JOUR DES MORTS
Au lieu d'aller fleurir les dalles du passé,
Cherche, au loin, par l'esprit, une humble croix qui tremble.
Ton cimetière est là. Car, cette année, il semble
Que l'aïeul pour le fils veuille être délaissé.
Le tombeau nous renvoie au tertre. Et, front baissé. Visitons d'un long rêve, aujourd'hui, tous ensemble. Les champs où, dans l'espoir qu'un clairon les rassemble, Ils se sont endormis en ordre dispersé.
Ferme les yeux. Vois chaque place. Un camarade . A gravé dans la croix le jour, le nom, le grade, Et parmi l'herbe triste a posé le képi.
O renflements du sol plus nobles que des marbres!
O Patrie automnale apportant sans répit
Sur les corps de tes fils les feuilles de tes arbres 1
L'un est mort en sachant et l'autre sans savoir De quels pas de vainqueurs ils battaient en retraite. L'un, pris à l'improviste, eut une mort distraite; L'autre, la lente mort qu'on a le temps de voir.
Quand, sur le dur orgueil d'accomplir son devoir, Ils laissaient, en mourant, tomber leur jeune tête. Aucun n'a regretté, comme fit le poète, Ce « quelque chose, là, » que plus d'un crut avoir!
Souvenons-nous comment, pendant près d'une lieue, On entendit chanter leur France rouge et bleue, Lorsque, pour nous défendre, en route elle se mit.
Ne songeons qu'à ces morts, soldats, martyrs, apôtres.
Que ce Jour soit le Jour des Morts à l'Ennemi !
Ne songer qu'à ceux-là, c'est mieux songer aux autres.