‹ Le Virgile travestiChapitre 190 sur 218 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

Que cette ambassade étrangère

Avait des présents à lui faire.

Latin, à ce mot de présent,

A toute oreille fort plaisant,

Se mit à rire comme un singe :

Il changea vitement de linge,

Se composa, se radoucit,

Prit une soutane et s'assit ;

Je me trompe, il fut droit au temple,

Lequel était fait, par exemple,

Comme... attendez;... en bonne foi

Je ne sais pas bien comme quoi :

Consultons là-dessus Virgile.

Ce versificateur habile

Dit que ce temple des plus beaux

Se soutenait sur cent tréteaux,

Et dit aussi que son portique

Tenait un peu trop du gothique.

Ce temple servait à Latin,

Quand il voulait faire festin :

Il aimait fort la bonne chère.

Lorsqu'elle ne lui coûtait guère.

Bans ce temple l'on s'assemblait,

On y jouait, on y ballait,

Aux jours de fête et jours de noce.

En plate peinture, ou bien bosse,

De Latin les nobles aïeux,

Erigés lors en demi-dieux,

Etaient le long de la muraille

En habit de donner bataille :

Les sieurs Italus, Sabinus,

Et le porte-faux Saturnus,

Et maints autres grands personnages,

Fous en guerre, comme en paix sages,

Et Picus, l'écuyer expert.

Changé par sa femme en pivert.

Sa femme, fameuse sorcière.

Comme je vous ai dit naguère.

On avait dans ce temple mis

Force dépouilles d'ennemis.

Et l'on y voyait maints trophées D'armes, bien ou mal étoffées.

Ce fut donc en ce temps-là, Un huissier faisant le holà, Que l'ambassade fut ouïe.

Latin, la face épanouie, Dit aux Troyens ce que voici :

« Messieurs,"^ d'où venez-vous ainsi?

Nous demandez-vous la passade? »

Un des premiers de l'ambassade, A ce discours hors de raison Que leur faisait ce roi grisou, Fut bien fort tenté de répondre De quoi Sa Majesté confondre; Mais le roi, qui l'appréhenda, La chose ainsi raccommoda :

ce Qui vous amène en ce rivage Avec votre grand équipage, Et par quel vent de bien portés, Vous êtes-vous ici plantés?

Nous savons fort bien qui vous êtes, Et les longs chemins que vous faites.

Depuis que la fureur du Grec A réduit votre ville à sec.

Quoique peu savant dans l'histoire, C'est à moi chose fort notoire Que le bon père Dardanus, De qui les Troyens sont venus Fut né natif de cette terre, Et, par le moyen de la guerre.

Dans votre terroir Phrygien Qu'il amassa beaucoup de bien.

Maintenant le révérend sire Dans le ciel a ce qu'il désire.

Où bien mieux que chez Guénégo, On a toute chose à gogo, Où la vapeur des sacrifices Sent le boudin et les saucisses.

Dont, plus que du vin des Flamands, Les dieux sont endiablés gourmands»

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Or donc, mes braves gentilshommes, Par Dardanus parents nous sommes ; Mais, quand parents vous ne série:*, Nous voulons bien que vous sachiez Que notre courtoisie est telle, Que, même sans la parentelle, Ma maison je vous offrirais.

Et de mon mieux vous traiterais. »

Ainsi dit-il, Ilionée, D\me face non étonnée.

Lui dit ces mots en florentin :

« Race de Faune, roi Latin, Le vent de Brie ou de Galerne, Ou la mer qui les vaisseaux berne, Laquelle, non plus que le vent.

Ne sait ce qu'elle fait souvent, Ou le dessein de faire aig-uade, Ne nous met point en cette rade ; Ce n'est point contre notre gré, Mais de i3ropos délibéré, Que nos vaisseaux dans votre Tibre Ont arrêté leur course libre.

Tels que vous nous voyez ici, Nous sommes Troyens, Dieu merci, Enfants de la superbe Troie, La plus grande ville qu'on voie, Au moins qu'on voyait autrefois, Devant que l'incivil Grégeois D'une cité pleine de gloire Eût fait une pelouse noire.

Et nous eût malement contraints De courir les pays lointains.

Nous tirons des*^ dieux origine, C'est en avoir de la plus iine :

^neas, notre roi gentil Vient de Jupiter en droit fil.

Par nous ce bon seigneur vous mande Que bien fort il se recommande A votre générosité; Qu'il veut boire à votre santé.

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Et joindre ses sujets aux vôtres • Qu un seul de nous en vaut quatre autres Et que vous pouvez essayer, '

Si prix d'argent nous peut payer- Que, dans la fortune contraire, C est plaisir que de nous voir faire.

Et pour ee qu'on appelle cœur, Que nous en avons du meilleur • Exem/jlum, la guerre de Troie.

A peine trouvons-nous qui croie Les beaux faiis que nous racontons, Et SI, ma foi, nous ne mentons Pas la moitié de notre force.

On juge du bois par Técorce, Et du dedans par le dehors :

Considérez de près nos corps, ■ Et jugez quels nous devons être.»

Cela dit, pour faire paraître Leur très-grande sincérité.

Comme s'ils l'eussent consulté.

Les Troyens, sur la jambe droite Firent d'une manière adroite, Une pirouette à deux tours, Durant quoi cessa le discours Du sage ambassadeur d'Enée'.

La pirouette étant tournée.

Il reprit son discours ainsi :

« Dans notre flotte en raccourci, Vous voyez la grandeur de Troie, Où le soleil de plomb flamboie, Ou ce flambeau, major des cieux, Rarement réjouit les veux.

Il n'est personne si stupide, Et si peu d'écouter avide, Qui ne sache les grands combats Par qui le Grec nous mit à bas.

De ce déluge de misères, A raconter encore amères, Nous nous sommes sauvés par mer, Tant il fait bon savoir ramer.

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