‹ Le Virgile travestiChapitre 121 sur 218 · LIVRE CIXQCIÈMB · texte numérisé non relu

LIVRE CIXQCIÈMB

De voir ses gens gais et gaillards.

Leur dit quelques petits brocards Dont aurait pu rire une souche, Puis, pour leur taire bonne bouche.

Leur dit : « Allez, amis féaux, Couronner vos chefs de rameaux Pour faire honneur à feu mon père, Comme de l'arbre de ma mère, De laurier, arbre toujours vert.

Vous m'allez voir le chef couvert. »

Cela dit. sur sa chevelure L'arbre d'immortelle verdure Parut en chapeau façonné; De même en fut chaperonné Acestes, et le vieil Elyme, Au corps sec, à l'esprit sublime, Grand joueur d'échecs, et tarots, Et qui, pour guérir les surots.

Les malandres. larcin, avives.

Et pour prendre à la glu les grives.

Enfin toutes sortes d'oiseaux, Savait mille secrets nouveaux.

Autant en fit le jeune Ascagne, Lors vêtu d'hfioits de campagne :

C'était d'un fort beau bouracan.

Que dans Carthage, en un encan, Sa belle-mère prétendue.

D'une vieille nippe vendue (C'était certain cotillon gris).

Avait acquis u fort bas prix, Et, pour faire la bonne mère.

Donnée au fils pour plaire au père.

Tous les jeunes godelureaux Se mirent aussi des rameaux.

Chaque tête étant couronnée.

L'incomparable maître Enée 8e mit à la tète d'eux tous.

Marchant sans ployer les genoux Avec une majesté telle, Qu'onc ne fut démarche plus belle,

Onc ne fut un convoi plus beau.

Etant arrivés au tombeau, La douleur sur la face peinte, ^neas fit apporter pinte D'un très-excellent vin clairet Pris au plus prochain cabaret, Et le répandit sans en boire (Chose très-difficile à croire) ; Ensuite du sang- et du lait Quatre fois plein un gobelet; Sema le lieu de fleurs nouvelles, Et puis lâcha paroles telles :

« Bonjour, de mon père les os, Qui prenez ici le repos, Tandis que moi, pauvre homme triste, Suivi des malheurs à la piste, Je cours comme un Bohémien Et traité comme un pauvre chien.

Si du terme de quelque année De Madame la Destinée, Vos jours eussent été prolongés, Vous nojis eussiez vus bie.a logés En la région d'Italie Que l'on nous prône tant jolie, D'où l'on dit que nos descendants, Bâtants les gens malgré leurs dents, Comme ils voudront feront litière De la machine ronde entière; Mais le Dieu du ciel n'a pas fait Les choses selon mon souhait :

Sa sainte volonté soit faite! »

Sur cette piteuse entrefaite, Un fort grand vilain serpent vint Qui fit frayeur à plus de vingt :

^neas en eut telle transe.

Qu'il n'en fit nulle révérence, Lui qui les donnait à crédit, Même pour rien, à ce qu'on dit.

€e grand serpent, long de deux aunes, ïout parsemé de taches jaunes,

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