PROLOGUE, SCÈNE VI
douceur.) Louise, au nom du Ciel, calmez-vous !... cette émotion vous tuera...
LOUISE, relevant la tête et avec une sorte d’égarement.
Que voutez-vous de moi?... que pouvez-vous exiger encore?
N’ai-je pas accompli toutes vos volonlés?... ne suis-je pas en votre pouvoir?... déshonorée... perdue?
MABTIAL.
Louise, la douleur vous rend injuste et cruelle. Ce que vous me reprochez avec tant d’amertume, ne l’ai-je pas fait pour vous sauver?
LOUISE
Me sauver! oui, do la honte, mais non du remords!... Tant de ruses, de mensonges, d’infamies!...
MARTIAL
N’étaient-ils pas devenus nécessaires? Et ne valait-il pas mieux tout entreprendre pour cacher votre faute que de vous exposer au courroux de votre père ?
LOUISE, à elle même.
.Mou Dieu!... mais la pitié est elle donc un crime, que je l’expie si cruellement aujourd’hui ? Avant de vous connaître, j’étais heureuse, tranquille ! Vous êtes venu ; et de ce momentlà ma destinée a changé!... Orphelin, sans fortune, fils d’un émigré mort dans l’exil, vous vous êtes présenté chez mon père pour lui demander un emploi... votre malheur m’avait intéressée... Le comte de Basseterre vous a accueilli... Alors, comme aujourd’hui, il croyait à votre loyauté de gentilhomme...
Il croyait que dans votre cœur, ainsi que dans le sien, étaient gravées ces paroles saintes : NOBLESSE OBLIGE ! Qu’avez-vous fait de son honneur, Martial? qu’avez-vous fait du vôtre?...
MARTIAL, s'asseyant à gauche.
Et pourquoi me répéter, Louise, ce que je sais aussi bien que vous ?...
LOUISE
Pourquoi craindre de l’entendre redire, si vous ne deviez ,ias en rougir?... Tous les moyens qui se peuvent mettre en cuivre pour changer en amour la pitié d'une jeune tille, vous le' avez employés!... Combien de fois ne vous ai-je pas vu pleurant à mes genoux et parlant de mourir si je ne voulais pas vous aimer! Ce n’était pas mon amour que vous me demandiez ainsi... c’était ma honte... car vous ne m’aimiez pas!
MARTIAL
Moi !...
LOUISE
Non, car pn ne déshonore pas celle que l’on aime! Cependant vos larmes, vos prières avaient ébranlé mon âme, troublé ma raisôn... vous m’evicz rendue folle... oui, folle, Martial, car je suis devenue coupable !
martial,
Louise!...
LOUISE
Depuis cette heure funeste, que n’ai-je pas souffert!... Plus de repos... de sommeil !... Vous saviez cela, Martial, et pourtant, quand je vous suppliais de vous jeter aux genoux de mon père, de lui tout avouer, de lui demander do me donner à vous, vous me répondiez froidement Il faut encore attendre...
MARTIAL, se levant.
Ne vous ai-je pas appris les motifs de mon refus î Ne savezvous pas que j'attendais pour parler à votre père le gain d’un procès qui devait me rendre les biens de ma famille ?
LOUISE
Oui, c’est là ce que vous me disiez; mais les jours s’écoulaient... et de nouvelles ruses, de nouveaux expédients devenaient nécessaires ; c’est alors qu’est arrivée de province, à mon père, cette lettre qui lui annonçait que sa sœur mourante demandait à me voir. Cette lettre, Martial, c’est vous qui l’aviez ] écrite!... vous qui l’aviez envoyée!... Comment!... par quels . moyens?... je l’ignore... car votre esprit ténébreux enfante j des combinaisons qui m’échappent et me font peur... Vous ! aviez prévu que mon père, trop souffrant pour m’accompagner, mais ne voulant pas repousser le dernier vœu de sa sœur, me confierait aux soins de ma vieille gouvernante. Vous aviez calculé juste. — A l’heure qu’il est, tandis que M. de Basseterre me croit sur la route de Bretagne, ma pauvre Suzanne, menacée par vous, conduite dans une maison isolée, y gémit sous la garde d’un de vos complices... et moi je suis ici, où vous m’avez amenée. — Voilà ce que vous avez fait de moi, Martial, voilà jusqu’où je suis descendue!... Mais ce mensonge, je le jure, ce mensonge sera le dernier.
MARTIAL, vivement.
Comment? que voulez-vous dire?..,
LOUISE
Je dis que ne sortirai d’ici que pour aller me jeter aux genoux de mon père pour lui confesser ma faute et lui demander de donner un nom à mon enfant...
MARTIAL
Y songez-vons, Louise?... Mais ce projet est insensé ! Lo marquis de Basseterre ne peut consentir à votre union avec un homme sans fortune... 11 faut attendre... attendre encore...
LOUISE
Attendre toujours, n’est-ce pas?... Non, Martial, je n’attendrai plus! ma résolution est prise, et bien prise cette fois.
< MARTIAL
Mais votre père vous maudira...
LOUISE
Entre sa colère et moi, je placerai mon enfant... H n^ra pas la force de maudire !
MARTIAL
C’est là votre projet ?
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