‹ Le visiteur des écolesChapitre 24 sur 47 · I-E VISITEUR · texte numérisé non relu

I-E VISITEUR

une partie des connaissances spéciales dont il a besoin pour diriger utilement ces réunions.

J III. DBS MBII«LEU&8 OUVRAGE^ 0*I»«TRUCTION £T d'ÉDUCATIDV POPULÀIAB.

Les livres jouent dans l'éducation moderne un rôle si considérable qu'ils demandent une attention spéciale. L'on peut presque dire que Féducation , publique ou privée , vaut chez les diflérentes nations ce que vaut leur littérature pédagogique. En effet, ouvrez un livre d'éducation écrit en français, en allemand , en anglais , et aussitôt vous y voyez quel est l'esprit qui préside aux études qu'on fait, quelles sont les directions morales qu'on donne à la jeunesse des trois principaux pays de l'Europe. Aux yeux de Thomme detat, comme aux yeux du philosophe, les livres d'éducation ont donc une haute importance. On doit les envisager sous deux points de vue principaux : celui de t esprit qui les anime , celui de la forme qu'y revêt la pensée.

L'esprit qui règne d'ordinaire dans les livres d'éducation est le reflet de la pensée morale et religieuse qui domine dans un pays. Telle est la règle; mais elle souffre de nombreuses exceptions. Il est dfis époques où c'est tantôt l'ëlénient moral et pbilo«o» phique, tantôt l'élément social ou politique qui l'aoi* porte sur la pensée religieuse proprement dite. Gi qui prévaut, en effet ♦ dans les livres d'éducatip» comme dans tous les autres , c'est l'esprit du temps.

En principe , les hommes chargés du sacerdoce de

réducatioii devraient, d'abord , seuls écrire pour la jeunesse, et, en second lieu, ils ne devraient composer de livres d'éducation qu'aux époques normales , aux époques les plus glorieuses et les plus pures de la vie des peuples. Mais , dans le fait, il en est rarement ainsi. Si, dans les temps ordinaires, les hommes chargés du sacerdoce' de l'éducation sont les seuls qui écrivent pour la jeunesse, aux temps de révolutions ce sont les esprits les plus hardis, les plus novateurs , et quelquefois les plus utopiques, qui tracent aux peuples des projets, des principes et des règles d'éducation. Et quand ces temps de crises et d'orages sont passés, quand sont venus ceux de ce nivellement où tous prétendent atout, idées, emplois, honneurs et profits , la spéculation mercantile s'applique à l'éducation comme à autre chose, et alors tout le monde fait non - seulement des théories, mais des manuels d'éducation. Alors aussi les livres qu'on aime le mieux à faire sont ceux dont le com«merce parvient à débiter le plus grand nombre d'exemplaires. Dès ce moment ce n'est pluii ni l'esprit religieux , ni l'esprit philosophique, ni l'esprit politique , c'est l'esprit mercantile qui préside à la composition des traités d'éducation»

Ce n'est pas de cette littérature que nous allons nous occuper ici ; c'est de celle-là seulement qu'inspire l'amour éclairé de la jeunesse. Elle est assez riche et assez belle pour qu'il puisse être question d'elle cenle.

L'esprit qui j règne est non-seulemeut l'amour de la jeunesse, mais l'amour de l'humanité souj^ sa forme la plus séduisante, la plus pure. L'enfance

est, en effet , la condition humaine la plus idéale et la plus voisine de celle des êtres célestes. Dès lors , écrire pour la jeunesse, c'est prendre la plus haute et la plus délicieuse position que puisse ambitionner le philanthrope. Mais on ne doit écrire pour l'enfance, que lorsqu'on se sent une véritable mission , et qu elle est justifiée par des vues saintes et pures.

Un sage chef de famille, une bonne mère, un professeur plein d'expérience , méritent bien aussi , sans nul doute , d'être entendus lorsqu'ils parlent de ce qu'ils ont eu de plus cher et de ce qu'ils ont le mieux étudié. Dussent leurs livres manquer de tout autre mérite , ils auraient celui d'un devoir consciencieusement accompli. Mais une parole vulgaire a peu d'autorité , et à moins d'une compétence plus haute, personne ne doit usurper le droit de faire des ouvrages d'éducation.

n faut cependant distinguer des ouvrages d'éducation les livres de pure instruction , et accorder pour ces derniers plus de latitude. On en peut faire de fort utiles sans être revêtu du sacerdoce de l'éducation.

