacun de leurs membres, tant en hauteur qu’en saillie, sont cotés, de même que ceux du piédestal et de la base :
A , cannelures à vives arrêtes ; B , orle ou ceinture du bas de la colonne , laquelle doit être ainsi nommée pour toutes les colonnes ; C , bâton ou baguette.
remarque.
Yignole est le premier qui ait mis une base à la colonne de cetOdre et qui l’ait élevée sur un piédestal; et quelques architectes contemporains , ses imitateurs, ont adopté cette manière. Les anciens n’avaient employé ni l’un ni l’autre. La base ne se distingue de celle de l’Ordre Toscan que par la baguette qui est entre la ceinture et le gros tore. Cet Ordre a ses cannelures particulières ; elles sont à vives arrêtes et creusées sur la base d’un triangle équilatéral , comme on voit en A a. L’autre manière D est de Vitruve; celle-ci se trace par la section des diagonales d’un carré, mais si vous creusez les unes ou les autres sur la face d’un pilastre, il faut observer une cote sur chaque angle, car l’arrête vive n’aurait point assez de résistance à opposer soit à l’air, soit au moindre frottement.
Chapiteau et Entablement doiiques , avec dcnticules.
L’ensemble et le profil de cet Ordre dorique sont tirés du théâtre de Marcellus à Rome , que j’ai pris pour modèle et cité dans la préface de cet Ouvrage. Il est tracé sur ce dessin dans les mêmes proportions que dans le monument antique :
A, cavet ; B, denticules; C, chapiteau des triglyphes ; D, triglyphes, ses canaux et demi-canaux (l’espace entre eux, rempli par une tête de victime, se nomme métope); E, gouttes (elles doivent toujours être rondes); F, cymaise du tailloir; G, annelets.
IONIQUE
REMARQUE
Le chapiteau de la colonne est, à quelques proportions près, le même que celui des colonnes du théâtre de Marcellus. Le diamètre du fut sous l’astragale est de 20 parties, et le chapiteau se divise en 3 parties égales, comme celui de l’Ordre toscan, proportion recommandée par Vitruve, la première pour le tailloir et les moulures qui le couronnent 5 la seconde pour love et les filets au-dessous, et la troisième pour le gorgerin. Ce chapiteau, sans être précisément celui des Grecs pour le même Ordre, a cependant quelque rapport avec le leur par les trois annelets qui sont sous love ou quart de rond. Le plafond du larmier et suffisamment indiqué par le plan correspondant placé au-dessous du larmier même.
Chapiteau et Entablement doriques , avec mutules.
J’ai dessiné cet autre profil d’Ordre dorique, d’après quelques fragmens d’édifices antiques que l’on voit à Rome. L’ensemble en a très-bien réussi en plusieurs occasions où je l’ai employé.
A , doucine ou gueule droite ; R , mutules ou modifions , nom qu’ils portent tous , de quelque forme qu’ils soient , quand ils servent à soutenir une corniche ou qu’ils en font partie ; C , olives ou amandes, nommés fusaroles par Yignole.
REMARQUE
Le profil de l’entablement de la planche précédente n’a de ressemblance avec le Dorique grec que par ses triglyphes et ses gouttes, du reste il est tout romain. Celui-ci, au contraire, a cette ressemblance de plus avec ceux des temples du même Ordre à Athènes , qu’il a des mutules plus prononcées à la vérité, mais qui n’en rappellent pas moins l’idée, ainsi que les gouttes pendantes au-dessous. Au surplus, ce sont deux fort belles conceptions. Le premier, comme plus léger, peut réussir dans les intérieurs; le second, beaucoup plus mâle, pour les décorations extérieures, dont l’emploi pour plusieurs édifices connus a justifié le succès. Pour répondre en quelque sorte à la richesse du chapiteau, on pourrait tailler de raies de cœur le talon entre la doucine et le larmier, celui qui couronne les mutules, et peut-être orner d’oves le quart de rond qui règne au-dessous. On ajouterait les mêmes ornemens aux moulures du plafond sous le larmier, qui, avec ceux dont il est déjà décoré, formeraient un ensemble peut-être trop riche pour l’Ordre, mais que j’ai cru devoir indiquer.
Entre-Colonne ionique.
Pour l’entre-colonnement ionique , il suffira de diviser toute la hauteur en 22 parties et demie. Une de ces parties servira de module , que l’on divisera en 18 autres parties , parce que cet Ordre, qui est plus léger que le Toscan et le Dorique, a besoin d’un plus grand nombre de divisions. Sa colonne doit avoir 18 modules, y compris sa base et son chapiteau; l’architrave, 1 module U4 ; la frise, 1 mod. 1L , et la corniche, 1 mod. % ; ce qui, réuni , forme 4 mod. ‘/a , ou le quart de la hauteur de la colonne.
