‹ Le vol a la duchesse drame en cinq actes et huit tableaux dont un prologueChapitre 59 sur 91 · SCÈNE YI · texte numérisé non relu

SCÈNE YI

SALLUCES, RAPHAËL, GERMAIN.

GEItMAlS.

Oui, monsieur le vicomte, je vous répète que M. le baron vient de partir pour deux ou trois jours...

' RAPIIAF.I..

Mon Dieu! quel contretemps! (Voyant Salluces.) SMwces'. tiens, vous ici !... Ah ! mon ami, si vous saviez quelle fatalité...

Je venais demander au baron, qui certes ne me l’aurait pas refusée, une somme de cinq mille francs, dont j’ai absolument, indispensablement besoin aiijourd’hui même... et j’apprends qu’il est parti ! parti pour trois jours !...

' GEli.MAlN'. '

Pardon! avant do monter en voiture mon maître a laissé une lettre pour M. le vicomte.

RAPHAËL

Une lettre!... Eh! que ne me disais-tu cela tout de suite?

Donne vite!

GERMAIN

J’avais ordre do la faire parvenir ce matin même, et j’allais mo mettre en chemin pour la porter...

RAPHAËL

C’est bien !... c’est bien!,., laissc-noiis. (Germain sort. — A Salluces avec joie après avoir parcouru la lettre.) Ah! mon ami, je suis sauvé, écoutez : (Jl lit.) — « Cher enfant, une affaire ur- « gente et imprévue me force à m’éloigner de Paris pour trois a jours. Je sais que tu as dépensé beaucoup d’argent depuis « quelque temps, et comme je ne veux pas que tu restes à sec, a je laisse sous ce pili un bon do cinq mille francs, payable à a vue chez mon banquier. — A bientôt, mon cher enfant, —

« ton meilleurami, — baron de Malbert.» — Excellent homme!

— il- prévoit tout! — sans cette précaution je me trouvais dans le plus immense embarras. (Enaisant ces mots, il a cherché dans l’enveloppe.) Grand Dieu! mais il n’y a rien dans cette enveloppe!... Salluces!... mon cher Salluces, comprenez-vous ce que cela veut dire.

SALLUCES, faisant un effort sur lui-même.

Non... à moins que...

RAPHAËL

Ah! je m’explique cet oubli, maintenant... Le baron, préoccupé, distrait par cette affaire, fort grave peut-être, qui nécessitait son départ, aura mis dans sa poche au lieu de le mettre dans sa lettre, le mandat dont il |>arlc...

salluces', voyant s'agiter la draperie derrière laquelle est caché le

baron.

Oui... oui... ce doit être cela...

RAPHAËL

Mais comment faire à présent ? où trouver cette somme qui

m’est indispensable, aujourd’hui, dans deux heures, je* vous le répète?... au nom du Ciel, Salluces, conscillez-moi !

SALLUCES. Il parait hésiter, mais la draperie s'agite de nouveau.—

A part.

Il me voit!... il m’entend !...

RAPHAËL

Eh bien! vous ne me dites rien?

SALLUCES, avec effort.

Ecoutez, il y un moyen, peut-être...

Oh ! parlez! parlez!...

SALLUCES.

Je connais un escompteur... un usurier... avec lequel J’al déjà fait quelques affaires et qui peut-être consentirait à prendre votre signature.

RAPHAËL

i Vous le nommez?

SALLUCES.

Van-Gripp.

RAPHAËL

Et il demeure?

SALLUCES.

Tout près d’ici... sur le boulevard Saint-Martin, en face du théâtre.

RAPHAËL

Le trouverons-nous chez lui, maintenant?...

SALLUCES.

Je le crois.

RAPHAËL

Ah ! mon ami, mon cher Salluces, vous ôtes mon bon ange! mon sauveur! (Il va reprendre son chapeau.)

SALLUCES, O part.

Que je souffre !

RAPHAËL, V entraînant.

Venez I

(Ils sortent par le fond. — Alors on voit revenir Maubert. Il s’avance avec précaution et les écoute s'éloigner; — puis, sûr qu'ils sont partis, il met le verrou à la porte du fond, et ensuite s'approche du panneau de droite représentant Danaé, appuie le doigt sur une des pièces de la pluie d'or; le panneau glisse et s'ouvre et Maubert passe. — En même temps le salon rentre dans la coulisse de gauche et fait place à une autre décoration représentant le cabinet de l'usurier Van-Gripp.)

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