Pour ce qui est de la forme , c'est-à-dire du style des ouvrages d'éducation , on ne doit pas être moins exigeant que pour le fond. Si le style n'est pas l'homme , il est au moins l'image des sentiments et de la pensée de l'homme. On n'écrit bien que quand on pense bien. Les sentiments qu'il s'agit de peindre étant purs et simples , la pensée nette et vraie , on trouve aisément le style qui convient. II doit être d une pureté telle que la grammaire n'y

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soit pas plus effleurée que la morale elle-même ; d'une simplicité telle qu'il ne s'y trouve aucun fard de parure ni de coquetterie ; il doit être enfin d'une telle vérité que toujours le mot rende complètement l'idée et ne rende qu'elle. Que de livres d'éducation condamnés par ces principes avoués de tout le monde! Que de sottes fables, que de fades historiettes , que de contes insipides à proscrire ! Un hommev d'esprit a osé flétrir la littérature facile qui a cours dans la société : qui osera s'attaquer à la littérature à la fois stupide et péiîlleuse qui a cours dans le monde des enfants? Vous aurez le courage de faire quelques pas ; mais , après avoir démasqué le danger qu'il y a dans les livres de MissEdgev^orth , de madame de Genlis , de madame Leprince de Beaumont et de tant d'autres, aurez-vous aussi la force de dire queld inconvénients offrent des volumes publiés par les premiers écrivains de la nation? Dans ce cas, Fénelon lui-même, Fénelon, dont le traité sur l Éducation des filles doit être entre les mains de toutes les mères , ne trouvera grâce devant aucun père pour ce Télémaque , où tant de nymphes et de déesses viennent agiter les sens, tant de discours fleuris et d'allusions politiques troubler l'âme ou étouixlir la raison du jeune lecteur. Ces principes posés, venons^en à l'application; classons et jugeons d'un mo't les principaux livres de pédagogie. La littérature d'éducation est moderne. £lle date de Locke, qui a profité en homme supérieur de quelques indications d'Erasme , de Bacon et de Montaigne. C'est depuis Locke que l'Angle-

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terye, ia Francd et TAllemagne se sont élevées au- (}essu8 des autres pays de TEurope pac les ouvrages qu'elles ont pipocluits sqr Téducation. Nous distingperpns en dew gpandaa classes celles de oes com« positions qui bous paraissent devoir être nommées : ouvrages généraux , ouyrages spéciaux.

1^ Ouvrages généraux. Locke, nous venons de \$ dirp y devint , par son traité de l'éducation des enfaqts, le préateui; de la pédagogie moderne. Ge fut là à la fois Fouvrage dun philosophe et dSm médecin , d'un homme qui avait vu le monde et qui y a^aH joué qn rple. Le génie de Locke s^y .éleva au*dessus de son temps. Ce ne fut cependant pas un traité 4c philosophie spéculative ni une utopie poli- . tique ^ue présenta ce penseur ; ce fuirent des principes et des conseils d'une sage pratique qu'il offrit; ce furent des doctrines que l'auteur avait suivies luipiême pour Véducation de lord Shaftesbuiy. Ausai ^n livre fut-il traduit dans toutes les langues ( tra«* 4uçtion française par Çoste) , et consiilté par tous les hommes instruits Jusqu'à ce qu'enfin il fut éclipsé par une brillante e( célèbre imitation. Nous parlons d^ X Emile de Rousseau , ce roman sur Téduca^ pon, cette utopie d'un homme de génie et d'un penseur audacieux» d'uQ écrivain de médiocre instruction et de peu d'expérience , ms^is d'une éloquence que ne saurait dépassejT nulle autre. Ouvraga de théçrie plutôt qqe de pratique, Y Emile est pluf propre à faire réfléchir sur l'éducation qu à servir dt g^ide , et il n'est pas fait pour le visiteur des éecrfta du pepide.