IONIQUE
REMARQUE
La comparaison que l’on a faite du chapiteau ionique, ou, pour mieux dire, son origine imitée de la coiffure des femmes, les cannelures du fût de la colonne, des plis de leurs robes, sa base, de leur chaussure , tout cet assemblage sans doute paraît fort ingénieux ; cette histoire ressemble à bien d’autres aussi anciennes, et je la respecte infiniment. Mais, revenant à l’objet principal, je dirai que la proportion de la colonne ionique, suivant Vitruve, y compris la base et le chapiteau, est de huit diamètres de hauteur. Il est des cas où elle peut convenir, de même que l’entablement, de proportion prise entre le quart et le cinquième. Mais si Yignole l’a réglée à neuf diamètres, c’était pour quelle tînt le milieu entre le Dorique et le Corinthien, et le reste suivant sa méthode. L’entrecolonne est de 4 mod. 7* , l’entablement a toujours le quart de la hauteur de la colonne, comme dans les autres Ordres, comme enfin il le note lui-même.
Portique ionique , sans Piédestal.
Quand on voudra faire des portiques, des galeries ou des loges d’Ordre ionique, sans y mettre de piédestal, on donnera 3 modules de largeur aux piliers des arcades et celle du vide sera de 8 mod. '/2 sur 17 modules de hauteur, qui est le double de sa largeur. Cette règle doit s’observer pour toutes les arcades de ce genre , à moins qu’on ne se trouve contraint, par remplacement, à sortir de cette proportion , dont il faudra cependant toujours se rapprocher le plus possible.
REMARQUE
Après l’Ordre toscan , l’Ordre ionique est celui qui cause le moins de difficultés pour la disposition de ses entre-colonnemens et de ses portiques, n’ayant que des denticules dans sa corniche, lesquelles n’assujettissent pas comme les triglyphes du Dorique, ou les modifions du Corinthien. On a beaucoup erré dans la proportion qui convient aux arcades , depuis surtout que tout le monde a voulu bâtir sans autre règle que ses idées. De là vient que si l’on voit des arcades qui n’ont qu’une fois et demie leur largeur en hauteur, il en est d’autres qui ont jusqu a deux fois un quart et plus de hauteur que leur largeur. Mais comme il y a des règles établies par des hommes de génie , il faudrait faire en sorte de s’y conformer, ou que les licences que l’on prendrait fussent assez bien raisonnées pour les justifier. L’architecte ingénieux peut vaincre, par l’étude, toutes les difficultés.
Portique ionique , avec Piédestal.
Pour faire un portique ou une loge d’Ordre ionique avec des piédestaux , il faut diviser la hauteur donnée en 28 parties 1/2 , dont on donnera 6 au piédestal , avec ses ornemens , ce qui revient au tiers de la colonne, y compris sa base et son chapiteau, comme on a dit que cela devait se pratiquer pour tous les Ordres. La largeur du vide de l’arcade sera de 1 1 modules, la hauteur de 22, et la largeur des piliers de 4? comme on peut le voir sur la gravure.
IONIQUE
REMARQUE
Les règles que Vignole donne ici ne sont que pour les édifices d’un seul étage, ou d’un seul Ordre, comme je l’ai remarqué pour le Dorique; car, s’il fallait élever plusieurs portiques les uns au-dessus des autres, les mesures qu’il prescrit pour celui-ci ne pourraient plus être suivies avec la même précision , le diamètre de l’Ordre supérieur devant être nécessairement moindre que celui du bas , les piles dans les mêmes rapports, et les arcades plus basses de beaucoup plus que de deux fois leur largeur en hauteur. Aussi semble-t-il ne l’appliquer qu’à un simple portique , ou à une loge servant de couronnement ou de belvédère à un bâtiment.
Piédestal et Base ioniques.
La corniche de l’imposte que l’on voit sur cette planche a un module de hauteur , et sa saillie 6 parties. Les mesures particulières de chacune de ses moulures sont cotées sur la gravure , de même que celles de l’archivolte. Le piédestal et la base de la colonne y sont également représentés dans leurs justes mesures. C’est pourquoi nous y renvoyons pour en connaître les proportions.
A, scotie ou nacelle; B, baguette ou astragale; C, scotie du bas, séparée de la plinthe par un filet.
