‹ Le Virgile travestiChapitre 39 sur 218 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

Nous YÎmes bien loin dans la mer

Je ne sais quoi, qui, sans ramer,

S'approchait de grande vitesse.

Chacun s'entre-demanda qu'est-ce?

Mais bientôt après chacun vit

(Ce qui grande frayeur nous fit)

Deux serpents à la riche taille

Venant à nous comme en bataille

Depuis rîle de Ténédos,

Armés d'écaillés sur le dos.

Du seul mouvement de leur queuo^

Ils allaient sur la plaine bleue

Aussi vite que l'aurait pu

Nef à qui le vent souffle au eu.

Ils avaient une rouge crête

Sur leur épouvantable tète ;

En nous regardant ils sifflaient,

Et les yeux leur étincelaient.

Ils se saisirent du rivage,

Qu'on abandonna sans courage;

Puis ces vénérables serpents

Faisant grands sauts, et non rampants»

De Laocoon s'approchèrent.

A ses deux enfants s'attachèrent,

Et de ces deux enfants si beaux

Ne firent que quatre morceaux.

Il vint avec sa hallebarde :

Un des serpents sur lui se darde.

De cent plis Tayant garrotté

(Ils avoient le coup concerté) ;

De sa queue avec grande adresse,

L'autre lui donna sur la fesse,

Ayant honnêtement fessé.

Le patient fut embrassé

Par lui de pareille embrassade

A celle de son camarade.

Lequel à son tour le pilla,

Le déchiqueta, mordilla

D'une épouvantable manière,

Tant par devant que par derrière.

I£ VIKGILE TRAVEaXI. — 1, 4

Ses bras faisaient de vains efforts

A déprendre ces sales corps

Joints au sien par plusieurs ceintures

Plus cruelles que des tortures ;

Mais ils le tenaient si serré,

Que le pauvre désespéré.

Voyant qu'il n'j' pouvait rien faire.

Se mit à pleurer, puis à braire.

Il s'en acquitta dignement

Ainsi mu^it horriblement

Le bœuf, à qui la main du prêtre,

Qui n'est qu'un maladroit peut-être,

Ne donne, au lieu d'un trépas prompt.

Qu'un coup qui la corne lui rompt,

Ou bien lui fait bosse à la tête,

Ce qui trouble toute la fête.

A ce spectacle plein d'horreur

Tout le monde s'enfuit de peur,

Jusqu'en lo ville aucuns coururent.

Ayant fait tout ce qu'ils voulurent.

Les deux serpents au ventre vert,

De sang et de venin couvert,

A demi-mort ils le laissèrent.

Et devers la ville marchèrent,

Tête levée, et triomphants

Du pauvre homme et de ses enfants.

Tout le monde leur fit passage,

Et personne n'eut le courage

De les attaquer en chemin,

Tant on respecta leur venin!

Etant arrivés dans la ville,

Miner-ve leur servit d'asile,

Et daiiS son temple les reçut.

Dont grande frayeur l'on conçut.

Chacun disait : Le misérable

A fait un acte détestable.

En offensant ce grand cheval.

Que Dieu veuille garder de mal I

Il faut, avec cérémonie,

Réparer cette félonie,

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