C'est h peinp h Yqu p^ut indiquer ii ce (Jpmitr quelques volumes propres à être mis e^tre s^f mains. Ou peut riecommapder cepepd^nt )es livref de troîsYnèresde famille aussi distinguées par lespr^ que par le cosur : madame Gampaii {dç ^Éducqr tion), madame Quwot (d^ fJ^dwatton dom^^r tique ou Lettre dç fiimiih)^ f^t inadame d^ Sfçussure (de F Education progressive)*

Les principes de Ijoc](;e et/de Rousseau ayaie^£ fai| sensation dans tous les pays. L'Allemagne le§ ap^ pliqua la première aux écoles , et ce fui; Basedaw , fiopdateur d'un Qouyel institut d'éducatipa , le Phi^ lanthropinum de Dessau» qui s'en constitua 1'^pètr^ le plus eQtliousiaste« Son grand et principe) ouyragei après avQÎr fait Tadmiration de TAlle* magne pendant une gépérat^p^ enijère , e^t maintenaot oublié ; IP^is ^ Tépoq^e qù î) parut il opiérjsi une réforme profo|?4f9. BLoicbpw ayait précédé ^asedow sans jeter au^nt d'éclat ; Canapé et Saltzmanii le suivirent saw Dvoir 1^ ménoe %tupe, Qupique qes trois écrivains publiassent beaucoup de Uvr^s et pror posassent b<^9upQUp 4 améliorations > ils acquirent plus de ri^qomniée qjue d'iqff.uei^ce- Un d.e leurs compa^iotes » moins aipbitiiem , plus instruit , d'un esprit j4us él/çvé , Miemeyer, qbtint moins de vogue et acquit plus 4e gloire. Son livne, Principes dér duçation et /J'^str^ciion (9' édîtipa, iSa6 , 3 vpL in-S"*), est enoorie le code de l'éducation et d|Ç renseignement en Allemagne, pay)^ où )es ouvrage^ de pédagogie se som; multipliés 4'ui)P manière prodigieuse depqis le milijSii du dernier siède , pays oif

ils sout généralement empreintâ d'une haute sagesse, mais aussi d'une idéalité qui les rend peu applicables ailleurs et qui s'explique par cette circontance , que les premiers philosophes et les poëtes les plus éminents de la nation allemande , ont cousacré leurs méditations à ce noble sujet.

Nous passons sous silence une foule de livres secondaires sur l'éducation générale, pour signaler encore les principaux de ceux qui traitent certaines spécialités.

2^ Oiwrages spéciaux. Ces compositions ont leur importance. On le conçoit. L'homme a des facultés diverses , il est susceptible d'une culture variée , et sa destinée s'accomplit sous des conditions qui diffèrent singulièrement. L'éducation physique doit d'abord se distinguer dé l'éducation morale et intellectuelle , et l'éducation des filles ne peut pas être celle des garçons. Celle des bourgeois différait jadis de celle du noble et de celle du prince; celle du simple citoyen diffère encore de celle du fonctionnaire public. Celle du soldat , du laboureur , du prêtre et du médecin , devrait différer toujours de celle du magistrat , du professeur , de l'homme de lettres. Beaiicoup d'ouvrages d'éducation ont cherché à répondre à la diversité de ces besoins. Dans la httérature pédagogique, si riche quelle soit, il existe néanmoins encore des lacunes profondes.

Pour Téducation physique , il n'a point paru de guide qui ait autorité.

L'éducation morale n'est pasmieux enseignée. Cepéhdant le livre de M. de Gérando , du Perfection-

nement moral, peut tenir lieu d un traité de morale* L'éducation intellectuelle ou le développement de la pensée a été l'objet d'un grand nombre d'ouvrages. Les uns se sont préoccupés davantage de l'enfance^ les autres de la jeunesse. Ce que nous connaissons de meilleur à cet égard , ce sont deux livres allemands et un volume anglais : hi Psychologie de Campe , celle de Liebeck , et le Childem soûlboock de Gallaudet, dont nous préparons une édition pour la jeunesse française. Pestalozzi , dans son Manuel des mères y n'embrasse que les premières années et les premières études de l'enfance. M. Naville, dans son traité de t Education publique , s'attache de préférence au perfectionnement des méthodes , et s'occupe trop peu de l'instruction populaire.

Nous avons à mentionner des ouvrages encore plus spéciaux. Il en est un qui éclipse tous les autres, celui de Fénelon sur V Education des filles. On a écrit sur l'éducation particulière que demandent les garçons , mais aucun pédagogue n'a pu s'élever au rang où ce livre a placé l'archevêque de Cambrai.

