LIVRE m. m
Cependant ^ malgré la nutt sojfntiM ^ ^
De gros brandons qui perçaient f «iIllNré »
Ifous faisaient voir clair & minuit.
le ne vous dirai rien du bmit /
Mais bien que jamais en ma vie
De dormir Je n'eus moins envie.
L'aurore vint le lendemain ,
Et rendit le temps plus humain ,
Couvrant la terre de ses larmes ,
Pour parler langage de Carmes.
Lors sortit d'un bois éloigné
Un portrait fort mal dessigné ,
Et d'une méchante manière;
Épouvantait de chenevière.
Et qui n'avait crin sur sa peau »
Qu'en quelques endroits en lambeatt ,
Où mainte épine était tissue »
La peau contre les; os cousue »
Pâle , sec et défiguré ,
Gomme un corps de terre tiré. .
Par ses lon^ cheveux et sa barbe ^
Et par le resté de son garbe ,
Il fut de nous Grec reconnu ,
Jadis avec les siens venu
A la destruction des nôtres.
Voyant qu^il nous prenait pour d'^aotresl
Et que nous étions Phrygiens ,
II s'écria : j'en liens! j'en tieni !
Et voulut retourner arrière j
Hais , suivant sa route première ,
Il vint en tremblant devers nous,
Et se mettant à deux genoux ,
Il nous dit d'une voix cassée «
D'un débile e3tomac poussée.
Ces tristes mots en son patois; O Troyaas , nobles et courtois , Par les puissances souveraines , Par vos parrains, par vos marraines.
Par ce que vous avez de cher ,.
Épargnez , de grâce, ma chair.
Il est vrai , ma race est Grégeoise j . Si c'est assez pour avoir noise Avec vous aux Grecs courroucés, .
Dépecez mon corps , dépecez , De bon cœur je vou.s Tabandonne , Et veux que Dieu vous le pardonne.
Je vous serai trop obligé De n'être pas tout vif mangé j Car hélas! en cette île étrange Mêm^§ans sel les gens on mange;
Il nous dit ces mots en pleurant , Serrant mes genoux , m'adorant.
Je lui dis qu'il eût bon courage-, Qu'il nous déclarât son village , Son nom, sa fortune, et par où , Pour faire ainsi le loup-garou , Il se trouvait dans la Sicile.
Mon père dont rame est civile.
Autant que celle d*un trompeur , L'exUort^ de n'avoir pas peur , JEt dit qu'on lui donnât à boire , , Du pain , du fromage , une poire.
A ces mois le pauvre étranger Fut vu visiblement changer.
Et reprendre un peu son visage , Et puis II nous tint ce langage , Sur son chapeau jouant des doigts:
C'est bien Iq çq que j'atiendois
De nation si généreuse , Qui devrait être plus heureuse. . '
Or, messieurs , pour vous obéir. Je ne veux mon pays trahir, Ni mon nom, ni mon origine, M'en dussiez- vous faire la mine. - Je auis d'Ithaque en Itbaquoîs, ' Sujet d'Ulysse le Narquois , ■ • i
Un des chefs du peuple d'Aulîde; ' - ' Pour mon nom c'est Achéménide , Mon père Adamaste , un vieillard Qui n'eut jamais vaillant un liard , Et pourtant est bien gentilhomme , - Je ne me pus pas sauver, comme > ' Mes compagnons plus lins que moi.
Qui me laissèrent plein d'émoi , Chez le cyclope anthropophage, ' Un grand vilain pour tout potage, Qui d'un homme fait un morceau , Et s'enivre comme un pourceau .
Il était ivre quand mori maître , Qui tient toujours un peu du traître; Lui fit un assez mauvais tour , *
Le privant pour Jamais du jour.
Or , pour revenir à ce diable, • En son manoir épouvantable '
On ne voit que sang répandu. ^ Il n'avait qu'un œil , le pendu ; • ' Mais cet œil n'est plus dans sa tête, Dont jour et nuit il se tempêté 5 '
Cest un barbare sans pitié , • '
Qui ne sait que c'est qu'amitié^ '
Quoiqu'elle est bien longue la face Dont il fiiit très*laide grimace,
Itt L'ÉNÉmfi TRAVESTIE.
Elle tient de celle d'un ours , ^
Il ne rit point, gronde loujours.
Ce désolateur de campagne »
Est aussi grand qu'une moDiagnef.
Gourmand, si jamais il en fût,
A qui toujours l'haleine put.
Je Tai vu , cet épouvantable,
Prendre un mien ami par le râbl#
Et le croquer comme un lardon »
Et puis , Dieu me fasse pardon ,
Prendre un autre sien camarade ,
Et lui donnant une iroissade.
Contre le roc de sang enduH ,
Gomme Tautre, sans être cuit, . . . .1
Le gober en buttre à Técaille , . /
Os, chair, tripes, boudins, entrailles*
Pai vu le sang se répandant,
A ce grand diable à la grand'dent.
Le long de sa sale mâchoire ,
De sang figé , roMgeâtre et noire i
J'ai vu des membres palpiter
Et dans sa bouche s*agiter
Tandis qu'il les mangeait encore»
Il ne mange pas , il dévore ,
Et le fait tant avidement,
Qu'il s'engoue ordinairement.
Ulysse, affligé du carnage
Que faisait cet anlbropophage,
Ce maître avaleur de pois gris
Reprend à la fin ses esprits ^
Il fait si bien qu'il apprivoise
Cette nature raba]oise>
Lui fait boire du vin sans eau^
Non pas pour un simple toflneam