‹ Le voisin:Chapitre 16 sur 26 · SCÈNE XV · texte numérisé non relu

SCÈNE XV

M™ DORSAN , POTHIN , lui donnant la main.

POTHIN

Oui, madame Dorsan, puisque votre notaire, à qui

vous voulez parler, n'est pas chez lui , il faut absolument que vous veniez l'attendre chez moi.

Mme DORSAN.

Vous êtes d'une politesse !

POTHIN

Je mettais une lettre à la poste , en face , quand je vous ai vue entrer ici, et je ne pouvais , sans blesser les convenances , souffrir que voua montiez seule l'escalier , ni vous laisser dans une étude en l'absence du notaire.

Mme DORSAN.

Je ne vois pas le danger.

TOTHIN.

Pour vous, mais pour ces jeunes clercs. Air : Ainsi jadis un grand prophète.

On sait le mal qu'en écriture Peut faire une distraction; Et ces messieurs, je vous le jure, Auraient pu, sans réflexion, En oubliant leur ministère , Et se trouvant si près de vous, Pour un acte testamentaire Yous grossoyer un billet doux.

D'ailleurs , puisque j'ai le bonheur de vous rencontrer, permettez- moi de profiter d'une heureuse circonstance. Mme dorsan , à part.

Saint-Ernest doit demeurer dans cette maison, je voudrais bien savoir...

POTHIN

Savez-vous bien que je suis votre plus ancienne connaissance, l'ami intime de votre père, de toute la maison. Je me rappelle toujours avec délices ces charmantes soirées que nous passions ensemble au sein de votre famille, il y a bientôt... deux ans. Mais qu'êtes- vous devenue depuis ce temps , belle dame ?

Mme dorsan.

Les affaires de la succession de mon mari, m'ont beaucoup occupée , et puis j'ai passé trois mois à Senlis, chez un de mes cousins , monsieur Bonueville.

POTHIN

Ah ! ce gros manufacturier dont vous me parliez si souvent et que je n'ai jamais vu, un très-brave homme , dit-on , un peu brusque.

MMe DORSAN.

Oui, mais un excellent cœur... en dix ans il pouvait s'enrichir, il a mieux aimé faire le bonheur de tous les ouvriers qu'il emploie.

POTHIN. j

Diable ! ce n'est pas commun.

Mme DORSAN.

Il me disait encore la veille de mon départ. Air : Issu cCun pauvre laboureur.

Malheur à l'ingrat qui, sorti D'une classe pauvre et commune , Oublie, une fois enrichi, Les instrumens de sa fortune.

Laboureur, si par mes travaux Ma richesse s'était accrue Au point d'avoir wisky, landeaux , Pour écusson, sur leurs panneaux, J'aurais fait peindre une charrue.

POTHIN

Quel bon voisin cela doit faire !

Mme DORSAL.

Enfin, il pousse la bonté jusqu'à vouloir me marier.

POTHIN

Je l'approuverais beaucoup, si c'était moi qu'il vous proposât pour époux.

Mme dorsan, souriant.

Encore vos folies !

POTHIN

Pas si fou, vraiment, j'ai 45 ans...

Mme DORSAN.

Ah !

POTHIN

Non , vrai , je n'ai que 45 ans , une fortune assez ronde et une petite santé assez roulante , avec ça je pourrais... Eh bien î non , j'envie le sort de l'heureux mortel qui doit posséder une femme aussi accomplie.

Mme DORSAN.

Allons, mon ami, terminez là ces propos galausj voyez , je vous prie, si mon notaire est rentré, il faut que je lui parle. pothin.

Le notaire , le notaire !

Air : de la Sentinelle.

Lorsque je suis si bien auprès de vous , Pourquoi chez lui vouloir sitôt descendre , Ah ! c'est fort mal , et d'ailleurs, entre nous ,

Quel ser?ice peut-il vous rendre?

A leur pouvoir, de près, de loin,

Pour qu'on paie un tribut sincère,

J'en prends tout le monde à témoin ,

Les grâces n'ont jamais besoin

De passer par-devant notaire.

Mme DORSAN.

On n'est pas plus galant, mais. . .

Galant!.,.. Si vous vouliez bien vous en souvenir, ce n'est pas la première fois que je m'exprime ainsi sur votre compte.

Mme DORSAN.

En effet, je crois me rappeler que vous me faisiez la cour.

POTHIN

Ah! Madame veut bien se le rappeler. Oui, je vous faisais la cour et une cour des plus assidues ; les bouquets tous les matins, les petits vers dans les charades; je vous suivais partout: aux spectacles, aux promenades; enfin, il ne m'a fallu que votre consentement pour être votre époux.

Mme DORSAN, riant.

C'était en effet fort peu de chose.

POTHIN , vivement.

Si vous en avez quelque regret , ne vous gênez pas, Je suis homme à vous rendre encore les mêmes soins , les mêmes hommages.

Mme DORSAN.

Ne prenez pas cette peine, je vous prie.

POTHIN

Comment ! cette peine !... Vous le croirez si vous voulez, belle dame, mais chaque fois que je vous retrouve, vous faites sur moi une impression ! vous me causez une émotion, un trouble...

Mme DORSAN.

Saves-vous que cela va trop loin, et que vous pourriez finir par me fâcher.

( 27 ) POTHIN

Vous fâcher.

Air : C est charmant!

Et que diriez-vous, de grâce, Si j'osais vous déclarer Que ni le temps , ni F espace , Qui vinrent nous séparer, ÏN'ont pu bannir de ma tête Une image aussi parfaite.

La haut il est décidé Que rien, non rien, de mon âme IN'éteindra l'ardente flamme.

( Il tombe aux genoux de Mm* Dorsan.)

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