LES 1?«TER VALLES
Passaient; quand les schapskas qu'une aigle blanche frôle
Succédaient aux vastes chapeaux ; Et quand les Portugais portaient sur leur épaule,
Gomme aux temps anciens, leurs drapeaux ;
D'où vient, lorsque entourés par la foule française,
Des soldats plus vifs et plus bleus \ valent l'air tout d'un coup tellement à leur aise
Qu'on sentait qu'ils étaient chez eux ;
Lorsque aux sons d'un clairon, ou d'une cornemuse.
Ou d'un mélancolique chant.
Sous leurs dix étendards dont l'or splendide s'use
Dix^ peuples rêvaient en marchant.
Et, fiers de s'assembler contre le même crime
Bien qu'ils ne se ressemblent pas, Marchaient, sans abdiquer, dans leur marche unanime,
Les différences de leurs pas;
D'où vient que le cortège auguste et militaire
S'interrompait de temps eu temps.
De sorte que la rue, avec nos fleurs à Icrrc,
Restait vide quelques instants?
Et d'où vient que le Peuple, alors, qui voit des choses
Dont souvent nous ne voyons rien, Jiestait à regarder ces pavés et ces roses,
Silencieusement? d'où vient
Que, suspendue encore à l'arbre qu'elle assiège,
S'accrocliant au socle trapu, La Foule regardait comme si le cortège
Ne s'était pas interrompu?
Et nous comprîmes tous que ce grand peuple avide
Ne regardait de tous ses yeux Que parce qu'il voyait passer dans chaque vide
Un bataillon mystérieux.
A la Revue, alors, des vivants, nous comprîmes
Qu'avec son irréel tambour La Revue — autrefois Nocturne — des victimes
Venait se mêler en plein jour.
Car ces détachements de dix gloires rivales
Avaient eu le soin juste et beau De réserver entre eux de larges intervalles
Aux détachements du Tombeau.