En général, on songe beaucoup à l'instruction du peuple et d'admirables efforts sont faits à cet égard , mais ce qui importe bien plus , c'est de s'occuper de Véducation , et surtout de bien élever les maîtres de qui il doit en recevoir. Dans le f^isiteur des écoles , dans X Instituteur primaire , dans le Manuel des écoles primaires^ moyennes et normales , notre but principal a été de faire prévaloir dans l'enseignement populaire des principes d'éducation. Nous n'avons fait en cela que seconder M. de

lèâ LE VISITEDM

Géraridd (Couri normal des instituteurs prihfi'àirès) , inademoisellé Satitan (Cowr* normal des institutrices primaires ) , M. Ttiéry ( Conseils aux mères dans le Cour* toniplèt d^éducation pour les filles ) ^ et les hotnthès éminents qui , par leurs ]publicatiôns, leurs discourt et leurs tt*avaux d'adminîstratidn, ont tant contribué à élever l'instruction populaire aii ratig d'uiie éducation nationale , MM. Gùizot , Cousin et Réhdd.

L'éducation nationale dii peupilë est dans les salles d'asile , dont Finstittition se généralise de plus en plus, et dont la direction eit déjà facilitée par quelqueâ ptlblicatiôhs estimables ^ et surtout \Ami de Fènfàhcé i journal des salles d'asile ^ et le Manuel de M. Cochiti. Cette éducatioii-lii est spéciale, c'est celle du prolétaire.

Celle de la portion éclairée , âinôn supérieure , de là natioh , àé donne dans les collèges , dans les institutions, dans lés pensions. Elle n'est pas négligée; Oh s'en préoccupe plus que jamais. Déjà La Chalotais et Turgot l'avaient abordée; ils ont cependant émis fa ce sujet d^ Vues et des directions fort incomplètes et plus politiques que morales. Dans un chapitre spécial de notre Traité de t influence des mœurs sur tes lois ^ nous avons suivi le point de vue contraire : nous avons appelé l'attention sur les tendances morales qui se révèlent dans le sein des nations et qu'il importé de comprendre j afin de les satisfaire avec aiie généreuse libéralité.

%Jne foufe de ebnteià et de nouvelles ont pour imt t'édneâtioh morale ées jéunef^ personnes ou des

eunes geos dé là classe moyennie ; mais il éh est peu que noué puisssions recommander.

Il y a aussi quelques livides dIhétmctioA, qui tant en même temps des livres d'i^ducàtièà : béîiS en donnerons ci-après le tableau .

§ lY. ARRÊTÉ DU CONSEIL ROYAL DU 30 DécéllBRE 1836.

Pénétré des priiicipes que nôUs vënotls d'ëlinettré, le grand législateur qui ià reconstitué renseigtiémënt en 1808, a soumis àVexameii de l'autorité supérieure les livres qui doivent être adoptés dans les écoles publiques. Nul ouvrage ne peut y être introduit s'il n'est adopté , régulièrement approuvé ou autorisé par le conseil royal de Tinstruction publique.

Le conseil , sous la daté dtl 36 décembre 1836 , H de plus arrêté ee qui suit :

Tous les cinq ans le conseil fera publier une liste générale des ouvrages qu'il aura autorisés.

Le choix entre les métkodes et les livres autorisés est laissé aus instituteurs, seus la direction àe& comités et des inspecteui^ primaires, sauJT, en cas de difflcultés , le récours au recteur del'académîe, et , s'il y a lieu, au conseil royal de l'instruction] publique.

Tous les ouvrages autorisés pour les écoles primaires élémentaires ou supérieures pourront être employés dans les classes d'adultes , seldn qu'il s'agira d'y donner les premières instructions ou de eohv pléter et de perfectionner des connaissances acquises.

Tous les livres pour les écoles primaires jpourrônt être placés dans la bibliothèque des écoles hormalés.On peut également placer dans ces bibliothèques^ d'après

des propositions soumises au conseil, les ouvrages de littérature française, d'histoire et de science , qui auront été autorisés pour l'instruction secondaire. Nous croyons utile de donner ici la liste de tous les ouvrages dont le conseil royal a successivement autorisé l'emploi dans les écoles primaires depuis son institution en 1808.

$ y. LISTE DES OUVBAGES DONT l'uSAGE A ÉTÉ ET DEMEURE AUTORISE DANS LES ÉTABLISSEMENTS d'inSTRUGTIOII PRIMAIRE, CONTINUÉE jusqu'au 1*^ JANVIER 1838 , AVEC l'iNDICATION DES FORMATS ET DES PRIX.

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