SUR LA SELLETTE
Set.
fnander conseil. Je priai donc Isabelle de taire provisoirement notre découverte à Marise et à Fernand, qui sont assez impressionnables. Me voici à Paris. Avant de me faire conduire au bureau, je passe à la « London and Continental Bank ». J’y trouve notre ami Freeman, dans un état de violente jubilation. Dès mon entrée, il s’écrie: « Mon cher, nous venons enfin de pin- 3er un de nos employés qui avait commis d'énormes détournements. »
RICHARD. — Paddington!
RAYMOND. — Paddington. (Aux dames.) Ce drôle avait inventé un système d’escroquerie merveilleux, prodigieux. Les administrateurs étaient au désespoir, quand quelqu’un leur présenta un certain M. Gondoin.
Ils installent M. Gondoin chez eux et, dans un délai remarquablement bref, cet homme de génie démasque et fait coffrer Paddington. (A Richard.) Ces détails-là, tu les 1gnorais !
RICHARD. — Qui est ce Gondoin?... Un policier ?
RAYMOND. — Veux-tu te taire, malheureux! Un policier! D'abord, tu connais M. Gondoin! (Une pause.) M. Gondoin, c'est.
Il se tait.
RICHARD. — C’est Zambault?
RAYMOND. — Ou plutôt, Zambault, c’est Gondoin.
MARIE-LOUISE, — Ah! bon, très bien.
ISABELLE. — Tiens! tiens! tiens!
MARIE-LOUISE. — Passionnant !
RAYMOND. — M. Gondoïn est un ancien
juge d’instruction, qui a créé, à son propre usage, une nouvelle profession, celle de « magistrat libre ». Sur-le-champ, je fis sa connaissance, aux bureaux mêmes de la « London and Continental »; je lui dis:
« Monsieur, je vous apporte une affaire. Elle vous paraîtra, sans doute, mince. Elle me tient cependant fort à cœur. Jusqu'à ce jour, nous avions, ma femme et moi, une confiance 1llimitée en nos domestiques. La pensée qu’il nous faudra désormais surveiller, suspecter, enfermer, cette pensée nous cause le cauchemar. De plus nous possédons à Paris des collections de grand prix, et cœtera, et cœtera..…. » M. Gondoin écouta mes malheurs et me déclara simplement :
« L’enquête sera courte. Dans huit jours, je vous indiquerai le coupable. -— Parfait! — Pendant ces huit jours, continue Gondoin, il
faut que je séjourne à votre château. —,
Naturellement. — J’amènerai mon valet de chambre. -— Entendu! — Et je passerai pour un de vos invités. — Entendu! Le temps de prévenir... — Ah! mais non, ah!
mais non! Il ne faut prévenir personne! — Ma femme, mon fils et deux amis intimes...
— Personne! Pour tous, sans exception, je dois demeurer, huit jours durant, l'invité.
Vous prierez Mme Lagardes d'employer dé-
sormais votre coffre-fort et d'oublier toute cette histoire... C’est ainsi, conclut l’auto-
-ritaire M. Gondoin! Ou vous vous engagez
formellement à me conserver mon incognito ou je me vois forcé de décliner vos propositions. » D'abord, je me suis cabré! Cette idée d’une enquête menée sous mon toit, à votre insu, me taquinait affreusement.
RICHARD. — Je te reconnais bien là, .
homme de tous Les scrupules!
RAYMOND. — Mais j'ai songé à l’agrément
de retrouver, au bout d’une semaine, le calme, de vous apprendre, dans la même minute, le crime et le châtiment, et...
RICHARD. — Et tu as marché.
RAYMOND. — J'ai marché.
RICHARD. — (Comme je t’approuve.
ISABELLE. — Et moi!
MARIE-LOUISE. — Et moi!
RAYMOND. — Votre absolution me touche
d'autant plus que, depuis l’arrivée du magistrat libre, le remords ne me lâche pas.
Gondoin a joué son rôle impitoyablement.
Ce soir seulement, après notre match de billard, pendant que tu faisais une partie avec Isabelle, il m'a pris à part et il à prononcé ces paroles bénies : « L'enquête est terminée. Je réclamais huit jours, sept ont suffi. Dans une demi-heure, je vous communiquerai le nom du coupable. » Et là-dessus il a disparu. Mes chers amis, la demi-heure est à peu près écoulée.
ISABELLE. — J'ai le cœur qui bat... Hein, Marise ?
MARIE-LOUISE. — Ma foi... Par exemple, je m'amuse.
RICHARD. — Gentil pour Raymond!
MARIE-LOUISE. — Oh! Raymond sait très bien que...
RAYMOND. — Parbleu !
ISABELLE. — Je tremble que ce ne soit ma pauvre femme de chambre!
RICHARD. — Comment! Thérèse qui vous adore !
RAYMOND. — Attendons. |
RICHARD. — Je répondrais de Thérèse.
Et de Blanche aussi! | “
ISABELLE. — Alors Gérôme? Ou la vieille Maria ?
MARIE-LOUISE. — Oh! la vieille Maria!
Après soixante-cinq ans d'honneur!
RICHARD. — Moi, j'en pince toujours pour le petit Justin.
ISABELLE. — Allons donc! Gérôme est un garçon bizarre!
RAYMOND. — Bizarre ?
ISABELLE. — Silencieux !
RAYMOND. — S'il bavardaït, je le flanquerais à la porte.
ISABELLE. — Naturellement, tu soutiens ton valet de chambre.
RAYMOND. — Ah! si nous y mettons de
l’amour-propre !
Nouveau brouhaha.
RICHARD, à Raymond. — Pourquoi ce dé-
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Jai d’une demi-heure? Il ménage ses effets, ton M. Gondoïn!
RAYMOND” — Détrompe-toi! Cet homme- là ne travaille pas pour la galerie... Il ne fait rien sans but, sans nécessité... (Entre Gondoin.) Du reste.