REMARQUE
La base de la colonne ionique de Vignole est la même que celle de Vitruve. On ne la voit dans aucun édifice antique. Comme appartenant à l’Ordre ionique de notre auteur , il a fallu la présenter ici ; mais elle a quelque chose de tellement imparfait par la confusion de ses moulures, qui n’ont entre elles aucunes proportions, que nous conseillons d’employer de préférence, pour cet Ordre, la base attique ( Voyez Planche 28) , qui est beaucoup plus parfaite.
Nota. Les cotes D , qui séparent les cannelures E , doivent avoir de proportion le tiers des cannelures même.
Chapiteau et Entablement ioniques.
La manière de faire le chapiteau ionique , tel qu’on le voit sur cette planche , est de tracer deux perpendiculaires à un module de distance de chaque côté du centre de la colonne , lesquelles sont appelées cathetes , et sont coupées horizontalement par une ligne formant le dessus de la baguette de l’astragale ; toute la volute doit avoir en hauteur 16 parties de module, dont on donnera 8 a la partie qui est au-dessus de 1 œil ,2a l’œil de la volute , 6 autres au-dessous du même œil , 7 en dehors sur la ligne horizontale , et 5 à l’opposé, sur la face de la colonne. Nous donnerons, dans la planche suivante , la manière de tracer avec exactitude le contour de cette volute.
REMARQUE
Vignole a imité son chapiteau des anciens. On voit à Rome plusieurs de ces chapiteaux dont le
2 6 IONIQUE
canal de la spirale des volutes est orné. Ce chapiteau présente, dans deux de ses faces, des volutes qui se joignent sur les côtés par un ornement appelé le balustre du chapiteau. L’Ordre ionique convient pour les portiques en avant-corps, ou autrement il faudrait plier les volutes angulaires pour un retour d’équerre, comme on le voit au temple de la Fortune virile , à Rome (i); ce qui, en alourdissant cette partie, la rend difforme et de mauvais goût, parce quelle lui ôte son caractère primitif. L’entablement de Yignole est en harmonie avec l’Ordre, et le couronne très-bien : l’ensemble, en luimême, réunit la pureté , le caractère et la légèreté qui conviennent à cet Ordre.
Tracé de la Volute ionique. — Figure ire.
Après avoir tiré une ligne perpendiculaire appelée cathète , et une ligne horizontale qui coupe la première à angles droits, l’intersection de ces deux lignes vous donnera le centre de l’œil de la volute. Cet œil ayant, comme nous l’avons dit, deux parties de diamètre, vous tracerez deux diagonales passant par son axe, et des parallèles de chaque côté de ces mêmes diagonales, qui auront pour extrémité leur rencontre dans le cercle de l’œil , sur la ligne de la cathète en haut et en bas, et de même sur la ligne horizontale qui la coupe, ce qui formera un carré vu sur l’angle. La distance du centre de l’œil à la rencontre de ces lignes sera divisée en trois sur chaque côté, ce qui donnera 12 points, servant de centre à chaque portion de cercle , formant les trois révolutions de la spirale de la volute ( Voyez Figure 2 pour la division des points). Alors, du point 1 au point A, sous le talon du tailloir, vous décrirez un quart de cercle jusqu’au point B, et , sans bouger la pointe de votre compas , vous rapprocherez l’autre sur la même ligne au point 2, que vous fixerez sur ce nouveau point, pour décrire de B un autre quart de cercle en C, et, laissant de même votre pointe de compas sur le C, vous descendrez l’autre au point 3 ; et, du point C, vous irez au point D, et ainsi de suite jusqu’aux 12 points marqués , dont la révolution du dernier se termine sur l’œil de la volute.
Pour tracer le listel , qui a le quart de la distance qui se trouve entre chaque révolution , vous diviserez en quatre chacune des parties qui ont servi de centre à chaque portion de cercle, et ces 12 nouveaux points, ceux les plus près sous la première division , vous donneront le contour intérieur qui forme l’épaisseur du listel ( Voyez Figure 2).
Nota. Les lignes ponctuées partant de chaque point du centre 1 B, 2 C, ainsi des autres, jusqu’aux extrémités de chaque portion de cercle , indiquent qu’ils doivent s’y terminer, si l’on veut obtenir une volute parfaite.
Autre Tracé de la Volute ionique. — Figure 3.
Pour tracer cette volute suivant la méthode gravée sur cette planche , il faut tirer la ligne appelée cathète, dont la hauteur sera de 16 parties de module (celle de la volute). De ces 16 parties, 9 sur la cathète en marqueront le centre A, ou celui de l’œil qui sera traversé par une ligne horizontale; et de 7 autres parties au-dessous , sur la même
(1) Voyez le bouveau Parallèle des Ordres d'architecture , planche 24, et les planches 18, 19, 20 et 21 du même Ouvrage.